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Yvon Michel

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Discussion sur Pascal, Lucas et Pacquiao

Mercredi 18 novembre 2009
Jean Pascal (photo RDS)

Jean Pascal (photo RDS)


Yvon Michel
Entre la fin de son camp en haute altitude et le début de la dernière phase de son entraînement qui débutera bientôt à Santo Domingo, en République dominicaine, Jean Pascal était de retour à Montréal mercredi pour passer ses examens médicaux.

Ce sont de simples examens de routine exigés par la WBC. La dernière fois qu’il s’y était plié, c’était avant de se battre contre Carl Froch l’année dernière, alors il était temps d’y retourner.

Jean a passé les trois dernières semaines dans les hauteurs de la Colombie. Il a trouvé ça très difficile, mais tout s’est bien passé. Il sent qu’il a beaucoup progressé.

En fait, Pedro Diaz, un ancien entraîneur de l’équipe nationale cubaine qui a été embauché à titre de consultant cette année, a évalué que Jean avait atteint environ 60% de son potentiel – autant au niveau du développement physique que ses connaissances techniques et tactiques - au moment de son premier combat contre Adrian Diaconu et qu’il était maintenant rendu entre 80% et 85%. À l’entraînement, il vient vraiment d’aller chercher des niveaux qu’il n’avait jamais atteints.


En Colombie, Jean s’est entraîné au centre olympique du pays, un endroit où rien n’a été laissé au hasard. On y retrouve un paquet de spécialistes qui travaillent avec des athlètes de haut niveau. Ils ont fait une évaluation globale de ses aptitudes actuelles et de ce qu’il avait besoin pour devenir meilleur.

Maintenant, il est temps pour Jean d’amorcer la portion plus technique et tactique de son entraînement. Dans le débriefing qui a suivi le premier combat contre Diaconu, les entraîneurs de Jean l’ont prévenu. Il doit s’attendre à ce que le Roumain soit meilleur et mieux préparé dans le combat revanche et, conséquemment, il devra montrer qu’il a lui aussi évolué et qu’il est rendu à un autre niveau. Je vous le dis, c’est ce qu’il est en train d’accomplir.

Un combat à la fois

En conférence de presse ce matin, il a aussi été question des défis qui attendent Jean dans l’éventualité où il défendait avec succès son titre contre Diaconu.

Comme nous, Jean a écouté attentivement le combat qui a opposé Chad Dawson à Glen Johnson au début du mois. Tout au long du reportage, les commentateurs ont mentionné à cinq ou six reprises le nom de Jean Pascal. Sur le ring après sa victoire, Dawson a dit que son premier choix était de se battre contre Bernard Hopkins, mais que s’il n’était pas disponible, son objectif était d’affronter Pascal.

En voyant que son nom était mentionné à gauche et à droite, Jean a commencé à poser des questions et on ne pouvait pas lui répondre qu’on allait seulement en parler après son prochain combat. Alors on s’est occupé de ça tout de suite et on a fait le tour des possibilités.

Le WBC avait demandé que le gagnant de Pascal/Diaconu se batte contre le gagnant de Dawson/Johnson dans les 120 jours suivant le combat du 11 décembre, un plan qui semble convenir au clan Dawson. Jean voulait aussi qu’on regarde la possibilité d’un combat d’unification contre Tavoris Cloud, le champion IBF de sa catégorie. On a parlé aux dirigeants des réseaux Showtime et HBO et les deux se sont montrés intéressés à acheter les droits de diffusion pour un Cloud/Pascal, comme ils se sont intéressés à acheter un Dawson/Pascal.

Jean a donc vu qu’il y avait un éventail de possibilités, mais on ne veut pas les analyser en profondeur tout de suite. Après le combat contre Pascal, on va s’asseoir, on va évaluer tout ça et on décidera de la direction à prendre. D’ici là, il faut être bien conscient d’une chose : rien de tout ça ne se réalisera en cas de défaite face à Diaconu. Et même en cas de victoire, c’est évident que plus celle-ci sera convaincante, plus notre pouvoir de négociation sera élevé.

Vous seriez en droit de croire qu’il était risqué de penser à l’avenir avant de s’être occupé du présent, mais personnellement, je ne suis pas inquiet. Jean est bien entouré. Il compte sur une bonne équipe qui le ramène toujours sur terre. Son psychologue sportif participe au camp d’entraînement et le conseille de près. Et Jean est aussi un gars intelligent, il est conscient de tout ça. C’est vrai, peut-être qu’on n’avait pas nécessairement besoin d’aborder le sujet, mais je vois ça comme une source de motivation supplémentaire.

Ce qui me rassure, c’est que Jean sait très bien que Diaconu est un adversaire trop dangereux pour tomber dans le piège de voir trop loin dans l’avenir. On ne parle pas d’un combat préparatoire, mais bien d’une défense de titre. Le premier combat entre les deux pugilistes a été serré et spectaculaire. Avec le style, la force de frappe et la qualité des deux boxeurs, tout peut survenir lors de la revanche. N’importe quel plan de match peut passer par-dessus bord avec un seul coup de poing bien placé.

Parce que Jean a déjà passé douze rounds dans un ring avec Diaconu, il est conscient de tout ça.

Le retour de Lucas : une soirée magique

Ça fait longtemps qu’on discute d’un éventuel retour d’Éric Lucas dans le ring et j’étais content mardi quand ce retour s’est concrétisé.

J’ai été aux côtés d’Éric pour tous ses combats à l’exception des trois derniers. Je le connais donc très bien et je sais que ce n’est pas un gars de demi-mesure. Quand il sera sur le ring, je sais qu’il sera bien préparé parce qu’il est convaincu qu’il est capable de donner un bon spectacle, convaincu qu’il est capable d’aller chercher la victoire et convaincu que ce combat va l’amener vers d’autres choses.

