MONTRÉAL – Si Édouard Julien démontre la même confiance à l’intérieur du losange que celle qu’il a affichée dans la négociation de son premier contrat professionnel, sa route vers les ligues majeures pourrait être ponctuée de plusieurs raccourcis.

 

Considéré comme l’un des 200 plus beaux espoirs en vue du repêchage du Baseball majeur, le mois dernier, Julien a abordé l’exercice froidement. Il s’est fixé un montant d’argent en tête. L’équipe qui lui consentirait un boni à la signature à la hauteur de cette somme obtiendrait sa signature au bas d’un contrat. Si personne n’osait satisfaire ses demandes, il retournerait pour une troisième saison à l’Université d’Auburn, où il avait frappé 27 circuits et produit 126 points à ses deux premières campagnes.

 

C’était pour lui une partie qu’il ne pouvait pas perdre.

 

Le 5 juin, jour du repêchage, l’agent de Julien commence à recevoir des appels à partir de la quatrième ronde. Les offres sont alléchantes, mais ne correspondent pas aux demandes de son client et sont systématiquement refusées.

 

« Il y a plusieurs équipes qui ont contacté mon agent dans les rondes plus élevées, mais nous, on avait décidé de ne pas signer pour un montant comme ça », raconte le jeune homme de 20 ans.

 

Les Twins du Minnesota prennent finalement une chance en 18e ronde. « Juste au cas où », s’est fait dire Julien. À ce moment-là, le Québécois s’est déjà fait à l’idée que le baseball professionnel attendrait une autre année.

 

Le 19 juin, Auburn est éliminé par Louisville au premier tour des Séries mondiales de la NCAA. Dans les jours qui suivent, les Twins contactent le clan Julien pour une ronde de négociations.

 

« Ils m’ont offert de quoi et j’ai dit non. Ils m’ont demandé ce que ça prendrait pour que je signe. Je leur ai donné mon chiffre et ils m’ont dit que ce n’était pas possible qu’ils se rendent jusque-là. »

 

Ce refus confirme le pressentiment de Julien et clarifie son avenir à court terme. Sur son compte Twitter, le jeune cogneur annonce à ses supporteurs qu’il sera de retour en Alabama à l’automne.  

 

On dit que les paroles s’envolent, mais que les écrits restent. Cet adage ne frappe officiellement plus pour ,1000. Le 8 juillet, les Twins reviennent à la charge avec une offre bonifiée.

 

« Ils m’ont dit qu’ils s’étaient trompés. Ils avaient calculé 125 000$ pour le boni de signature d’un autre gars, mais ils ne lui avaient pas donné. Ils ont donc ajouté ce montant à ce qu’ils m’avaient déjà offert. J’ai encore dit non. »

 

« C’est là que d’autres personnes de l’organisation ont commencé à m’appeler, poursuit Julien. Ils me disaient qu’ils me voulaient vraiment, qu’ils voulaient que je fasse partie de leur organisation et qu’ils allaient me donner tout l’argent qu’ils avaient. »  

 

Le 10 juillet, Julien accepte 493 000$ pour tourner le dos à ses deux dernières années d’admissibilité à l’université et faire le saut chez les pros. Selon les données compilées par le site spécialisé Spotrac, c’est 10 000$ de plus que le joueur que les Twins ont repêché en quatrième ronde,

 

« En vérité, je voulais signer et aller jouer dans les mineures tout de suite, c’est là que mes chances de m’améliorer à tous les jours sont meilleures. Dans ma tête, ce qui était tough, c’était qu’il me restait encore deux autres années pour avoir mon diplôme et c’est quand même difficile de retourner à l’école deux années en ligne pour avoir un diplôme. Pour le reste, c’est sûr que ça a déçu certaines personnes, mais il fallait que je pense un peu à moi dans tout ça. »

 

Le Pérou, puis le Tennessee

 

Le plan estival d’Édouard Julien est le suivant. D’abord, il rejoindra l’équipe nationale canadienne qui s’envolera pour Lima, au Pérou, pour participer aux Jeux Panaméricains. Après deux séjours avec la sélection junior, il s’agira de sa première expérience chez les séniors. Il s’attend à remplir un rôle de réserviste comme cinquième joueur d’avant-champ.

 

« Les gars sont plus vieux que moi, ils ont tous 33, 35 ans. Moi je serai le troisième plus jeune de l’équipe. Mais je vais là pour apprendre. C’est plein de gars qui ont joué plus haut. Je vais poser beaucoup de questions. »

 

Au terme de la compétition, Julien se rendra à Elizabethton au Tennessee afin de rejoindre le laboratoire des Twins dans la ligue des recrues. Il y fera notamment la connaissance des autres espoirs de l’organisation issus de la cuvée 2019.  

 

Surtout utilisé au troisième but à sa deuxième année à Auburn, Julien entre dans l’organisation des Twins comme joueur de deuxième but, une position qu’il a occupée pour une vingtaine de parties à sa saison recrue. Son objectif est de graduer au niveau A « fort » l’an prochain.

 

Pour l’ancien des Diamants de Québec, c’est le début d’un long parcours dans un monde où on ne se fait pas de cadeaux. Fini, la camaraderie des rangs universitaires. Bonjour, la compétition souvent sans merci du baseball affilié.

 

« En signant, je savais à quoi m’attendre et je suis prêt. C’est par là qu’il faut passer pour se rendre au plus haut niveau », répond-il avec une confiance qui lui a déjà rapporté gros.