vendredi, 21 déc. 2012. 20:35

Le Championnat du monde de Formule 1 2012 fut certainement l'un des plus excitants des dernières années. Il ne le fut pas toujours pour les raisons les plus orthodoxes, les puristes diront même qu'il fut relevé de façon circonstancielle, mais cela importe peu quand la plupart des amateurs souhaitent d'abord et avant tout un grand dénouement au tout dernier GP de la saison. Or, après la domination un tantinet ennuyante de Red Bull et de Sebastian Vettel, en 2011, il faisait grand bien de voir la course au titre se régler à Interlagos, fin novembre.

La nouvelle conquête de Vettel et celle de son écurie furent bien méritées, Adrian Newey réussissant encore une fois à ramener la Red Bull à l'avant-scène, après un début de saison laborieux. Avec une séquence de quatre victoires et de six podiums à compter du GP de Singapour, cette implacable combinaison pilote-voiture s'est encore une fois avérée la meilleure. Pendant que McLaren mettait un temps fou à rattraper le peloton de tête, que Ferrari faisait du sur-place et que Lotus se faisait hésitante quant à ses choix techniques, l'écurie championne a profité d'une heureuse conjugaison pour se faufiler en tête.

Cela dit, ce n'est pas Vettel qui obtient ma première étoile pour 2012. Je la remets d'emblée à Fernando Alonso qui, selon moi, est présentement le meilleur pilote au monde. Alonso a réussi presque à lui seul à créer une lutte endiablée pour la couronne des pilotes. Au volant d'une Ferrari inférieure à la McLaren et à la Red Bull dès le début de la saison, en repli par rapport à la Lotus à certaines occasions, Alonso a été à la fois remarquable de constance et de prouesses. Il a marqué des points dans 18 des 20 GP auxquels il a participé et aurait pu obtenir une récolte parfaite, n'eut été de la bourde de Grosjean en Belgique et un contact avec Raikkonen à Suzuka. Mais ce qui fascine le plus, ce sont ses 13 podiums, dont la plupart furent le résultat de coups de volant spectaculaires, notamment au départ de plusieurs courses. Le mauvais sort a frappé ses rivaux à tour de rôle, soit, mais Alonso a quand même dicté une grande partie de ses succès.

Alonso a aussi été un grand leader en dehors de la piste. En avançant en âge, il a appris à contrôler son tempérament latin, qui l'a parfois placé dans l'embarras devant la presse dans le passé. À plusieurs reprises, en 2012, il aurait pu se plaindre du manque chronique d'évolution de Ferrari par rapport aux écuries rivales, mais il s'en est admirablement abstenu. Au contraire, on l'a souvent entendu rallier les troupes, saluant les efforts de ses équipiers et réaffirmant sa confiance de voir la Scuderia redevenir une écurie championne sous peu. S'il démontre encore un peu de patience et s'il continue de manifester un tel niveau d'engagement dans sa profession, il se pourrait fort bien que son vœu finisse par être exaucé!

Autres coups de cœur

À l'issue d'une saison que certains qualifiaient de « complètement folle » à un certain moment et à la veille du passage vers 2013, les coups de cœur sont nombreux. Le premier vint de Nico Rosberg qui, 30 ans après son illustre père, remporta enfin lui aussi une première victoire en F1. Au cours de ce weekend à Shanghai, Rosberg et Mercedes semblaient intouchables, dominant la séance de qualifications et la course. Mais ce résultat fut aussi étonnant que la suite fut désastreuse pour l'écurie dirigée par Ross Brawn.

À peine un mois plus tard, à Barcelone, Pastor Maldonado réussit à émouvoir les nostalgiques en donnant à l'écurie Williams sa première victoire en 8 ans. Là aussi, la domination de Maldonado fut totale autant en qualifications qu'en course. Mais la suite fut tout aussi désastreuse pour Williams et Maldonado que dans le cas de Mercedes et Rosberg, le Vénézuélien ne récoltant des points que dans trois courses sur quinze par la suite!

De 2012, je retiens les belles performances de l'écurie Sauber qui, avec des ressources tellement plus modestes, est venu sérieusement menacer la cinquième place de Mercedes, au classement des constructeurs. Je retiens aussi la belle deuxième moitié de saison de Nico Hülkenberg, chez Force India, qui a complètement largué un coéquipier surestimé en Paul di Resta.

Je réaffirme aussi, au passage, mon admiration devant Kimi Raikkonen qui a fait taire les sceptiques (dont je faisais partie) quant à la pertinence de son retour en F1. « Iceman » n'a pas que remporté une première victoire pour Lotus, il a piloté de façon exceptionnelle, récoltant des points à chaque course sauf une et ce, malgré les soubresauts techniques de son équipe. Et parlant de scepticisme, je m'incline aussi devant les organisateurs du GP des États-Unis à Austin, au Texas, qui ont non seulement complété les travaux d'aménagement du circuit à temps, mais qui ont su organiser un premier événement qui a dépassé toutes les attentes.

Parmi les déceptions, il y eut bien sûr les nombreux cafouillages et une première moitié de saison médiocre chez McLaren. Mais il y eut surtout la tristesse de voir Michael Schumacher terminer officiellement sa carrière sur une note aussi décevante, au volant d'une voiture presque indigne de la noblesse de la marque qu'elle porte.

Un mot en terminant sur le GP du Canada 2012. Encore une fois, sans chauvinisme, on ne peut qu'applaudir l'allure dramatique de l'épreuve au circuit Gilles-Villeneuve. Après de nombreux rebondissements, la course a donné lieu à une merveilleuse démonstration de savoir-faire de la part de plusieurs grands pilotes, dont Lewis Hamilton, qui fut le meilleur au jeu de la préservation des pneus. Son troisième triomphe en 5 ans fut teinté d'émotion et les Montréalais eurent l'impression d'avoir trouvé en lui un nouveau « fils adoptif ».

Regard vers l'avenir

On sait tous que les grands bouleversements en F1 surviendront en 2014, à un point tel que Ferrari a déjà décidé de mettre en place dès maintenant deux équipes de développement, l'une d'elles se concentrant exclusivement sur les nouveaux paramètres en place dans deux ans.

Mais 2013 s'annonce passionnante, malgré tout. Le transfert de Lewis Hamilton chez Mercedes sera bien sûr un point d'intérêt important et sera au cœur d'un grand renouveau au sein de ce programme qui vient de perdre son leader, Norbert Haug. Il sera aussi fort intéressant de voir Jenson Button assumer un rôle de meneur jusqu'ici inégalé chez McLaren. Comment va-t-il composer avec la venue d'un jeune loup comme Sergio Perez, un joyau à l'état brut? Aura-t-il enfin une voiture à la hauteur dès le début de saison et ainsi pouvoir livrer une bataille légitime vers le titre des pilotes?

Puis, il y a Pirelli. Le fournisseur de pneumatiques a admis avoir joué la carte de la prudence en fin de saison, un choix qui a fait contraste avec son approche agressive qui a marqué son retour en F1 et qui a, en partie, influencé à la baisse la qualité du spectacle. Pourra-t-on compter sur le manufacturier pour revenir à ses principes d'origine? Il y a tout lieu de le croire.

Chose certaine, nous avons tous déjà hâte à notre premier rendez-vous de l'année 2013, dans la nuit du 15 au 16 mars, pour la séance de qualifications du Grand Prix d'Australie, sur les ondes de RDS!