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J'ai failli diriger le Canadien

Mercredi 02 décembre 2009
La rivalité Canadien-Nordiques était intense. (Photo Getty)

La rivalité Canadien-Nordiques était intense. (Photo Getty)


Michel Bergeron
Avant de le détester durant mes huit saisons à la barre des Nordiques de Québec, j'étais dans ma jeunesse dans le quartier Rosemont, un grand partisan du Canadien de Montréal, que j'ai bien failli diriger. Dans le cadre du centenaire de l'équipe, il me fait plaisir de partager avec vous quelques-uns de mes meilleurs souvenirs du Tricolore.

Le hockey était très populaire à l'époque où j'étais enfant. J'ai été élevé dans l'ère des Maurice Richard, Bernard Geoffrion, Jean Béliveau, Jacques Plante, Doug Harvey et Dickie Moore, qui étaient tous mes idoles. L'hiver je jouais au hockey et l'été, je jouais au baseball et peu importe le sport, on voulait tous porter les numéros de nos joueurs préférés. Les gars se battaient pour avoir les numéros 9, 4, 16 ou le numéro 5. C'est dans cette ambiance que nous avons été élevés.

Moi, j'étais comme les autres. J'ai toujours aimé Boom-Boom Geoffrion alors j'ai porté le numéro cinq. Boom-Boom était sans doute le joueur que mon père aimait le plus alors je me suis attaché à ce joueur. Plus tard, j'ai porté le numéro 15 en l'honneur de Bobby Rousseau.


Les gars se battaient bien sûr pour le numéro 9, que j'ai eu la chance de porter. Je me souviens de cette journée où j'étais allé chercher les chandails à la poly juvénile avec mon entraîneur, qui habitait près de chez moi. En revenant à pied, les chandails dans les bras, j'ai arraché celui qui arborait le numéro 9 pour m'assurer de l'avoir mais mon entraîneur a échappé les autres dans la slush. Inutile de vous dire que mon entraîneur n'était vraiment de bonne humeur ...

La sortie de l'année

Mon père travaillait fort mais on n'avait pas les moyens d'assister aux matchs mais quand on nous donnait des billets pour assister à un match du Canadien, c'était notre sortie de l'année. Alors quand j'avais la chance d'aller au Forum une fois par année, c'était quelque-chose d'unique. Je me souviens que l'on se rendait alors au Forum en tramway. C'était dans les années 50.

Mes plus beaux cadeaux, c'est quand le Père Noël m'apportait des patins et comme les autres jeunes de l'époque, mon rêve était de jouer pour le Canadien. Je dois bien avoir passé 56 des 100 ans du Canadien à aimer cette équipe mais il y a des années où je l'aimais moins ...

Je conserve plusieurs bons souvenirs du Canadien dans ma jeunesse. Comment oublier les confrontations contre les Bruins de Boston, l'arrivée de John Ferguson qui a été marquant pour le Canadien. Ferguson jouait avec Jean Béliveau et Yvan Cournoyer. Il y avait des confrontations avec Ted Green des Bruins ou Eddies Shack des Maple Leafs de Toronto. Ça ne s'oublie pas.

À l'époque, il n'y avait que six équipes et on connaissait tous les joueurs. C'était facile de s'identifier aux joueurs, qui étaient presque tous Canadiens. Puis à Montréal, la grande majorité des joueurs était Québécois. Comme les jeunes de mon âge, je collectionnais les cartes de hockey avec les gommes ballounes. On aimait échanger nos joueurs sauf nos préférés bien entendu.

Pas plus loin que le Canadien junior

C'était un rêve de jouer pour le Canadien mais je n'avais pas le talent pour y parvenir. J'ai eu deux invitations pour le camp du Canadien junior mais j'avais vite été retranché. Plusieurs joueurs de la Ligue métropolitaine ont toutefois suivi ce parcours pour atteindre la LNH dont Serge Savard qui jouait pour NDG ou Jacques Lemaire et Yan Cournoyer qui jouaient pour Lachine. À Rosemont, on a eu Bernard Parent qui a joué pour les Flyers de Philadelphie.

En vieillissant, j'admirais encore le Canadien. Quand j'étais avec les Draveurs de Trois-Rivières, je descendais souvent à Montréal pour regarder Scotty Bowman, qui était mon idole. J'allais aussi rencontrer Serge Savard et Guy Lapointe que je connaissais. J'étais fasciné de voir les entraînements de l'équipe. C'était fascinant de voir des joueurs aussi bons travailler aussi fort durant les entraînements.

