mardi, 13 déc. 2011. 00:58

Depuis le temps que je gravite dans ce monde extrêmement imprévisible qu'est celui de la boxe, je ne peux pas dire que suis complètement renversé par le résultat qui nous est tombé dessus samedi soir. Je vais toutefois admettre que la défaite de David Lemieux face à Joachim Alcine n'est vraiment pas le scénario que nous avions envisagé.

Je pourrais vous dire que je suis en désaccord avec la décision. L'écart de 116-112, un pointage rendu par deux des trois juges, me semble exagéré. Personnellement, je croyais que David en avait fait assez pour gagner et plusieurs personnes à qui j'ai parlé sont du même avis. Mais je ne veux pas vraiment m'embarquer là-dedans.

Je pourrais aussi vous dire que David est très jeune, qu'il doit encore gagner en maturité et qu'il y a des aspects de son jeu qu'il doit encore améliorer. Mais d'un autre côté, je ne peux réellement pas trouver de faiblesse ou de faille dans son entraînement, dans sa préparation ou encore dans la façon dont il a géré son combat.

Aujourd'hui, je dois plutôt avouer que Joachim Alcine m'a vraiment impressionné. Je ne l'avais pas vu aussi affamé et déterminé depuis longtemps. Plus longtemps encore que l'époque où il était champion du monde. Il m'a fait penser au boxeur qui avait battu Carlos Bojorquez immédiatement après son combat contre Stéphane Ouellet, ou encore à celui qui avait défait Marco Antonio Avendano alors que celui-ci était classé mondialement.

J'ai récemment revu certains des vieux combats de Joachim et je l'ai trouvé vif, félin, rapide. Il avait bien fait contre Javier Alberto Mamani, en 2006, mais par la suite, ça avait été un peu plus terne. Même quand il a gagné et défendu la ceinture de champion de la WBA. Et par la suite, on le sait, ça s'était détérioré jusqu'à ce qu'il sombre dans l'oubli.

Samedi, au Centre Bell, je m'attendais - même si personne ne me croyait - à une bonne opposition de la part de Joachim. Mais jamais je ne l'aurais cru capable, à 35 ans, d'élever son jeu d'une telle façon. Aujourd'hui, je donne crédit à Joachim bien plus que je ne blâme David ou son équipe pour le résultat obtenu.

On a sous-estimé Joachim Alcine, je n'ai pas peur de le dire. Lorsque la décision de confronter David à notre ancien poulain a été prise, elle faisait l'unanimité au sein de GYM. On croyait non seulement que David allait gagner, mais on voyait là l'occasion idéale de l'impliquer dans un combat à saveur locale, de le plonger dans un environnement qu'il n'aurait peut-être pas l'occasion d'apprivoiser de nouveau avant longtemps.

Tout le monde était d'accord avec le plan. Il a été dressé en évaluant tous les risques possibles, au mieux de nos connaissances, mais Joachim nous a joué un tour. Il a déjoué nos prédictions. Pour ça, je lui lève mon chapeau.

Comme je le mentionnais en amorce, la boxe est un sport très imprévisible. Au-delà du talent des athlètes, il faut prendre en considération leurs motivations, leur préparation, leur état d'esprit, leur environnement. On ne peut pas toujours comprendre qu'un boxeur visiblement plus talentueux s'incline devant un adversaire négligé, mais après coup, quand on creuse un peu, on réalise parfois que certains facteurs qu'on ignorait sont venus changer les données.

David est dans une position où il apprend à la dure. Après une carrière amateur et un début de parcours professionnel assez faciles, il doit aujourd'hui se poser des questions qui ne lui ont jamais traversé l'esprit auparavant. Malgré tout, au niveau de la gestion d'un combat de boxe, il m'a montré plus de belles choses samedi contre Joachim que dans tout le reste de sa carrière. L'important à partir de maintenant, c'est d'empocher les points positifs, de faire un bon débriefing et de continuer de progresser avec sa nouvelle équipe.

Éventuellement, je suis sûr que David va retrouver Alcine sur son chemin.

