RDS.ca, Francis Paquin mardi, 5 févr. 2013. 16:26

MONTRÉAL - En politique, six mois sont considérés comme une éternité. En boxe, ce sont six semaines.

Pas plus tard qu’à la mi-décembre dernier, Kevin Bizier confiait au RDS.ca qu’il n’aimait plus la boxe comme il le voulait en raison des nombreuses déceptions vécues en 2012. Mais vendredi soir au Centre Bell, Bizier (19-0, 13 K.-O.) affrontera l’ancien champion du monde unifié des poids légers Nate Cambell (36-9-1, 26 K.-O.) dans un combat télédiffusé sur les ondes du réseau américain ESPN 2.

Et le boxeur originaire de la région de Québec - maintenant père d’une jeune fille âgée d’à peine deux semaines - ne s’en cache pas, il attendait cette chance depuis longtemps et la nervosité commence tranquillement mais sûrement à l’envahir.

« Je vais être plus stressé qu’à mes deux derniers combats (contre Patryk Litkiewicz et Doel Carrasquillo), ça c’est sûr », a reconnu Bizier, lundi matin, après un entraînement tenu dans les locaux du Groupe Yvon Michel à Montréal. « Mais je pense être capable de bien gérer mon stress. Ça arrive même que je performe mieux lorsque je suis nerveux! »

« Je vais me présenter sur le ring en tant que semi-vétéran dans ma tête. L’idée c’est d’imposer mon style dès le début pour ne pas me laisser marcher sur les pieds. Si je m’abaisse au niveau de mon adversaire, ça signifie qu’il pourrait avoir des réserves jusqu’à la fin. Si j’impose rapidement mon tempo, il ne sera peut-être plus capable de suivre dans le dernier tiers du combat. »

« Bizier fait partie des meilleurs »
« Bizier fait partie des meilleurs »
Ajustements pour Kevin Bizier
Ajustements pour Kevin Bizier

 

 

 






À l’origine, Bizier devait pourtant affronter John O’Donnell, un grand gaucher qu’il connaissait déjà un peu, puisque ce dernier avait été partenaire d’entraînement d’Antonin Décarie l’automne dernier. Campbell est quant à lui un petit droitier qui possède nettement plus d’expérience - 294 rounds contre 72 pour Bizier - et qui sur papier représente un bien plus grand défi qu’O’Donnell.

« C’est un très bon boxeur qui a une grosse main droite. Je vais devoir faire attention », a prévenu le pugiliste de Saint-Émile. « Des fois, personne ne peut dire ce qu’il va lancer comme coups. Il faut toujours être attentif. »

« Comme lors de mon combat contre (Lanardo) Tyner, je vais devoir être bon en défensive, frapper quand c’est le temps et surtout être discipliné pendant le combat. Même si le combat est présenté ESPN, je ne vais pas changer mon plan de match. De toute façon, je crois que j’ai un style qui n’est pas plate à regarder! »

« Campbell amène autre chose. Campbell c’est la réputation et l’expérience », a ajouté son entraîneur Marc Ramsay. « O’Donnell est un gaucher de qualité et je voulais que Kevin vive cette expérience. Campbell est un vétéran qui a tout vu et qui connaît tous les trucs du métier. Il est encore très compétitif et je suis juste content que Kevin soit rendu à ce niveau. »

À première vue, passer d’un gaucher de 5 pieds 11 pouces et un droitier de 5 pieds 7 pouces n’est pas une mince affaire. Concrètement, ce ne serait pas aussi compliqué que cela en a l’air.

« Si ç’avait été le contraire, ç’aurait été plus difficile », a concédé Bizier. « Revenir contre un droitier, c’est simplement retourner à la base. C’est plus facile à la dernière minute en tout cas. »

« C’est un enjeu de coordination », a précisé Ramsay. « Ça faisait déjà un moment qu’il était question que Kevin affronte Campbell, alors j’avais déjà commencé à changer de petites choses sans qu’il s’en aperçoive. Je lui ai demandé de ne plus tourner du même côté par exemple. »

L’entraîneur a également vécu de près les hauts et les bas de Bizier au cours de la dernière année, sauf qu’il lui a souvent répété que son acharnement au gymnase serait un jour récompensé. Le changement d’adversaire à la dernière ne saurait mieux l’illustrer.

« Le fait de rester dans le gymnase, même lorsqu’aucun combat n’est prévu, ça permet d’évoluer et surtout de ne pas stagner », a continué Ramsay. « Ça permet d’effectuer de petites corrections et quand tu réussis à changer trois ou quatre choses en une année, tu deviens un autre boxeur complètement. »

« Aujourd’hui, je me sens assez à l’aise pour l’envoyer dans le ring contre un gars comme Campbell. Il a énormément peaufiné sa défensive et sait maintenant quand donner ses coups. »

Ramsay est également convaincu que Bizier possède maintenant assez de discipline et d’expérience pour être en mesure d’effectuer les bons changements pendant le combat si les choses prévues à l’entraînement ne tournaient pas comme prévues.

« Cambell est reconnu pour avoir arrêté plusieurs beaux espoirs en boxe professionnelle », a prévenu Ramsay. « C’est un gars qui fait un peu de tout et il ne restera pas très longtemps à l’intérieur. Mais nous sommes prêts. Nous l’avons pratiqué tous les jours. »

« Kevin a un avantage au niveau du gabarit et de la portée. Nous serions fous de ne pas en profiter! »

Avec toutes les opportunités qui s’offriront à Bizier s’il parvient à ajouter le nom de Campbell à son tableau de chasse, gageons que ses six prochaines semaines seront plus calmes que ses six dernières.

 

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