Selon le dicton, les défensives gagnent les championnats. Et bien si les Alouettes remportent la coupe Grey, ce ne sera pas le cas.
Le rendement de l’unité défensive m’a agacé lors de la victoire de 43 à 34 face aux Argonauts de Toronto samedi. Au cours de cette partie, les Alouettes ont concédé 34 points à la pire attaque de la Ligue canadienne de football. En blague, on peut toujours dire que : «Même un écureuil aveugle réussira à trouver une noisette à l’occasion… ». Mais cette performance décevante demeure inquiétante.
Il demeure possible que les Argos aient offert l’un de leurs meilleurs matchs offensifs depuis très longtemps, mais quand tu accordes près de 500 verges d’attaque à la moins bonne offensive du circuit, c’est préoccupant.
Les unités défensives qui remportent des championnats cèdent rarement à certains moments clés comme en fin première demie, au début du troisième quart et en fin de partie. À certains moments dans un match de football, une défensive doit s’imposer afin d’envoyer quelques messages aux adversaires.
Les Argos ont réussi pas moins de quatre séquences de plus de 70 verges à l’attaque contre les Alouettes. Normalement, les chances sont limitées pour une équipe d’inscrire des points avec un mauvais positionnement sur le terrain. Mais les Alouettes ont subi ce sort contre une piètre attaque… À travers ces quatre séries, les Argos ont inscrit trois touchés et un placement.
Au quatrième quart, les Argos ont amorcé une séquence à leur ligne de six verges. Après une passe incomplète, ils ont réussi un jeu de 19 verges ce qui peut toujours arriver. Ensuite, les Alouettes ont obtenu un sac du quart et le tout semblait sous contrôle, mais les Argos ont enchaîné avec un touché de 91 verges! Une défensive gagnante ne devrait pas accorder de tels jeux.
Mais le moment n’est pas à la panique. La bonne nouvelle s’avère que les Alouettes accordent, en moyenne, 10 points de moins à domicile (moyenne de 29 à l’étranger contre 19 à domicile). Ceci est encourageant puisque les Moineaux seront à la maison pour les éliminatoires ce qui s’annonce intéressant si la tendance se poursuit.
Étant donné que la défensive se fait malmener avec seulement deux matchs à jouer, l’attaque ne dispose d’aucune marge de manœuvre. Pour vous donner un aperçu, l’attaque a eu le ballon 12 fois durant la rencontre. En enlevant l’interception subie par Anthony Calvillo sur la première série, les Alouettes ont marqué des points en neuf occasions sur 11.
J’ignore comment l’attaque aurait pu avoir plus de succès qu’un tel résultat, mais ce fut nécessaire pour l’emporter contre Toronto. Bien sûr, les Alouettes pourraient toujours améliorer leur ratio touché/placement puisqu’ils ont obtenu cinq placements et quatre touchés. Mais est-ce qu’on peut toujours demander à l’attaque de marquer aussi souvent, voilà ce que je trouve un peu fatigant.
Je dis évidemment bravo à l’attaque qui roule à fond de train depuis 16 matchs. Tant mieux si le portrait ne change pas, mais il y a toujours la possibilité que l’attaque connaisse son premier mauvais match en finale de l’Est. Dans une telle hypothèse, je me demande ce qui arrivera si la défensive est incapable de s’imposer. Ça m’intrigue de voir comment la défensive répondra.
D’ailleurs, je présume que si cet aspect m’agace, c’est sans doute le cas pour l’entraîneur Marc Trestman.
De la façon dont j’interprète la philosophie de Trestman, peu de réservistes auraient eu la chance de se faire valoir en fin de saison. L’entraîneur des Alouettes désire que son équipe file à toute vitesse et qu’elle continue à s’améliorer. Pour lui, une saison de la LCF se compare à un voyage de 18 étapes. Dans son carnet de voyage, il reste deux étapes pour arriver aux éliminatoires. Maintenant, quand je regarde les déboires de la défensive je présume qu’il se dit que son attaque doit absolument tourner au quart de tour.
Ce qui m’amène à croire que Trestman utilisera encore plus ses réguliers pour que l’attaque garde sa confiance et conserve son erre d’aller. Au terme de la saison, les Alouettes profiteront d’une semaine de congé et le momentum ne doit pas disparaître.
De plus, les joueurs me confient souvent que Trestman est un homme très respectueux du sport. Il considère, tout comme ses adjoints, avoir le privilège d’entraîner au football, un sport noble. Voici une raison de plus pourquoi il considère important de faire jouer ses meilleurs joueurs.
Le scénario idéal est bien sûr de jouer à 100 milles à l’heure en évitant les blessures et c’est le risque qu’il semble prêt à prendre.
La situation n’est sans doute pas identique, mais les Giants de New York ont pris ce pari dans un match qui ne voulait rien dire et ils y ont pris leur élan en route vers le Super Bowl.
Les Alouettes ne seront jamais à l’abri d’un jeu anodin menant à blessure à Anthony Calvillo. Cependant, les risques sont minces puisque le quart des Alouettes a encaissé peu de sacs et de plaqués cette saison. Trestman observe évidemment ces statistiques et il juge que ça prendrait toute une malchance pour qu’il se blesse. Grâce à leur système offensif, les Alouettes lancent le ballon très rapidement et ce sera encore plus le cas lors des prochaines semaines afin de protéger Calvillo adéquatement.