Éric revient pour les bonnes raisons, et ça fait longtemps qu’il se prépare pour ça. Je sais que plusieurs personnes croient qu’il court un risque en remontant dans le ring, mais je ne suis pas d’accord. La boxe, c’est vraiment dangereux quand tu n’es pas bien préparé.

D’un point de vue strictement d’affaires, c’est sûr que l’ajout du combat d’Éric sur la carte du 11 décembre est une excellente nouvelle pour nous.

D’abord, notre carte était déjà très relevée. Avec Diaconu/Pascal, on parle d’un combat qui est considéré comme l’un des meilleurs de l’année sur la scène internationale et peut-être même l’un des meilleurs de l’histoire de la boxe québécoise. Les deux boxeurs remettent ça, on est certain d’avoir un bon spectacle. Mais en plus, le retour d’Éric Lucas... c’est inespéré.

On a aussi annoncé que David Lemieux se battra sur cette carte contre Delray Raines pour le titre intercontinental des moins de 23 ans du WBC. Je sais que Lemieux et nos autres jeunes, qui ont grandi en vénérant Éric Lucas, sont très enthousiastes à l’idée de se battre sur la même carte que lui.

C’était une soirée qui s’annonçait déjà mémorable, mais avec la présence d’Éric, ça en sera une mémorable.

Pacquiao-Cotto : quel spectacle!

Comme plusieurs amateurs de boxe, j’étais rivé devant mon téléviseur en fin de semaine dernière pour le combat tant attendu entre Manny Pacquiao et Miguel Cotto et le spectacle offert par ces deux guerriers m’a littéralement fait tomber en bas de ma chaise.

Je savais que Pacquiao était toute une machine offensive, mais je ne pensais pas qu’il avait une aussi bonne capacité d’encaisser. Floyd Mayweather peut bien dire que PacMan est unidimensionnel, mais ce que j’ai vu dans ce combat, c’est un boxeur aux multiples facettes, qui possède beaucoup d’outils. Il se donne des angles, il est précis, rapide et n’a aucun complexe physique avec les 145 livres.

Samedi soir, on a assisté à la performance d’un boxeur qu’on peut véritablement commencer à comparer aux meilleurs de l’histoire. Hey! Le gars vient d’aller chercher un septième titre dans une septième division de poids!

Quand la tenue de ce combat a été officialisée, de l’extérieur, j’observais les forces en présence et je me disais que Cotto avait des chances. Mais peu de temps après, lorsque j’ai reçu des informations des deux camps d’entraînement, j’ai commencé à changer d’idée.

Entre les branches, j’avais entendu dire que Cotto décidait de tout avec son nouvel entraîneur. C’est lui qui était le boss du camp et ses entraînements quotidiens duraient environ deux heures. Du côté de Pacquiao, c’est Freddy Roach qui avait le dernier mot sur tout et chaque entraînement durait entre quatre et cinq heures. Je me suis alors souvenu d’avoir vu Roy Jones, Oscar De La Hoya et Mayweather... Et il y a une constante : les meilleurs sont ceux qui s’entraînent le mieux.

À partir de ce moment, j’avais changé ma prédiction, mais je m’attendais quand même à un combat âprement disputé. Finalement, ça n’a jamais été serré. L’arbitre a mis fin au massacre au 12e round, mais personnellement, c’est sûr que j’aurais lancé la serviette bien avant ça.

La pire erreur qu’un entraîneur peut commettre, c’est attendre que son boxeur lui dise qu’il ne veut plus se battre. C’est à l’entraîneur de sentir que son poulain n’est plus capable et d’arrêter le combat avant qu’il soit trop tard, avant que la volonté de l’athlète soit complètement brisée et qu’il décide d’abandonner.

Dans le coin de Cotto, les hommes de coin lui ont demandé s’il voulait continuer. Tu n’as pas à demander ça! Le boxeur va toujours dire qu’il veut continuer, mais dans sa tête, inconsciemment, il va aussi se dire « Eille! Si tu penses que je ne suis plus capable d’en prendre, arrête-le, le combat! ». Si tu fais ça, peut-être que le boxeur va t’en vouloir pendant un moment, mais après ça, il va avoir confiance en toi. Il va savoir qu’il pourra donner tout ce qu’il a et que si ça va trop loin, quelqu’un va prendre la décision que c’est trop.

Pour revenir à Pacquiao, un affrontement contre Floyd Mayweather est maintenant inévitable. C’est un combat qui va battre tous les records à la télé payante et qui attirera d’immenses revenus internationaux. Il y a trop d’argent en jeu pour que ça ne se fasse pas. Ce sera une longue négociation parce qu’il a beaucoup d’égos impliqués, mais ça se fera.

Et quand le jour viendra, je ne pourrai pas gager contre Mayweather. Pacquiao est un crowd pleaser, un bagarreur, un boxeur spectaculaire, mais Mayweather est un pur boxeur. Pacquiao, par la façon dont il boxe, commet quand même pas mal d’erreurs dans un combat mais il peut s’en tirer parce qu’il est tellement athlétique. Mais Mayweather, lui, n’en fait pas d’erreur.

Je parlais avec le directeur de la programmation d’ESPN et on se rejoignait sur un point : c’est possible, à cause du style de Mayweather, qu’un combat entre Pacquiao et lui soit un peu plate. Mais malgré ça, ce sera un combat qu’on voudra tous voir.

*Propos recueillis par Nicolas Landry.
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