Des paroles qui n'ont pas laissé de marque

Je viens de vous faire l'éloge de Joachim Alcine le boxeur. Maintenant, je dois ajouter que Joachim Alcine l'individu a dit quelques conneries dans la semaine précédant le combat. Tout ce qu'il a dit, de l'histoire sur l'état de son œil avant d'affronter Daniel Santos jusqu'à celles entourant les allégations de Don King, n'était aucunement crédible.

D'ailleurs, Joachim s'est fait accueillir solidement par Michel Hamelin, le responsable des sports de combat à la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec, lors de la pesée officielle de vendredi dernier. M. Hamelin avait supervisé tous les dossiers médicaux avant le combat contre Santos au Stade Uniprix et il n'avait pas apprécié les commentaires diffamatoires de Ti-Joa.

Sur le ring, après ses douze rounds contre David, Joachim s'est excusé. Il a mis ses propos sur le dos de la nervosité et m'a dit qu'il était maintenant prêt à revenir au Québec. Je lui ai alors répondu que ça risquait bien d'arriver, puisque je possédais désormais 50% de son contrat selon les termes d'une entente signée préalablement avec son promoteur.

Il avait l'air surpris quand je le lui ai annoncé. Je pense bien être celui qui lui a appris la nouvelle, mais après son étonnement initial, il a répondu que c'était bien tant mieux. Et en ce qui me concerne, ça a mis un point final à toute cette histoire. Je ne veux pas faire de guerre personnelle sur ce sujet. J'ai dit ce que j'avais à dire et maintenant, la page est tournée en ce qui me concerne.

Maintenant, je vous explique la nature de l'entente que j'avais conclue avec Lou DiBella, le promoteur d'Alcine. En fait, ce genre de pacte est de plus en plus commun dans le monde de la boxe, surtout quand il est clair qu'un boxeur a davantage à perdre que son adversaire.

Dans le cas qui nous concerne, c'est nous qui étions sollicités par le clan Alcine. Lou, un ami personnel, était prêt à faire un paquet de concessions, notamment l'octroi d'un combat revanche et des options sur la suite de la carrière de Joachim, pour que le combat contre Lemieux se concrétise.

Il arrive qu'on se fasse proposer de telles ententes et qu'on les refuse tout simplement. Parfois, on est tellement convaincu de la supériorité de notre boxeur qu'on ne s'encombre pas de ce genre de détails. Mais on peut le regretter! Un bel exemple, c'est le scénario qui s'est produit en fin de semaine dans le combat entre Amir Khan et Lamont Peterson. Les gens de Golden Boy étaient tellement convaincus de la domination de Khan qu'ils n'ont rien exigé dans le contrat. Mais Peterson a créé la surprise et s'ils veulent le revoir, ça leur coûtera pas mal plus cher que s'ils avaient pris leurs précautions.

Chez GYM, on avait assez de respect pour le talent de base de Joachim pour exiger ce que nous avons obtenu. Nous avons conclu une entente avec Lou DiBella pour pallier à toute éventualité et aujourd'hui, c'est une décision qui s'avère judicieuse.

David peut s'inspirer de Martinez et Pacquiao

Qu'est-ce que ça veut dire, concrètement? Je quitte mardi pour assister au congrès du WBC à Las Vegas et j'aurai une première discussion avec Lou sur le sujet. Je dois aussi rencontrer David, son gérant Camille Estephan et son entraîneur Marc Ramsay pour savoir comment ils voient les choses de leur côté.

Personnellement, je suis convaincu que tôt ou tard, Lemieux et Alcine se retrouveront de nouveau dans un ring. C'est plus qu'un souhait, c'est une certitude. Il n'y a que le délai qui reste à déterminer.

D'abord, il faut attendre de voir quelle incidence la récente victoire de Joachim aura sur sa réputation à l'échelle mondiale. Peut-être qu'il sera propulsé rapidement, comme il l'espère sûrement, vers un combat de championnat du monde, mais c'est loin d'être acquis. Il faut l'avouer, Joachim n'a pas une très bonne réputation à l'extérieur du Québec. Je me souviens que même à l'époque où il était devenu champion du monde, on était incapable de convaincre HBO et Showtime de lui faire une place dans leur programmation. À leurs yeux, Alcine n'était pas assez spectaculaire et charismatique pour soulever les passions de leur auditoire.

