mardi, 11 déc. 2012. 20:50

Après 19 mois d'absence, Jean Pascal renouera avec l'atmosphère d'un combat de boxe. Il devra de nouveau se familiariser avec toute la routine.

Durant la semaine précédant son retour sur le ring, il revivra les activités médiatiques, la pesée et la journée du combat. Cela fait plus d'un an et demi qu'il n'a pas vécu cela.

Lorsque tu reprends la boxe après une longue absence, il est possible d'être inconfortable. Jean a été habitué à boxer beaucoup. À une époque, il faisait environ cinq à six combats par année. C'était devenu une seconde nature de vivre toute la préparation et tout ce qui entoure un combat.

Il est certain qu'il sera un peu anxieux. Il renouera également avec le public. Il performera alors qu'il y aura beaucoup de gens qui crient pour l'encourager.

Le plus difficile pour Jean sera de retrouver ses repères sur le ring. Il y a maintenant 19 mois que Jean n'a pas frappé quelqu'un avec l'intention de lui faire mal et cela fait autant de temps qu'un adversaire n'a pas essayé la même chose sur lui. Il devra retrouver ses réflexes. Il devra s'assurer de récupérer toute la sensation globale d'être sur un ring, toute sa perception des distances et de son adversaire.

L'objectif principal est qu'il retrouve le confort dans le métier qu'il fait.

Ne pas s'éloigner de la stratégie

Jean est mieux maintenant que lorsqu'il se préparait pour affronter Tavoris Cloud, même si son adversaire de vendredi, Aleksy Kuziemski, n'est pas de même niveau.

Jean a toujours été spectaculaire. Son entraîneur, Marc Ramsay, lui a lancé comme défi d'être discipliné et de progresser pendant le combat. C'est l'erreur qu'il avait faite lorsqu'il a affronté Bernard Hopkins. Il s'est battu avec ses émotions et son cœur, oubliant au passage la technique et la stratégie spécifique.

Dans un combat, il ne faut pas montrer tous ses atouts dès le début. Il faut être capable de surprendre graduellement son adversaire. Ce sera important pour lui de bien suivre sa planification. Après ce retour, il sera capable de faire la même chose dans un gros affrontement contre Chad Dawson. Son combat contre celui-ci avait été celui où il avait été le plus discipliné et il s'agissait également de sa meilleure performance.

Jean n'a que 30 ans. Il a de belles années devant lui. Si on regarde autour de lui, il est dans une division comportant quatre champions dont deux qui se sont proposé pour venir ici : Cloud avec le réseau Showtime et Dawson avec le réseau HBO.

Jean est le seul des quatre qui a un marché et qui est considéré comme une vedette. Par contre, il doit confirmer son statut en allant chercher des titres. Vendredi sera la première étape de sa deuxième carrière.

Le duel Pascal-Dawson pour le Championnat du monde aura lieu sur le réseau HBO. Je peux vous assurer que ce combat revanche est loin dans l'esprit de Jean. Il ne pense qu'à une chose : battre Kuziemski et envoyer une onde de choc dans la division. Il veut montrer qu'il est de retour.

Une préparation légèrement différente

Marc Ramsay m'a dit que Jean a fait beaucoup plus de rounds d'entraînement qu'il en faisait habituellement dans sa préparation. Ces rounds ont été plus intenses.

J'ai vu comment Jean a progressé mentalement. Trois semaines avant le combat contre Cloud, l'entraînement de Jean n'allait pas bien. Il était blessé et il essayait de faire fi de ses blessures. Il voulait faire des rounds d'entraînement concluants, mais il n'en était pas capable.

Son ego était atteint aussi. Lorsque tu t'entraînes avec Eleider Alvarez, il n'y a pas de compromis. Il y allait fort. La semaine dernière, ils ont fait 10 rounds d'entraînement. Je vais vous dire une chose : Jean est en pleine forme. Il était vif, agressif et intense.

Jean veut reconquérir le public. Et pour le faire, il va vouloir être spectaculaire. Il voudra bien boxer et aller chercher la victoire tout en étant sensationnel. Il sera peut-être hésitant dans les premiers rounds, mais je m'attends qu'au fur et à mesure que le combat progressera, il se sentira mieux et reprendra les bonnes habitudes qu'il avait avant.

