vendredi, 28 oct. 2011. 09:00

Le combat que Lucian Bute livrera à Glen Johnson le 5 novembre au Colisée Pepsi sera sans aucun doute son plus grand défi depuis le début de sa carrière. Un bien plus important défi que ne l'aurait été Kelly Pavlik.

Johnson est un vrai professionnel contre qui chaque round peut être dangereux. Évidemment, je suis convaincu que l'entraîneur Stéphan Larouche a trouvé une faille dans son jeu et a préparé Lucian de la bonne façon.

La clé de la victoire sera la qualité du sparring effectué par les deux boxeurs. C'est celui qui va avoir été en mesure de mieux comprendre le style de l'autre qui l'emportera. Stéphan est un maître dans cet art et c'est pourquoi je suis convaincu que Lucian gagnera. L'exemple le plus significatif est le deuxième combat face à Librado Andrade.

Johnson est un boxeur sous-estimé en raison de sa fiche, qui ne dit cependant pas tout. Il s'est incliné devant des pugilistes peu cotés comme Omar Sheika ou Merqui Sosa, mais c'était à une époque où il perdait bien plus souvent qu'autre chose. Mais plus tard, il a été nommé boxeur de l'année, après avoir battu Roy Jones fils et Antonio Tarver. Malgré tout, il n'a jamais atteint le niveau de popularité de ceux qu'il a vaincus.

Plusieurs amateurs se demandent si Lucian sera considéré comme l'un des meilleurs « livre pour livre », après son combat contre Johnson. Personnellement, je crois qu'il a le potentiel et les habiletés pour cela, mais il n'est pas encore rendu là.

Lorsqu'on regarde attentivement son cheminement, il n'a pas encore obtenu les victoires qui peuvent le placer dans cette position-là. Mais je le répète, il a tout ce qu'il faut. Il méritera cette position lorsqu'il aura défait quelqu'un qui va le défier : Carl Froch, Andre Ward, Andre Dirrell ou Mikkel Kessler par exemple.

Ward est justement considéré comme l'un des meilleurs, car il compte à son tableau de chasse des victoires sur des adversaires bien cotés. Il faut cela pour être universellement reconnu.

Demers pourrait causer une surprise

Beaucoup de gens considèrent que Sébastien Demers n'a aucune chance de remporter son combat contre Allan Green.

Lorsque Green est passé chez les professionnels, on disait de lui qu'il était étiqueté champion du monde. Sauf que sa défaite face à Edison Miranda en mars 2007 a grandement pâli son étoile. On sait maintenant qu'il ne deviendra jamais champion.

Quant à Sébastien, un boxeur doit à un certain moment dans sa carrière prendre des risques. Son duel contre Green représente un risque intéressant, car il touchera une bonne bourse.

Et selon ce que son nouvel entraîneur Howard Grant m'a dit, Sébastien a démontré de très belles choses à l'entraînement. Ses récents insuccès ne sont pas une question de manque de courage ou de détermination. Il a plutôt été incapable de bien protéger son menton.

Si Sébastien est en mesure de garder les mains hautes et de bien rouler les épaules pendant son combat, il pourrait causer une surprise.

Molitor ne doit pas prendre Gauthier à la légère

Même son de cloche du côté de Sébastien Gauthier, qui ne l'aura pas facile contre Steve Molitor. Sébastien était promis à un bel avenir, mais sa défaite face à Mario Macias en juin 2009 a contrecarré ses plans. Une victoire sur Molitor le replacerait en très bonne position.

Molitor est pour sa part à la recherche de confiance. Il a perdu son dernier duel contre Takalani Ndlovu au mois de mars dernier, mais c'est plutôt sa défaite face à Celestino Caballero dans un combat d'unification en novembre 2008 qui a le plus laissé de traces.

Molitor se cherche et il espère se servir de Sébastien pour retrouver le sentier de la victoire. Ce dernier va cependant lui donner du fil à retordre et Molitor pourrait se faire jouer un tour s'il prend les choses à la légère.

Une autre étape pour Bizier

Kevin Bizier se mesurera à Christian Bladt, un adversaire expérimenté qui n'est pas nécessairement fort physiquement, mais qui met de la pression et qui possède une bonne technique.

Il s'agira d'un combat préparatoire à celui plus important qui l'attend le 17 décembre à Québec, mais les amateurs auront la chance de constater les progrès qu'il a faits depuis la dernière année.

