vendredi, 29 mars 2013. 12:21

EL JADIDA, Maroc - Elle s’est fait connaître bien malgré elle il y a maintenant 10 ans. Quand un requin lui a carrément arraché la totalité du bras gauche alors qu’elle surfait près d’une plage de Kauai, en octobre 2003, l’Américaine Bethany Hamilton a vu sa vie changer du tout au tout. Par l’accident et éventuellement par son ascension dans le star system américain.

Son incroyable force de caractère l’a poussée à remonter sur sa planche de surf à peine trois semaines après l’accident, à entreprendre une carrière de surfeuse professionnelle, à exceller dans les vagues, comme le montre son palmarès, malgré son handicap. Cette même force la pousse aujourd’hui à relever un tout autre défi : se lancer à l’assaut du désert marocain dans le cadre du Rallye Aïcha des Gazelles!

Quel lien y a-t-il entre le fait d’attaquer les vagues sur une planche de surf grâce à un sens de l’équilibre hors pair et celui d’attaquer des milliers de dunes de sable dans le désert à l’aide d’une boussole et d’une carte topographique? Entre l’eau et le sable? Possiblement aucun d’un point de vue spatio-temporel. Mais pour Bethany, c’est tout simple : le rallye représente tout bonnement un nouveau défi à relever. Un défi d’autant plus important puisqu’elle n’a jamais participé à un rallye de sa vie. Ce qui ne semble pas la stresser outre mesure.

« J’ai toujours eu un tempérament aventurier. J’adore les nouveaux défis. J’ai grandi à Hawaï, j’ai souvent conduit hors piste ou sur le sable de la plage. Quand on m’a proposé de participer au rallye, je n’ai pas hésité une seule seconde. Ça me semblait tout simplement une opportunité incroyable », de lancer celle qui est montée sur une planche de surf pour la première fois vers l’âge de 4 ans. Désinvolture, sang-froid, exit le danger!

« C’est arrivé un peu par hasard. Lors d’une séance de photos avec les filles de l’équipe de surf. Un des photographes de l’équipe américaine du rallye me disait qu’il allait au Maroc chaque année pour le Rallye Aïcha des Gazelles. Il m’a dit que je me débrouillerais sûrement bien dans le désert. Il m’a vendu l’idée. Et me voilà au Maroc », exulte l’Américaine de 23 ans, rencontrée avant le début de la compétition au Mazagan Beach Resort d’El Jadida, lors de l’inspection technique des véhicules.

Une jeune femme de 23 ans qui n’a évidemment pas eu le même cheminement que la majorité des filles de son âge. Parce que son histoire a fait le tour de l’Amérique. En 2004, elle remporte le ESPY de l’année pour l’athlète ayant effectué le plus beau retour à la compétition. Parmi les athlètes ayant gagné ce trophée avant Hamilton, notons Mario Lemieux, Dan Marino, Michael Jordan et Lance Armstrong. Intéressant club sélect!

Toujours en 2004, elle publie son autobiographie, Soul Surfer: A True Story of Faith, Family, and Fighting to Get Back on the Board. En 2007, son histoire est racontée dans le documentaire Heart of a Soul Surfer. En 2011, le long-métrage sur sa vie Soul Surfer prend l’affiche. À travers tout ça, des présences à la télévision dans des émissions telles The Biggest Looser, Are you smarter than a Fith Grader?, Good Morning America, The Oprah Winfrey Show, The Ellen Degeneres Show, The Today Show, The Tonight ShowAnderson Cooper 360º. Pas mal partout, la madame!

Une notoriété qui n’est évidemment pas sans déplaire à l’organisation du rallye. Parce que bien que des participantes connues prennent part au rallye sur une base annuelle, la grande différence ici réside dans le fait que Bethany soit Américaine alors que les « vedettes » du Rallye Aïcha des Gazelles sont plus souvent qu’autrement originaires de France, là où le rallye est déjà bien populaire.

« C’est une chance unique de faire connaître l’organisation et la compétition aux États-Unis. Avec Bethany parmi les participantes, nous recevons plus de demandes médiatiques d’un peu partout », précise Isabelle Comtois, responsable des relations médias du rallye pour l’Amérique du Nord. En plus de la visibilité offerte par le biais des médias, Bethany fera rayonner le rallye grâce à ses nombreux commanditaires.

Inconnue de sa coéquipière

Connue, la madame. Et pourtant, la personne qui a côtoyé le plus étroitement Bethany pendant le rallye, sa coéquipière Christine Beavis, une pro des rallyes et double médaillée des X-Games, ne la connaissait pas il y a à peine deux mois. Ni elle, ni son histoire… aussi incroyable que cela puisse paraître.

