Si jamais le Canadien atteignait la finale de la coupe Stanley, je suis convaincu qu'il serait capable de rivaliser avec une équipe de l'Ouest. Le récent voyage contre les équipes de l'autre association m'a convaincu malgré la fiche de 2-2.

Avant de quitter vers l'ouest, le Canadien avait joué à Buffalo le vendredi et au New Jersey le samedi pour la première place contre les Devils. Le transport n'est pas une excuse pour expliquer la fiche mais il faut se souvenir des conditions de voyage du Canadien. L'équipe a fait le long voyage vers San Jose dimanche en prévision du match de lundi et c'est une réalité que dans l'est, les voyages sont plus courts, donc en théorie, moins fatigants.

Lors du premier match, perdu 6-4 face aux Sharks, les deux équipes étaient fatiguées. San Jose venait de terminer un séjour de 17 jours à l'extérieur. Dans la défaite, le Canadien n'a pas été déclassé et je n'ai pas trouvé qu'il y avait une grande différence entre les deux clubs. Faut dire que lors de cette partie, les deux gardiens ne l'avaient pas. On a beaucoup parlé de la contre-performance de Carey Price mais Evgeni Nabokov n'avait pas été fort non plus.

Si jamais ces deux équipes devaient croiser le fer en finale de la coupe Stanley, Montréal pourrait rivaliser.

Par la suite, l'équipe de Guy Carbonneau a disputé trois parties en quatre soirées. Dimanche, contre les champions de la coupe Stanley, les Ducks d'Anaheim, le match est resté 1-1 jusqu'en troisième. Le Canadien n'a pas tiré beaucoup et Price avait été excellent. C'est finalement l'indiscipline qui a fait tourner le match en faveur des Ducks.

J'aurais aimé voir le Canadien vaincre un gros club au cours de ce voyage mais ça ne m'empêche pas de dire que l'équipe n'a pas à avoir de complexes face aux formations de l'autre conférence. De la façon dont il joue, le Canadien peut rivaliser avec tout le monde.

Lors de leur voyage dans l'Ouest, les Sénateurs d'Ottawa n'ont pas gagné beaucoup mais comme le Canadien, ils n'ont pas été dominés.

Lors d'une éventuelle finale, le Canadien n'a pas à s'inquiéter de la robustesse des formations de l'ouest parce qu'il mise sur la rapidité. Je pense que la vitesse du Tricolore forcera les autres équipes à mettre la pédale douce sur l'aspect physique. Au début du voyage, les Sabres ont voulu jouer physiquement avec comme résultat que le Canadien a compté trois buts en avantage numérique pour se sauver avec la victoire.


Être en mode séries

Avec onze parties à faire au calendrier, on utilise souvent l'expression, "se placer en mode séries". En fait, c'est un cliché qui veut dire qu'un entraîneur va tout faire en son possible pour s'assurer que son équipe ne connaîtra pas de baisse de régime avant d'entrer dans la danse printanière.

L'entraîneur veut que ses joueurs se donnent un rythme et il veut que ses quatre trios fonctionnent sans être obligés de les remanier. À Montréal, à moins de blessure, les deux premiers trios sont stables. Même chose pour ses combinaisons de défenseurs. Il veut aussi que son gardien soit en pleine possession de ses moyens. Ce que ne veut surtout pas l'entraîneur, c'est de commencer les éliminatoires avec des trous dans sa formation.

C'est toujours plaisant de commencer les séries avec une séquence de victoires. Ça aide pour la confiance même si ce n'est pas toujours un gage de succès. En 1993, on avait connu une très mauvaise fin de saison et le début des séries avait été difficile face aux Nordiques de Québec. On avait finalement retrouvé nos moyens pour remporter la coupe Stanley.

Carbonneau essaie de figurer les joueurs qu'ils comptent utiliser en séries. C'est dommage pour ceux qui sont laissés de côté mais l'équipe gagne et il est difficile de faire des vagues. Steve Bégin est à nouveau blessé. Quant à Mathieu Dandenault, il est en santé et même s'il a bien joué à ses derniers matchs, Carbonneau a décidé de le laisser de côté. Mathieu n'a pas le choix de patienter parce que l'équipe connaît du succès.


La dureté du mental

Carbonneau ménage ses hommes et je pense qu'il va continuer ainsi. Certains de ses joueurs, qui sont utilisés en 17 et 22 minutes par rencontre, obtiennent parfois congé d'entraînement. Certains dimanches, au lendemain d'une défaite, Carbonneau donnait quand même congé à ses hommes. Plutôt que de les punir, Carbo travaillait à long terme avec sa stratégie.

Certains joueurs ont aussi congé les matins de match. Ça aide à changer la routine. De toute façon, à ce stade de la saison, ce n'est pas une question de forme physique mais une question mentale. Les joueurs ont besoin de changer leur routine. Au pire, même s'ils ne sautent pas sur la glace lors des matins de match, ils peuvent aller suer sur des machines en gymnase. C'est l'aspect mental qui va mener l'équipe à un autre niveau.


*propos recueillis par Robert Latendresse