Kevin est passé chez les pros en même temps que David Lemieux, mais a eu énormément de difficulté à s'adapter. Kevin a finalement débloqué en 2010 et a d'ailleurs gagné ses cinq derniers duels par knock-out. Après quelques bonnes rencontres, il a réalisé ses forces et ses faiblesses ainsi que ce sur quoi il devait travailler pour connaître du succès. Kevin fera assurément partie de l'élite de sa division dans les mois à venir.

Mayweather-Pacquiao : de moins en mois probable

Le clan de Floyd Mayweather fils a dévoilé les chiffres du combat contre Victor Ortiz : l'événement présenté à la télé à la carte à été acheté par 1,25 million de foyers aux États-Unis. Il s'agit du troisième meilleur résultat de l'histoire pour un duel ne mettant pas en vedette deux poids lourds.

Cet impressionnant résultat démontre à quel point Mayweather est un nom vendeur. Les amateurs auraient évidemment souhaité que le combat se termine autrement, mais je ne connais pas beaucoup de boxeurs en mesure de générer des revenus d'environ 80 millions de dollars US. Et cela n'inclut pas les billets vendus et les ventes à l'extérieur des États-Unis. Pour vous donner une meilleure idée, l'affrontement entre Manny Pacquiao et Shane Mosley avait été vu par 1,2 million de foyers.

Les bonzes de l'industrie de la boxe ont évidemment fait des projections pour un éventuel combat entre Mayweather et Pacquiao et des ventes dans 3 millions de foyers sont anticipées. Le record est de 2,4 millions de foyers et a été établi par Mayweather et Oscar De La Hoya en mai 2007. Malgré tout cela, je suis convaincu que ce duel au sommet n'aura jamais lieu.

Pourquoi? Parce que Mayweather ne gagnerait pas tellement plus d'argent face à Pacquiao, puisqu'il devrait partager équitablement les revenus avec ce dernier. Il faut savoir qu'Ortiz « n'a touché que » 2 millions lorsqu'il s'est mesuré à Mayweather.

Mais ce qui m'a réellement mis la puce à l'oreille, c'est quand Mayweather a déclaré en conférence de presse qu'il s'explique mal comment Pacquiao a pu passer de 112 à 145 livres. Mayweather a ajouté que si c'était lui qui avait fait ça, tout le monde le soupçonnerait de dopage. Ce n'est donc pas une question d'argent, mais bien d'égo.

J'ai cependant l'impression que Mayweather laissera toujours miroiter la possibilité d'un combat contre Pacquiao afin que son nom demeure au centre des discussions. Il est également évident qu'Amir Khan et Timothy Bradley feront bientôt le saut chez les mi-moyens. Cela lui donne une autre bonne raison de l'éviter.

La fin d'une époque

Le champion poids lourd Vitali Klitschko a récemment indiqué qu'il disputera encore un ou deux combats avant de prendre sa retraite. Il s'agit d'une importante nouvelle, car un chapitre de la boxe professionnelle se fermera lorsqu'il accrochera ses gants.

À vrai dire, il était impensable il y a quelques années encore à peine que les lourds puissent faire de l'argent sans évoluer aux États-Unis. Partout où ils passent, Vitali et son frère cadet Wladimir attirent les foules. Ils sont de vraies vedettes. Heureusement, Wladimir a encore un brillant avenir, puisqu'il n'est âgé que de 35 ans.

Pour le moment, personne n'a encore été identifié pour prendre la relève. Tout le monde croyait qu'Alexander Povetkin serait le prochain grand champion à la suite de sa conquête de la médaille d'or aux Jeux olympiques d'Athènes en 2004, mais son entourage a toujours préféré éviter les Klitschko, même si Povetkin a été désigné deux fois aspirant obligatoire. Faut le faire! David Haye et Chris Arreola ont également eu leur chance, mais les deux n'étaient clairement pas de calibre.

Chose certaine, le sport, la boxe plus que les autres, a besoin d'athlète qui le transcende. Il ne faut pas de champions ou de vedettes, mais bien de célébrités pour le faire prospérer. Mayweather et Pacquiao sont près de ce niveau, mais ce n'est rien à côté des Klitschko ou de De La Hoya. Les Klitschko sont connus des gens de toutes les couches de la société.

*Propos recueillis par Francis Paquin