Quelques heures seulement avant que Daniel Alfredsson ne soit contraint par son corps meurtri de prendre une retraite qu’il aurait bien aimé repousser, Martin Brodeur reprend du service.

Brodeur a 42 ans. Alfredsson les aura dans 10 jours. Les deux joueurs ont déjà des places bien en vue qui les attendent au Temple de la renommée du hockey.

S’il avait prolongé indûment sa carrière, Daniel Alfredsson n’aurait pu être à la hauteur du joueur qu’il a toujours été. La quête d’une première coupe Stanley aurait pu l’inciter à étirer l’élastique. Mais cela aurait été une erreur. Une erreur que trop de joueurs, même de grands et de très grands, ont commise au fil des ans.

Martin Brodeur commet-il une erreur en refusant de ranger ses jambières? Non! Véritable force de la nature, Brodeur est en forme et en santé. Son corps qui n’est peut-être plus aussi souple qu’il ne l’était il y a 3, 5, 10 ou il y a 24 ans lorsqu’il a défendu pour la première fois la cage des Devils du New Jersey, est encore capable de multiplier les glissades sur la droite sur la gauche, les plongeons vers la rondelle et des attrapés spectaculaires pour faire ce que Brodeur a toujours fait de mieux : effectuer des arrêts.

Combinaison gagnante

Martin Brodeur n’est peut-être plus le gardien dominant qu’il était dans ses grandes années. J’en conviens. Mais il est encore assez bon pour aider une bonne équipe à gagner.

Et c’est un autre facteur qui me fait croire que la décision de Brodeur de prolonger une carrière déjà grandiose est la bonne.

ContentId(3.1108736):Un risque minime pour les Blues
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Les Blues de St Louis et particulièrement l’entraîneur-chef Ken Hitchcock et le système défensif qu’il dicte à ses joueurs militent en faveur de la décision de Brodeur.

L’an dernier à la date limite des transactions, je souhaitais que les Blues trouvent le moyen de s’entendre avec Lou Lamoriello pour mettre la main sur Brodeur. Ce souhait était motivé par ma prédiction qui donnait la coupe Stanley aux Blues. Une coupe qui leur était impossible de soulever avec Jaroslav Halak ou Brian Elliott devant le filet. J’ai encore choisi les Blues pour se rendre aux grands honneurs cette année. Je sais, c’était risqué considérant que Brian Elliott et le jeune Jake Allen ne forment pas le duo de gardiens le plus étanche de la LNH.

Maintenant que Brodeur est là, mes chances de voir ma prédiction s’avérer sont meilleures. Elles ne sont pas encore excellentes, mais elles sont meilleures.

Martin Brodeur avait autant besoin des Blues de St Louis et de leur système que les Blues avaient besoin de lui.

C’est donc une combinaison gagnante. Un mariage de raison.

Arrêts et victoires avant les dollars

ContentId(3.1108742):Les dangers qui attendent Brodeur
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Parce que Martin Brodeur partage, avec Patrick Roy et Dominik Hasek, le titre de meilleurs gardiens de leur époque, de plus grands gardiens parmi les très grands, le petit gars de St-Léonard coure un risque. Le risque que l’expérience qu’il amorce avec les Blues soit un échec. Que cette expérience ternisse sa carrière.

Si Brodeur avait signé un contrat pour l’argent, je serais le premier à mettre en doute le bien-fondé de sa décision.

Mais avec près de 82 millions $ encaissés en salaire depuis le début de sa carrière – une somme qui pourrait dépasser les 100 millions $ si Brodeur n’avait pas accepté d’être moins payé pour demeurer avec les Devils – ce ne sont certainement les 700 000 $ promis par les Blues qui ont fait pencher la balance.

Oui! Plusieurs primes viendront mousser le salaire de Brodeur selon le nombre de matchs qu’il disputera et le nombre de victoires qu’il remportera. On lui donnera peut-être aussi les clefs de la ville si St Louis célèbre finalement une conquête de la coupe Stanley.

Puis après! Ces dollars seront directement reliés aux performances de Brodeur. Le gardien de St-Léonard ne s’en va pas empocher des millions $ avec un club quelconque simplement en débarquant devant leur filet et en servant de panneau publicitaire. Non! Il part à la conquête des grands honneurs avec un très bon club de hockey qu’il devrait normalement rendre meilleur encore.

Certains détracteurs soutiendront aussi que Brodeur étire sa carrière simplement pour ajouter 12 victoires et atteindre le plateau des 700 dans la LNH. Un plateau qui ne sera jamais menacé. Du moins je ne crois pas.

Au passage, Brodeur pourrait ajouter un jeu blanc et atteindre le plateau de 125 blanchissages.

On sera tous d’accord, du moins je l’espère, sur le fait qu’il n’y a rien de mal, rien de rien, de vouloir mousser ses statistiques personnelles. Et si Brodeur décide de prendre sa retraite après sa 700e victoire qui serait du coup son 125e jeu blanc, je vous assure que je le dénoncerai.

Mais aussi beaux soient-ils, les chiffres 700 et 125 ne sont que des formalités. Brodeur les atteindra sans problème. Du moins, je crois.

Le chiffre qui sera difficile à atteindre, celui qui milite vraiment en faveur de son retour et qui rendra l’aventure si intéressante à suivre est le chiffre 4. Après trois conquêtes de la coupe Stanley en cinq présences en grande finale, Martin Brodeur a la chance d’ajouter un quatrième défilé. Cette quatrième conquête lui permettrait de rejoindre Patrick Roy et d’effacer encore un peu plus les doutes – si doutes il y a – sur l’identité du meilleur des deux gardiens. Remarquez que le débat est futile du fait qu’ils sont – ou ont été – tous deux de très grands gardiens.

Il y a deux ou trois ans, alors que les blessures commençaient à miner sa fin de carrière, j’étais de ceux qui souhaitaient que Martin Brodeur n’entache pas sa carrière en l’étirant un brin trop.

Aujourd’hui, alors qu’il effectue un retour après une pause de près de quatre mois, j’applaudis sa décision. Une décision motivée par les bonnes raisons. Des raisons que Brodeur a défilées la semaine dernière lorsque ma collègue Chantal Machabée est allée l’interviewer au site d’entraînement de sa nouvelle équipe.

J’étais déjà convaincu. Mais Brodeur m’a convaincu davantage lorsqu’il a conclu l’entrevue accordée à Darren Pang sur NHL.com mardi en assurant « qu’il était prêt à tout pour stopper des rondelles ». Pour stopper d’autres rondelles et pour gagner. Cette soif d’arrêts et de victoires devrait convaincre tous ceux qui doutent – et je ne crois pas qu’ils soient très nombreux – que Brodeur a pris la bonne décision en se joignant aux Blues. Que les Blues ont pris une excellente décision en lui faisant confiance. Les résultats de Brodeur et de son nouveau club le détermineront au cours des prochaines semaines, des prochains mois.