C’est à une rencontre bien particulière que se sont présentés hier, quelques commentateurs de RDS ainsi que le président Gerry Frappier et le vice-président marketing Michel Gagnon.
Pas de bâton de hockey ni de rondelle, pas de ballon ovale ou rond, pas de foule pour applaudir dans les estrades. Pas de trios ni de formation partante. Une seule ligne cependant, celle qui s’étire le long des murs de la Mission Old Brewery, formée d’hommes et de femmes qui vivent dans la rue et qui attendent patiemment que les portes s’ouvrent pour le repas du soir.
À l’invitation du président Frappier, nous nous sommes rendus à la Mission pour donner un coup de main au service du repas dans le cadre d’une commandite corporative du Réseau des Sports. Une rencontre qui fut marquante pour chacun des participants.
Il fallait voir les commentateurs, ces gars de hockey aguerris, passer les plats avec diligence, être attentifs aux remarques des « clients », répondre avec gentillesse à leurs questions, et démontrer beaucoup d’empathie et de respect devant ces gens pour qui ce repas fait bien souvent toute la différence dans une journée grise et morose. J’ai senti toute la sincérité de l’implication de Joël Bouchard qui se démenait avec les assiettes sales, les tables à monter, devançant les demandes des bénévoles habitués tout en distribuant généreusement sourires et bonnes paroles. Dans la chaîne qui amenait les plats jusqu’à Pierre Houde qui faisait le service, les Dave Morissette, Rodger Brûlotte, Claude Mailhot, ainsi que bien sûr Gerry et Michel, détendaient l’atmosphère avec des réparties amusantes, participant de bon cœur à un exercice bien loin de leur univers habituel. Le service du café était une occasion pour Yannick Bouchard et moi d’entrer en contact avec ces hommes et ces femmes que la vie a malmenés.
Et ce n’est pas parce qu’on vit dans la rue qu’on n’est pas informé! Avec un tel panel de spécialiste de hockey, le Canadien était bien sûr au cœur des conversations, mais aussi Joanie Rochette et sa médaille d’argent au Championnat du monde de patinage artistique, la course automobile et autres sujets de l’heure. Nous sommes sortis là bouleversés. « Personne n’est à l’abri de l’itinérance », soutenait Donald Morin, chef des programmes d’urgence et des opérations. Et c’est pourquoi l’œuvre de cette Mission est si importante.
La Mission accueille des gens sur un plan quotidien ou de plus longue durée. Chacune des personnes qui s’y présentent reçoit une approche personnalisée et le personnel affable et compétent mettra tout en œuvre pour l’aider à se refaire une place au soleil. Des conseillers les orientent, des bénévoles les épaulent pour les aider de passer de l’itinérance à un foyer bien à eux. Pour quelques-uns, les problèmes de toxicomanie, de santé mentale, de "gambling" les auront amenés à se dépouiller peu à peu et à avoir besoin d’une main secourable pour s’en sortir. Grâce à des programmes bien conçus et à un encadrement approprié, certains réussiront à retrouver la place qu’ils avaient perdue dans la société.
Les témoignages sont nombreux et touchants. Heidi Coleman, directrice générale de la Fondation de la Mission nous parlait ce cet entrepreneur prospère qui a fait un don de 50 000$ parce qu’un jour il avait eu besoin d’eux. De cet autre qui y allait d’une importante commandite matérielle « parce que, disait-il en regardant l’édifice les larmes aux yeux, un jour il avait vécu là. ». Il faut saluer le travail extraordinaire des bénévoles et des gens de la Mission. D’autant plus extraordinaire que l’œuvre subsiste en majeure partie grâce à des dons privés, les instances politiques ne comblant que 20% des immenses besoins.
Vêtements, denrées, argent, tout peut aider la Mission Old Brewery et chacun d’entre nous aussi. Parce qu’en allant y faire un tour, on pourrait y rencontrer quelqu’un que l’on connaît et qui a eu un revers de fortune, parce que la vie ne fait pas que des cadeaux, elle peut aussi reprendre cruellement, parce que la valeur d’une société se mesure à sa capacité de tendre la main à ceux qui en ont besoin. Nous avons servi 325 repas en moins d’une heure et demie. C’est une goutte d’eau dans l’océan… souhaitons cependant qu’elle fasse des ronds en tombant.