Ce soir à 20 h, RDS présente un nouvel épisode de la série « 25 ans d’émotions » consacré au clan Villeneuve, 33 ans, jour pour jour, après le décès tragique de Gilles, sur le circuit de Zolder, en Belgique.

C’était une assignation vraiment différente de ma routine habituelle à RDS. Il ne s’agissait pas de décrire un événement sportif, il ne s’agissait pas d’animer une table ronde ou un magazine, ni de faire la lecture d’un bulletin de nouvelles. Il s’agissait, en fait, de travailler dans l’ombre, de poser des questions, de provoquer des histoires savoureuses, de faire ressortir les souvenirs et les émotions de deux femmes qui nous attendaient dans le repaire familial à Magog.

L'A.D.N. Villeneuve - 2e partie

L’une d’elles, la plus jeune, m’était plutôt inconnue et j’avais vraiment hâte de faire sa connaissance, de l’entendre parler de son père, mort alors qu’elle n’était qu’une gamine et de son frère, qui devint champion mondial de sa discipline sportive en 1997. L’autre, sa mère, que je connais mieux, mais que je n’avais pas rencontrée depuis fort longtemps, m’a toujours fasciné de par son regard puissant et profond, de par sa prestance, son calme qui ne trahit pas pour autant sa passion pour la vie et je l’avoue, de par sa beauté naturelle.

Joann Villeneuve nous attendait très tôt en ce beau lundi matin du 6 octobre 2014. Les couleurs d’automne étaient magnifiques, le soleil était radieux, le beau temps frais avait un effet vivifiant sur nous tous et l’arôme envoûtant du café frais coulé envahissait la cuisine, qui s’était transformée pour la circonstance en studio de télé.

J’avais eu à peine le temps de lui faire la bise et de la saluer convenablement, que Joann se lança dans une analyse étoffée au possible du Grand Prix de Formule 1 que je venais à peine de décrire quelques heures plus tôt. C’était celui du Japon, marqué d’abord par une pluie diluvienne qui força un drapeau rouge après deux tours derrière la voiture de sécurité, puis par le dépassement de Lewis Hamilton sur Nico Rosberg. Et aussi, bien sûr, par le terrible accident de Jules Bianchi, qui heurta de plein fouet un tracteur de service, en bordure de piste et qui entraîna la conclusion de la course derrière la voiture de sécurité.

L'A.D.N. Villeneuve - 3e partie

Le ton venait d’être donné aux heures que nous allions passer ensemble subséquemment. La Joann Villeneuve qui nous attendait, celle de 2014, voulait aussi parler de F1, de sport automobile en général et elle distribuait généreusement, avant même l’activation des caméras, des opinions et des commentaires extrêmement articulés sur l’univers actuel de la F1. Sur le passé aussi, bien sûr, elle qui a pénétré à fond dans ce monde unique pendant plus de cinq ans aux côtés de son mari et dans lequel elle a élevé ses deux enfants dans un contexte complètement hors norme. Pendant que le montage de l’équipement s’achevait, Mélanie Villeneuve fit son entrée dans la pièce, mais elle avait déjà suivi une partie de notre discussion.   « Je ne sais pas si vous saviez que ma mère est aussi une grande passionnée de F1 et elle suit le Championnat du monde avec grande assiduité. Elle en sait beaucoup, peut-être plus que vous pouvez croire », dit-elle avec un grand sourire.

L'A.D.N. Villeneuve - 4e partie

La porte était grande ouverte. Au cours de la longue entrevue qui a suivi, en deux étapes de près de deux heures chacune, Joann a généreusement livré ses émotions. Elle a ouvert son cœur d’épouse endeuillée, et ramené à la surface avec ce recul de plus de trente ans, le douloureux souvenir de l’accident tragique de son mari Gilles, mort à Zolder, le 8 mai 1982. Elle a bien sûr ouvert son cœur de mère en nous livrant l’histoire passionnante de son fils Jacques qui fut couronnée d’un titre mondial en 1997. À ce titre, elle a grandement justifié à elle seule le titre de la série documentaire « 25 ans d’émotions ».

Mais Joann a aussi parlé de sport automobile. Avec amour. Comme si elle voulait nous rappeler ou nous apprendre, selon le cas, qu’elle était aussi extrêmement branchée dans cet univers qui lui a enlevé son mari prématurément et qui lui a créé bien des angoisses à titre de mère. Elle pouvait aussi parler du coup de volant de Gilles, du caractère de Jacques, des voitures qu’ils ont pilotées, des adversaires qu’ils ont affrontés, du parcours sportif et technique qui les mené respectivement vers la renommée internationale.

L'A.D.N. Villeneuve - 5e partie

Elle nous a encore séduits davantage, bref.

Mélanie et son piano

« Moi, je veux donner un sens à mes émotions. Voilà pourquoi je travaille présentement aussi fort à documenter la vie de la famille Villeneuve », nous apprit Mélanie, fille de Gilles et Joann et sœur cadette de Jacques. « De mes neuf ans aux côtés de mon père, je retiens surtout des sentiments, des émotions, des ‘feelings’ mais peu de souvenirs tangibles. Je passe donc beaucoup de temps présentement à classer des photos, des films ou vidéos qui me font mieux comprendre tel ou tel moment de mon enfance. »

Mélanie est extrêmement vive d’esprit, son intelligence éclate au grand jour dès qu’on discute avec elle. Elle est chaleureuse et très généreuse aussi, même si elle s’avoue plutôt mal à l’aise dans un contexte public comme celui de l’entrevue qu’elle m’a accordée. De son frère, qu’elle admire beaucoup, elle nous apprend beaucoup de choses intéressantes et surtout, elle relate sa vie avec ses yeux de « petite sœur ».

L'A.D.N. Villeneuve - 6e partie

Le moment fort survint à la toute fin. En nous parlant de la chanson « Father » qu’elle a complétée alors que Jacques l’avait laissé de côté, il y a plusieurs années, ses yeux se sont illuminés, à travers les larmes qu’elle retenait. Elle refusa, une première fois, de nous l’interpréter au piano à queue qui était là, derrière nous. Je me suis permis d’insister, doucement, en faisant valoir qu’il ne fallait pas priver tous ceux qui ont admiré Gilles avec autant de passion, d’un tel bonheur.

Mélanie nous fit alors cadeau de cette magnifique interprétation de « Father », le vibrant témoignage musical de Jacques et Mélanie Villeneuve à leur père.

En cette date d’anniversaire du décès de Gilles Villeneuve et en marge de cette célébration du titre de Jacques, en 1997, « 25 ans d’émotions », diffusé ce soir, nous entraînera des bords de piste aux entrailles profondes de cette famille mythique.

L’émission nous entraînera aussi de l’habitacle d’une F1 au clavier du piano qui ennoblit si bien ce parcours à la fois tragique et glorieux!

L'A.D.N. Villeneuve - 7e partie