Bernard Sainz dit Dr Mabuse.

PARIS - Le parquet a requis trois ans d'emprisonnement à l'encontre de Bernard Sainz, plus connu sous le nom de "Dr Mabuse", lors de son procès jeudi devant la cour d'appel de Paris portant sur une affaire de dopage qui avait éclaboussé le milieu cycliste à la fin des années 90.
L'ancien soigneur de 66 ans a expliqué qu'il avait fait appel parce qu'il avait été "condamné très lourdement" en avril 2008 par le tribunal correctionnel à trois ans de prison dont 18 mois ferme pour incitation à l'usage de produit dopant et exercice illégal de la médecine.
Lui qui se dépeint comme un adepte des médecines douces, sans pouvoir présenter aucun diplôme relatif, et un éleveur de chevaux de course, dont les succès lui avaient rapporté de l'argent à l'époque, entendait rectifier la perception sur les produits que la justice lui reprochait d'avoir conseillé à des sportifs.
Son avocat Philippe Gombert s'est ainsi employé à démonter "l'amalgame" fait selon lui entre l'affaire Festina qui avait ébranlé le Tour de France 1998 et l'affaire Sainz, née en partie de la mise sur écoute de Bertrand Lavelot, l'avocat des intérêts de Festina et de son coureur vedette Richard Virenque en juillet 1998.
Au terme de dix mois d'enquête et d'écoutes téléphoniques, le 7 mai 1999, Bernard Sainz est interpellé et écroué. Des témoignages de coureurs recueillis pendant l'instruction, comme le Français Philippe Gaumont ou le Belge Frank Vandenbroucke - décédé le mois dernier - le décrivent comme un "gourou diabolique", "un formidable dopeur" et relatent des accords verbaux prévoyant un versement de 100.000 francs (15.000 euros) à 200.000 francs en cas de victoire.
"Charlatan"
D'un côté, il y a "le procès-verbal à la Prévert de ce qu'on a trouvé chez Sainz" et de l'autre "c'est un camion plein de produits dopants", a affirmé Me Gombert.
Selon lui, toutes les expertises menées pendant l'instruction ont démontré que "les fameuses fioles du Dr Mabuse contenaient que des doses homéopathiques", qui ne sont en aucun cas des substances interdites.
"C'est un simple charlatan, un mauvais gourou", a fait valoir l'avocate-générale Anne Obez-Vosgien. Estimant que "cette affaire a une valeur, celle de 30 ans passés dans le cyclisme à se servir des coureurs", elle a requis trois ans d'emprisonnement avec une peine ferme supérieure aux 18 mois fixés en première instance, sans préciser la durée.
Partie civile dans cette affaire tout comme l'Ordre des médecins, la Fédération française de cyclisme (FFC) a fait part de son espoir qu'"il soit mis un terme à la capacité qu'il a de nuire".
"Quand vous chassez M. Sainz par la porte, il revient par la fenêtre", a insisté l'avocat de la FFC, Paul Mauriac, en rappelant que le soigneur avait été à nouveau écroué en 2002 en Belgique alors qu'il faisait l'objet d'une ordonnance judiciaire, et s'étonnant qu'il ait été en contact avec Frank Vandenbroucke peu avant sa mort, à 34 ans, début octobre au Sénégal.
La cour d'appel rendra sa décision le 28 janvier 2010.