En sachant cela, on comprend que la défaite de David lui fait très mal au niveau de la perception internationale. Ceux qui n'ont pas vu sa performance et qui se baseront uniquement sur les résultats qu'ils auront obtenu sur internet verront qu'il n'a pas été capable de battre un gars qui a été éliminé au premier round par Alfredo Angulo et qui n'a pu faire mieux qu'un combat nul contre un faire-valoir comme Jose Medina.

Mais à la boxe, tu es aussi bon que ta dernière performance. L'important, c'est qu'après une courte période de repos, David retourne dans le gymnase, continue son éducation et remonte sur le ring rapidement. On en a déjà parlé avec lui et il est d'accord avec ce plan. Il ne doit pas repousser son retour trop longtemps. Et quand il aura retrouvé le chemin de la victoire, qu'il aura aligné quelques victoires impressionnantes et démontré une progression certaine, les yeux vont se retourner vers lui, je ne suis pas inquiet.

Vous savez, le meilleur boxeur poids moyen au monde à l'heure actuelle, Sergio Martinez, s'est fait passer le K.-O. par Antonio Margarito au début de sa carrière et il avait 33 ans quand les gens ont commencé à lui porter attention. Manny Pacquiao aussi s'est fait battre de façon convaincante au début de sa carrière et lorsqu'il est arrivé aux États-Unis, personne n'aurait pensé qu'il deviendrait le boxeur qu'il est aujourd'hui.

Jean Pascal est actuellement considéré comme l'une des vedettes de la division des mi-lourds, mais vous savez qu'il a lui aussi connu un petit passage à vide. Même s'il gagnait, il a été vertement critiqué pour ses performances contre Omar Pittman et Brian Norman. À l'époque, tout le monde remettait en question ses capacités et son talent, mais c'était seulement une mauvaise passe, on le voit bien aujourd'hui.

L'important pour David, c'est de mettre tout ce qui lui arrive en perspective et de ne pas perdre son caractère et sa détermination. Il est bien entouré (par ailleurs, il n'y a aucune faille dans le lien qui l'unit à Marc Ramsay et les deux hommes vont continuer à travailler ensemble) et je suis convaincu qu'il a tout le potentiel et le talent du boxeur qu'on a identifié il y a quelques années quand il est passé chez les pros.

En ce moment, il poursuit son apprentissage comme Jean l'a fait dans les temps plus durs. Il n'y a pas de ligne droite à la boxe. On aime croire qu'on va prendre un gars et en faire un champion sans rencontrer d'embûches ou avoir à faire de petits détours, mais ce n'est tout simplement pas comme ça que ça fonctionne.

Lemieux-Alcine II : pas pour maintenant

Pour moi, un combat revanche entre David et Joachim est coulé dans le béton, mais ça ne sera assurément pas le prochain défi de notre protégé.

Comme je l'expliquais précédemment, il faudra attendre de voir le chemin que Joachim empruntera à partir de maintenant. Assurément, il cherchera à monnayer sa récente victoire au maximum, c'est tout à fait normal. Sergio Martinez est présentement à court d'adversaires. Lou DiBella est son promoteur. Alors peut-être Martinez-Alcine?

Je lance ça comme ça, mais je le répète, on ne saura pas tout de suite ce que l'avenir réserve à Joachim. S'il décroche quelque chose d'intéressant, ça retardera un éventuel combat revanche contre David. Mais si ça ne fait pas évoluer sa carrière comme il le souhaite, il n'aura pas le choix de se rabattre sur sa plus récente victime.

Mais bon, avant qu'on soit branché, David a le temps d'aller chercher cinq ou six combats. Dans la gestion de sa carrière, nous ne brûlerons pas d'étape. Sa prochaine sortie ne devrait pas être la finale d'un événement et pour ce qui est de ses adversaires, ils seront identifiés pour tenter de lui permettre d'améliorer certains aspects spécifiques de sa boxe.