Du talent dans le gala

Dans ce gala « Rapides et Dangereux », il y a beaucoup de boxeurs talentueux avec David Lemieux, Eleider Alvarez, Kevin Bizier, Logan McGuinness et Oscar Rivas. Par contre, je ne peux pas dire qu'ils ont tous des adversaires de premier plan. Lorsqu'on fait un gala avec en finale Jean Pascal et Aleksy Kuziemski, c'est déjà très dispendieux. Une grosse partie du budget est investie dans ce combat.

La demi-finale sera intéressante à voir. Lemieux est toujours spectaculaire. Il a deux défaites en carrière, mais même lors de celles-ci, il a donné un bon spectacle. Il affrontera Albert Ayrapetyan, un boxeur solide qui a une bonne éducation globale de la boxe.

Il n'a que trois défaites en carrière, dont deux par décision. Le seul à avoir mis le boxeur russe K.-O. est Sergio Martinez. Ce combat sera une étape de plus pour Lemieux. Il serait très surprenant qu'il l'emporte par K.-O. au premier round. Plus longtemps David est sur le ring, plus les spectateurs aiment cela. Il en donne toujours pour leur argent.

Eleider Alvarez affronte un adversaire qui est meilleur que sa fiche l'indique. Il se battra contre Danny McIntosh. Celui-ci a été champion d'Europe l'an dernier et il a été champion de la Grande-Bretagne pendant deux ans.

Il s'est incliné par K.-O. à trois reprises, mais ceux-ci ont été donnés par un champion du monde et deux boxeurs dans le Top 5 mondial. Il ne faut pas oublier qu'Alvarez n'a disputé que 10 combats.

Bizier, McGuinness et Rivas ont des combats pour être actifs. Il faut toujours faire attention pour ne pas se faire jouer un tour. En principe, les trois ne devraient pas être en danger.

Pacquiao a été imprudent

Le quatrième duel entre Manny Pacquiao et Juan Manuel Marquez a été extrêmement captivant pour le temps qu'il a duré. C'était serré. Pacquiao détenait une mince avance, même s'il était allé au plancher.

Il s'est lancé sur Marquez au moment où il croyait que celui-ci était vulnérable. Il l'avait ébranlé lors du round précédent. Il a essayé d'y aller pour le K.-O. Pacquiao est passé à l'attaque en étant imprudent et en oubliant que Marquez pouvait être dangereux.

Marquez est un boxeur résiliant et brillant. Même s'il était ébranlé, il n'était pas au bout du rouleau. À 39 ans, il a sorti la meilleure main droite de sa carrière. C'est aussi sa plus grande victoire.

Pacquiao avait déjà perdu par K.-O., mais c'était en 1999. Dans cet ultime affrontement, il a été plus agressif qu'à l'habitude parce qu'il ne voulait pas se rendre à la limite.

Lorsque tu adoptes cette stratégie, c'est un peu comme jouer à la roulette russe. Les chances de passer le K.-O. sont plus grandes, mais le boxeur peut se faire jouer le même tour.

Est-ce la dernière fois qu'on voyait ces deux boxeurs sur un ring? Peut-être! Marquez sera assurément sollicité pour d'autres combats, mais il pourrait prendre sa retraite. Pour Pacquiao, il s'agit d'une défaite qui lui fera très mal.

Un honneur pleinement mérité

Arturo Gatti nous a donné des souvenirs impérissables. Des moments dont nous nous souviendrons toute notre vie. À juste titre, il devait se retrouver avec les immortels de la boxe.

Il était celui, durant la période où il a boxé, qui avait le plus d'importance pour l'industrie de la boxe. Il était le boxeur qui attirait des foules et qui procurait des revenus qui ont permis à cette industrie d'être florissante. Atlantic City n'a plus été la même depuis que Gatti a pris sa retraite.

En juin prochain, lorsqu'Arturo sera intronisé au Temple de la Renommée de la boxe à Canastota, j'y serai.

*Propos recueillis par Christian L-Dufresne