« Nous avons fait connaissance il y a quelques semaines à peine. Essentiellement, tous les gens qui nous connaissent nous ont dit que nous formerions un bon duo. Le premier contact a été bon. Nous avons parlé au téléphone quelques fois et nous avons pris part à quelques entraînements ensemble. Et tout s’est très bien passé », lance Christine, que l’on surnomme aussi Chrissie.

« Et, pour être totalement honnête, je n’avais aucune idée de qui elle était avant notre première rencontre. Je ne connais absolument rien aux vedettes. Je ne possède même pas de télévision. Elle a 23 ans, j’en ai 32. Son accident est survenu au moment où ma carrière a pris son envol. J’ai été très, très occupée ces dix dernières années; je n’ai pas vraiment eu le temps de m’intéresser à la culture populaire », poursuit-elle.

Mais une fois aux côtés de Bethany, Chrissie n’a pas mis beaucoup de temps pour témoigner de la notoriété de « sa » gazelle.

« Nous mangions dans un restaurant sur une plage en Californie et, littéralement, tout le monde connaissait Bethany. Je me suis retournée vers elle en lui disant « vraiment? » Depuis, j’ai regardé les films et je connais maintenant son histoire », explique Beavis.

Une situation qui semble plaire à la populaire surfeuse américaine. « Je suis très heureuse que Chrissie me connaisse depuis peu. Elle n’a pas d’idées préconçues à propos de ma personne. Elle m’apprécie pour qui je suis. On part à zéro comme de nouvelles amies. La popularité, le désert n’en a rien à cirer. »

Plus difficile à vivre que la perte de son bras

Une approche philosophique normale pour une jeune femme qui a connu une seule réalité, celle de la célébrité, pendant son adolescence. Un passage pas toujours évident.

« Toute cette popularité soudaine qui m’est « tombée » dessus à l’adolescence a été plus difficile à vivre que la perte de mon bras. Les gens réagissent parfois bizarrement à la popularité : certaines personnes ne savent pas comment agir avec moi, comment me traiter. L’important, pour ne pas perdre la tête, est de rester fidèle à qui je suis et de rester concentrée sur les choses que j’aime. Parce que j’ai encore toute ma tête, je peux profiter du meilleur de la vie et accomplir de grandes choses. C’est peut-être un peu plus facile maintenant qu’à 13 ans parce que je suis plus mature, plus habituée à la chose. Mais le défi reste constant », explique la grande blonde de 5’11’’.

Le plaisir avant tout

Mais, comme elle le dit si bien, la popularité est un facteur nullement déterminant dans le désert. Objectif numéro un : se concentrer sur le rallye. La paire américaine ne s’est pas présentée au Maroc pour jouer les touristes, même si elles en étaient à une première participation au rallye. Et même si elles sont conscientes du fait que les dunes américaines, dans lesquelles elles se sont récemment entraînées, sont bien différentes des dunes marocaines.

« Bethany est une surfeuse, pas une pilote professionnelle. Mais elle a été excellente lors de nos entraînements dans le désert. Je suis également entraîneuse de pilotage et je suis très sévère à cet égard. Elle est vraiment très bonne. Et elle est vraiment très compétitive, comme moi d’ailleurs. Nos énergies sont similaires. On veut se pousser l’une et l’autre à tout donner. Je suis très enthousiaste. »

Même son de cloche chez sa coéquipière.

« Difficile de dire ce que nous serons capables d’accomplir. Je suis une amatrice. Chrissie a beaucoup d’expérience en rallye. Le but premier est d’avoir du plaisir et de profiter de chaque moment dans le désert. En même temps, nous sommes très compétitives et nous aimerions mettre la main sur le prix remis au meilleur équipage de première année. »

« Je ne ressens absolument aucune pression. Je suis simplement hyper heureuse de participer à une compétition exclusivement féminine. J’espère pouvoir intéresser mes compatriotes à la compétition et faire en sorte qu’il y ait plus d’Américaines inscrites dans le futur. Je veux leur montrer que nous pouvons réaliser de grandes choses. »

Avoir du plaisir, montrer ce qu’elles ont dans le ventre, prouver aux autres qu’elles sont capables de grandes choses. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Bethany et Chrissie auront atteint leurs objectifs. La paire américaine n’a peut-être pas remporté le trophée pour le meilleur équipage de première année, mais elles ont terminé… deuxièmes! Et huitièmes au classement général. Pas mal du tout pour un équipage qui ne se connaissait pas il y a quelques semaines à peine et dont la conductrice du véhicule n’a qu’un bras.

L’accident, la compétition, la célébrité et maintenant le Rallye Aïcha des Gazelles. Encore une fois, Bethany aura réussi à relever avec brio cet autre défi qui s’est présenté à elle. Oui, ici, l’expression « personne d’exception » s’applique à merveille. Et dire qu’elle n’a que 23 ans.