Alors que la défensive cherche encore des solutions et tente de se bâtir une confiance, Coach Trestman ne peut lever le pied avec son attaque puisque ça pourrait coûter cher.
Les éliminatoires, un piège pour Trestman? Même si le pilote des Alouettes en sera à sa première expérience en éliminatoires de la LCF, je ne crois pas que ce défi représentera un piège pour lui. Il possède un impressionnant bagage d’expérience comme adjoint et il était présent dans plusieurs gros matchs dont le Super Bowl… On parle ici d’un entraîneur qui aborde tous les matchs avec le même refrain; chaque match est le plus important! Ses joueurs m’ont raconté que son attitude ne change jamais peu importe le résultat de la partie. Il se montre constant dans son comportement, une qualité que les joueurs adorent. C’est ce qui me porte à croire qu’il ne commencera pas à s’énerver. Marc Trestman est un homme très intelligent, posé et calme.
Après avoir observé les premières parties des Alouettes, nous aurions pu imaginer que les équipes adverses allaient apprendre à prévoir l’attaque des Alouettes au fil des semaines, mais ce n’est pas le cas. C’est exceptionnel et je dois saluer le travail des joueurs pour exécuter les plans de match, mais surtout les entraîneurs pour se renouveler à chaque semaine.
Les Alouettes n’arrivent pas dans les parties avec des tendances trop fortes que les adversaires peuvent déceler. Même si les adversaires étudient les dernières rencontres de la formation montréalaise, ils rencontrent toujours des surprises sur le terrain. Les séances vidéo et les stratégies mises en place par ces équipes ne rapportent pas selon ce que je perçois. Les Alouettes excellent à ne pas déployer les mêmes tendances ce qui les rend imprévisibles. En somme, ils n’ont jamais le même look et l’adversaire ne peut prédire la stratégie qui sera adoptée; c’est fascinant.
Lorsque je m’attarde au système, je ne peux m’empêcher de remarquer l’excellent travail des receveurs montréalais qui ont un rôle important à jouer. Les joueurs de ligne offensive utilisent souvent les mêmes protections et les jeux au sol se ressemblent. Ce sont vraiment les receveurs qui doivent assimiler toutes les nouvelles formations, les nouveaux mouvements et les innovations concernant les blocs. Les receveurs doivent comprendre tout le concept d’un jeu et pas seulement leur tracé respectif. Par exemple, Ben Cahoon peut être à utilisé à l’intérieur, à l’extérieur, du côté court ou du côté large et c’est le cas pour ses collègues également. Avec tous les jeux présents dans le livre de jeux et tous les receveurs impliqués, ça devient exhaustif. L’expression que le cahier de jeux est une brique ne s’applique plus. Je dirais plutôt deux briques…
Les prochains défis
Le prochain duel des Alouettes aura lieu dimanche à Montréal face aux Blue Bombers de Winnipeg. Cette rencontre sera importante pour deux raisons. D’abord, la troupe de Trestman souhaitera poursuivre sur sa lancée à domicile. Ensuite, il est crucial d’envoyer le message aux Bombers que s’ils reviennent à Montréal pour la finale de l’Est, leur tâche sera difficile.
Les Alouettes vont conclure leur saison à Edmonton la semaine suivante et ils ne considéreront pas l’option de ralentir la cadence. Avant une semaine de congé, il n’est pas souhaitable d’offrir une contre-performance et de répondre aux nombreuses questions négatives des journalistes durant deux semaines. Il s’agit d’un scénario à éviter.
Le mérite revient aussi à Jim Popp
Il s’avère intéressant de voir que les Alouettes excellent autant avec une équipe très semblable à celle de l’an passé ce qui donne beaucoup de mérite aux entraîneurs et aux systèmes qu’ils ont implantés.
Par contre, quelques joueurs qui ont été greffés à l’équipe occupent un rôle important. On ne peut passer sous silence le receveur Jamel Richardson qui a établi une nouvelle marque d’équipe avec 15 touchés en battant le record de Jeremaine Copeland. Richardson est devenu le premier receveur à avoir un impact aussi grand que ce dernier. Il réussit de gros jeux et à des moments importants.
Il ne faut pas oublier l’ailier défensif Keron Williams, le spécialiste des retours de botté Larry Taylor ainsi que Shea Emry sur les unités spéciales. Ces nouveaux éléments contribuent grandement.
Voilà pourquoi ce sont non seulement les entraîneurs qui accomplissent du bon boulot, mais les dirigeants également. Jim Popp et son équipe ont su dénicher des joueurs utiles.
Les Alouettes doivent aussi remercier Calvillo. D’ailleurs, ils ont déjà annoncé leurs couleurs dans ce dossier. Ils souhaitent le retour d’AC la saison prochaine. En bout de ligne, ce sera à lui de décider. Mais connaissant Anthony, il prendra une décision réfléchie avec les membres de sa famille. Le quart des Alouettes connaît l’un de ses meilleures saisons et il semble en bonne forme physique. Ses statistiques sont reluisantes et l’équipe accumule les victoires. Calvillo semble avoir retrouvé le plaisir et, à moins d’une surprise, il ne me donne pas l’impression d’un joueur qui souhaite se retirer.
Tranquillement, 48 heures après notre conquête de la coupe Grey, je retombe peu à peu sur terre, mais je commence aussi à réaliser davantage ce qui est arrivé....
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