Adonis Stevenson, un aspirant obligatoire d'ici l'automne

Adonis Stevenson jouait gros, très gros sur le ring du Centre Bell samedi. À 34 ans, une défaite contre Aaron Pryor Jr l'aurait relégué au deuxième tiers de sa division et pratiquement aux oubliettes.

Mais Adonis a signé une victoire réellement convaincante et spectaculaire contre un gars qui, du haut de ses 6 pieds 4 pouces, lui proposait un défi particulier. Un peu comme Jean Pascal lorsqu'il avait affronté Kingsley Ikeke, un autre géant, il ne pouvait pas se permettre d'y aller en finesse. Contre un gars de ce gabarit, tu n'essaies pas de bien paraître et tu te concentre uniquement sur la victoire.

Devant le casse-tête que représentait Pryor, Adonis s'est simplement dit : « Je vais le swinger ». Résultat : Pryor, qui n'avait jamais été mis K.-O. auparavant, a visité le plancher à quatre reprises et a été écarté au neuvième round.

C'est une victoire très importante pour Adonis. J'ai déjà parlé aux dirigeants des différentes associations et je peux vous dire que sa victoire, et surtout la façon dont elle a été acquise, a fait beaucoup de bruit. Il est maintenant, que ça plaise ou non à ses détracteurs, un aspirant légitime à n'importe quel champion de la division des super-moyens.

Adonis a défié Lucian Bute après sa victoire et, sincèrement, qui peut le blâmer? On ne peut pas en vouloir à un boxeur d'aspirer à se mesurer en championnat du monde contre un gars qui vit dans la même ville que lui. Mais une chose qu'on ne fera pas avec Stevenson, c'est d'essayer d'avoir un combat de championnat par charité.

Il est dans nos plans de mettre Adonis sur notre carte du 18 février. Notre but est de l'opposer encore une fois à un adversaire d'importance de façon à ce qu'il puisse monter dans les classements jusqu'à ce qu'il devienne un aspirant obligatoire et que les champions ne puissent plus le contourner. Selon moi, ce moment arrivera avant l'automne prochain. Je vous le dis, ceux qui se sont esclaffés en l'entendant prononcer le nom de Lucian Bute pourraient bien ravaler leurs paroles.

Mais que ce soit Bute ou un autre, je n'ai pas nécessairement de préférence. Actuellement, l'objectif est d'amener Adonis en championnat du monde. On verra, notamment, comment les titres seront répartis après le combat entre Andre Ward et Carl Froch en finale du Super Six. Si le gagnant de ce combat finit par affronter Bute, il y aura éventuellement une unification de trois titres et ça, ça ne peut pas durer éternellement.

Je suis extrêmement content de l'année que vient de connaître Adonis. Trois victoires, toutes par K.-O., dont deux contre des rivaux considérés comme étant très solide. C'est une année remarquable qui se termine en beauté et qui fait que l'année 2012 promet énormément.

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Que ce soit pas courriel, Facebook ou Twitter, énormément de gens m'ont contacté pour me faire connaître leur appréciation du spectacle offert samedi. Je suis extrêmement satisfait du programme que nous avons présenté. La majorité de nos boxeurs avait des adversaires de qualité et du lot, Eleider Alvarez se révèle peut-être comme le prospect de l'heure.

Je veux souligner le travail de Marc Ramsey, au matchmaking, et celui d'Alexandra Croft et Bernard Barré à l'organisation générale.

Maintenant, je vous lance l'invitation pour l'événement de la semaine prochaine à Québec. Kevin Bizier, notre attraction principale, devrait en avoir plein les bras face à Lanardo Tyner.

Tyner a disputé 14 combats qui ont dépassé huit rounds, ce que Kevin n'a fait qu'une seule fois. De plus, l'Américain n'a jamais perdu par K.-O. et la fiche combinée des cinq boxeurs qui l'ont battu est de 100 victoires contre seulement trois défaites! Il s'est même permis de faire douze rounds contre Saul Alvarez, qui est le champion des 154 livres du WBC.

Je vous avoue qu'on ressent plus de pression aujourd'hui. Avec la défaite de David Lemieux, on ne voudrait pas se retrouver avec deux résultats malheureux consécutifs dans nos combats principaux.

*Propos recueillis par Nicolas Landry.