À l'époque, on ne parlait pas d'argent, on parlait de passion. Tout le monde s'identifiait au Canadien.

Et sont venus les Nordiques ...

C'est vrai qu'à un certain moment j'ai détesté le Canadien quand je dirigeais les Nordiques de Québec mais pas nécessairement au début de mon association avec l'équipe de la vieille capitale. J'admirais l'organisation du Canadien. Je me souviens que je disais souvent à Maurice Fillion que les jeunes du Canadien semblaient devenir meilleurs simplement en portant le chandail. La tradition semblait alors jouer gros.

Je ne détestais pas le Canadien plus qu'il le fallait mais les choses ont changé le soir où Dale Hunter a marqué le but qui éliminait Montréal en prolongation en 1982 et je pense que cette rivalité s'est terminée avec la bataille du Vendredi Saint. Pour bien comprendre l'intensité de cette rivalité, il faut se remettre dans le contexte des années 80. À ce moment, le Québec se retrouvait avec deux équipes dans la LNH, qui étaient dirigées par des Québécois. De plus, les propriétaires étaient des brasseries qui se concurrençaient en affaires, puis comme les joueurs francophones étaient légion d'un côté comme de l'autre, le sang chaud québécois faisait surface rapidement.

L'animosité était très forte et la rivalité intense. Ça ne pouvait pas faire autrement parce que certaines saisons, on disputait 17 parties l'un contre l'autre avec les parties préparatoires, les matchs de saison et ceux des séries.

Outre le but de Hunter, celui de Peter Statsny qui éliminait aussi Montréal lors d'un septième match au Forum figure aussi parmi mes meilleurs souvenirs de cette rivalité, qui s'est presque terminée lors du fameux Vendredi Saint. Cette bagarre était presque quelque chose de naturelle et ce n'était pas surprenant que ça explose de la sorte avec l'hostilité qui existait.

Les médias et les entraîneurs jouaient le jeu

Moi et Jacques Lamaire étions les entraîneurs à l'époque et on se lançait constamment des flèches par la voix des médias, qui en profitaient en masse pour alimenter la guerre. Quand l'un faisait une déclaration, les journalistes se faisaient un plaisir d'aller voir l'autre entraîneur pour avoir sa version. Ça donnait parfois des déclarations savoureuses. Un jour Lemaire avait dit en parlant de moi que c'était du stuff de junior alors que moi je répondais qu'il avait abandonné son club après la dernière coupe Stanley.

On essayait de se faire mal mais moi je pense qu'il y avait beaucoup de respect. D'ailleurs quand je suis devenu entraîneur des Rangers de New York, l'un des premiers à me souhaiter bonne chance avait été Jacques Lemaire. L'animosité était dans le feu de l'action mais pas nécessairement à l'extérieur.

Il y a des gens qui sont toujours demeurés partisans du Canadien même s'ils connaissaient des membres des Nordiques. Dans ma famille, il y en a qui ne m'ont pas suivi à Québec et qui ont gardé leur allégeance au Canadien.

À la barre du Canadien

Ironiquement, j'ai failli être l'entraîneur du Canadien dans les années 90 mais le directeur Serge Savard, sur recommandation des médecins de l'équipe, s'était finalement tourné du côté de Jacques Demers, qui s'est avéré un bon choix. Ça aurait été drôle de me retrouver derrière le banc de cette équipe mais je pense que les partisans purs et durs des Nordiques ne me l'auraient pas pardonné.

Si Serge m'avait embauché, j'avais déjà un plan en tête, je voulais que Jacques Lemaire soit mon adjoint. Je lui en avais même parlé, ce qui l'avait bien fait rire mais je pense qu'il aurait accepté.

Encore aujourd'hui, je reçois des messages de gens qui me disent qu'ils sont restés fidèles aux Nordiques et qui n'aiment pas m'entendre louanger le Canadien dans les médias. Je leur réponds qu'il faut tourner la page et qu'il ne faut pas toujours vivre dans le passé. La majorité des gens le comprend d'ailleurs.

*propos recueillis par Robert Latendresse
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samael_flamel
samael_flamel Merci
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2009/12/03 18:01:11