Montréal – Le 8 mai prochain à Turin, Antoine Duchesne deviendra le deuxième Québécois, après Hugo Houle, à participer aux trois grands tours cyclistes nationaux (France, Italie et Espagne). Fort de ses expériences au Tour de France (2016) et à la Vuelta España (2015 et 2018) Duchesne aura pour mission de prêter main-forte à ses coéquipiers qui viseront des victoires d’étape plutôt qu’une belle place au classement général.

« De ce que j’ai toujours entendu, c’est un des plus beaux grands tours et pour ma part, c’est le plus beau à regarder. Je suis content que cette course soit à mon programme », s’enthousiasme Duchesne, membre de l’équipe Groupama-FDJ.

« Nous avons une belle équipe pour aller chercher des étapes avec Rudy Molard, Sébastien Reichenbach, Attila Valteret et Thibaut Pinot. Souvent, au Giro, il y a des étapes propices aux échappées et c’est avec ça en tête que nous allons là. Tobias Ludvigsson et moi nous allons nous occuper du placement des coureurs et des étapes de plaine. »

« Il n’y a plus de courses B »

Antoine Duchesne est arrivé dans le peloton professionnel en 2012 à titre de stagiaire chez Spidertech-C10. Après la disparition de cette équipe canadienne, il a couru pour la formation continentale américaine Bontrager, en 2013, avant d’accéder au World Tour un an plus tard chez Europcar (qui deviendra Direct Energie en 2016). Il a été témoin de nombreux changements dans son sport, à commencer par le rythme des courses.

« Il n’y en a plus des courses qui sont un peu plus faciles et moins stressantes. Peu importe la course, au départ, c’est full gaz et tout le monde performe. Si tu n’es pas à 100% de ta forme, bonne chance ! C’est stressé, nerveux, agressif et tous les coureurs de 30 ans et plus le remarquent. Il n’y a plus de courses B. »

Courser comme s’il n’y avait pas de lendemain. Est-ce que cette urgence s’explique par la crainte de voir les épreuves disparaître du calendrier à cause de la pandémie ou bien parce qu’il y a de moins en moins de places dans les équipes World Tour ?

Le champion canadien 2018 n’a pas de réponse précise, mais ce qu’il remarque, c’est que les recrues du niveau World Tour sont beaucoup plus précoces pour remporter des courses.

« Ce sont eux qui arrivent à la tête des équipes. Avant, on ne voyait pas ça. Tu arrivais pro avec les yeux grands ouverts. Tu ne connaissais rien, tu avais encore ton gras de bébé et tout ce que tu voulais, c’était apprendre et écouter ce que les plus vieux disaient. Tu faisais tes classes, tu prenais de la caisse et tu arrivais à ton pic de forme à 28-32 ans. Là, ils sont performants à 20 ans. Les trois quarts des maillots jaunes, ce sont des maillots blancs (meilleur des 25 ans et moins). Avant, c’était l’exception et c’est rendu la norme. »

Le poids des données

L’autre grande différence survenue dans la dernière décennie est la place grandissante des connaissances scientifiques dans le sport. Coureur d’une autre génération, le Saguenéen a un avis partagé à ce sujet.

« Tout est tellement calculé (Watts, nutrition, sommeil, etc.) Il y a dix ans, quand je suis passé pro, je n’aurais jamais été capable de suivre ces choses-là et je n’aurais pas pu être sérieux comme ça. Mettre autant de stress, de pression et avoir une charge mentale si grande quand tu es juste un kid, je ne les vois pas faire des carrières de dix ans. »

Trois jours à peine après l’entrevue de Duchesne accordée à Sportcom, Théo Nonnez, 21 ans, membre de l’équipe continentale de Groupama-FDJ (équivalent du club-école), annonçait qu’il mettait un terme à sa carrière. Exactement pour les raisons décrites par le Québécois.

« C’est dur de rester sain avec autant d’informations. La science, c’est bien, mais ce n’est pas la vraie vie et chaque personne ne réagit pas pareil. […] C’est sûr que tu es plus performant en faisant tout au millimètre près. Mais est-ce que c’est ça qui est le plus viable, le plus durable, le plus santé physique et mentale ? Je ne le sais pas », s’interroge-t-il, en ajoutant que son patron actuel, Marc Madiot, porte une attention particulière à maintenir cet équilibre entre la personne et le coureur cycliste dans sa formation.

L’athlète de 29 ans souligne également que sa mononucléose de l’an dernier lui a fait prendre un pas de recul sur la façon de voir son métier.

« J’aime le vélo, j’aime le sport et j’aime ma vie, mais c’est important d’avoir autre chose dans ta vie, car en vélo, ça va plus souvent mal que bien. C’est un sport tellement difficile et on fait tellement de courses dans une année qu’on ne peut pas être au top tout le temps. Si tu n’as rien d’autre devant toi que le vélo, quand c’est dur, c’est dur en simonac

Sa satisfaction, il la retrouve en constatant qu’il bat régulièrement ses records de puissance, même s’il joue rarement la gagne. Partager son expérience avec la relève ou participer aux succès de ses coéquipiers sont aussi de grandes sources de bonheur.

« Quand Thibault (Pinot) a gagné deux étapes à la Vuelta (2018) et que Rudy (Molar) a eu le maillot de meneur pendant cinq jours, c’était des émotions extraordinaires ! Et c’est pour ça que tu fais tout ça. Ce sont de gros highs et c’est vraiment un sport d’équipe, même si ce n’est pas toi qu’on voit à la télé. Tu vis ça en groupe et c’est ce qui est vraiment beau. »

Antoine Duchesne sera au départ du Tour des Alpes, lundi, dernière étape avant le Giro