mardi, 8 nov. 2011. 16:02

Joe Frazier a été un cadeau du ciel pour le monde de la boxe qui se cherchait désespérément des vedettes à l'époque. C'était l'après Joe Louis, Rocky Marciano et Sugar Ray Robinson.

L'intérêt est finalement revenu avec l'arrivée de Mohammad Ali. Ce qui a été appelé le « Combat du siècle » est ce qui a fait le plus de bien dans l'histoire de la boxe professionnelle. Le 8 mars 1971, Frazier est demeuré champion du monde des poids lourds, alors que tout le monde n'en avait que pour Ali. Ce dernier avait précédemment perdu son titre parce qu'il avait refusé de s'enrôler dans l'armée pour aller au Vietnam.

Il s'agissait de la première défaite subie par Ali, qui n'aurait jamais été le même s'il n'avait pas croisé Frazier sur son chemin. Même s'il a ensuite perdu les deux autres combats qu'il a disputés contre Ali, Frazier a mené une très grande carrière. Ce n'est pas le fruit du hasard s'il est considéré comme l'un des 10 meilleurs lourds de l'histoire. Il est en plus le premier à avoir gagné l'or aux Jeux olympiques chez les lourds avant d'être sacré champion du monde dans la même catégorie.

Avant Frazier, Ali et Floyd Patterson avaient remporté l'or, mais c'était chez les mi-lourds et les moyens respectivement. À compter de 1964, Frazier a donné le ton en créant un intérêt sans précédent dans la catégorie reine de la boxe. Grâce à lui, c'est devenu possible de mener une carrière olympique avant de passer chez les professionnels. Ses héritiers sont George Foreman, Lennox Lewis et Wladimir Klitschko, mais également Sugar Ray Leonard et compagnie. C'est dire à quel point il a eu un impact colossal.

Frazier a néanmoins connu une courte carrière, puisqu'il est devenu champion en 1968 et a livré ses derniers combats compétitifs en 1976. Il a aussi longtemps évolué dans l'ombre d'Ali à l'époque de l'âge d'or de la division des lourds. Avec Foreman, Joe Bugner, Jimmy Ellis, Ken Norton et Earnie Shavers, chaque duel était un événement. Pas besoin d'un combat de championnat pour susciter l'intérêt!

Pour saisir tout l'esprit de cette époque, il faut absolument regarder la trilogie Ali-Frazier, la plus importante de toute l'histoire de la boxe. Ce sont trois combats qui ont été extrêmement intenses et durs.

Après le 14e round du troisième affrontement, Ali a dit qu'il n'était plus capable de continuer. Son entraîneur Angelo Dundee l'a convaincu de continuer, puisqu'il ne restait qu'un round. Dans l'autre coin, Eddie Futch a imploré Frazier d'arrêter, expliquant qu'il y aurait d'autres importants combats à sa portée. Lorsque l'arbitre a finalement indiqué que le duel était fini, Ali s'est pratiquement évanoui. Il a même mentionné plus tard dans son livre que jamais il n'était passé aussi près de la mort qu'à ce moment-là.

Des liens avec la Belle Province

La première fois que j'ai rencontré Frazier, c'est lorsqu'un gérant l'avait embauché pour entraîner un boxeur qui s'appelait Gaston Bérubé. Ce dernier avait été champion amateur canadien et avait même fait carrière au hockey. Bref, un excellent athlète.

Les Québécois avaient également entendu parler de lui lorsque le promoteur Régis Lévesque avait tenté d'organiser un combat entre Frazier et Robert Cléroux. À l'époque, tout le monde trouvait cela farfelu, mais ce le serait beaucoup moins lorsqu'on regarde à quel point les boxeurs âgés dans la quarantaine connaissent un certain succès.

Le duel n'avait finalement jamais eu lieu, car le ministre Pierre-Marc Johnson avait interdit que le combat soit présenté sur le territoire du Québec. Il s'agit alors de la première décision d'importance de la Régie des alcools, des courses et des jeux. Avant cela, les commissions athlétiques régissaient les villes seulement. Un promoteur mécontent d'une décision prise à Montréal pouvait se tourner vers Verdun par exemple et faire ce qu'il voulait. C'est aussi pour cela que le nom de Frazier a une connotation spéciale ici.

Au mois de septembre dernier, j'ai également eu la chance de rencontrer Frazier à l'occasion de festivités en marge du combat entre Floyd Mayweather fils et Victor Ortiz. Il avait passé trois jours dans le lobby du MGM Grand pour prendre des photos avec les amateurs et signer des autographes. Frazier était notamment accompagné de Shavers, Mike Tyson et Leon Spinks. Lorsque je l'ai vu, j'ai dit aux gens qui m'accompagnaient que c'était incroyable à quel point il avait changé. Quand tu rencontres un ancien champion des lourds, tu t'attends à voir quelqu'un de massif et imposant. Au contraire, il était très petit et amaigri. Plus tard, nous avons appris qu'il souffrait d'un cancer du foie.

Howard Grant m'avait même raconté que Frazier lui avait dit à ce moment-là qu'il était très amer de sa carrière et plus particulièrement de ses trois combats avec Ali. Il ne lui a jamais pardonné de l'avoir ridiculisé à ce point. Frazier prenait tout cela très au sérieux, alors qu'Ali s'amusait pour des fins de promotion.

Il faudra se souvenir de Frazier comme d'un boxeur au style unique qui possédait un crochet de gauche dévastateur. C'est ce coup précis qui avait envoyé Ali au plancher lors de leur premier combat. Frazier a mené une carrière dont n'importe quel poids lourd pourrait rêver.

*Propos recueillis par Francis Paquin