Il y a certainement plusieurs aspects à discuter en marge de ce qui s'est passé dimanche au circuit d'Indianapolis, mais vous me permettrez de retenir surtout une grande conclusion : la F1 doit changer radicalement ses structures, rien de moins! Si elle ne le fait pas, elle est vouée à une régression sévère, voire même à disparaître, à plus ou moins long terme.
En cette ère où les grands constructeurs (pour le meilleur ou pour le pire) ont remplacé les artisans de l'époque, à grands coups de millions, en cette ère où les états du monde entier s'arrachent les courses, à prix d'or, pour profiter des retombées qui les accompagnent, en cette ère où l'amateur de F1 doit puiser encore plus creux dans son revenu discrétionnaire pour assouvir sa passion, il est devenu complètement ridicule que les gouvernes de cette gigantesque économie soit entre les mains de personnes qui croient encore pouvoir la diriger comme dans les années 1960!
Il est franchement honteux qu'au seul nom du respect intégral (ou intégriste…) du règlement sportif, la F1 n'ait pas su sauver les meubles devant un public que l'on cherche à gagner depuis tant d'années.
Bien sûr qu'à la base, c'est Michelin qui a gaffé et personne d'autre! La société française n'arrête d'ailleurs pas d'admettre ses torts depuis samedi matin. Bien sûr que Bridgestone et ses partenaires ont mieux fait leurs devoirs et ne méritent pas d'être pénalisés. Bien sûr qu'on est d'accord sur le principe général que la F1 doit être encadrée de façon rigoureuse pour ne pas qu'elle devienne une anarchie complète. Cela dit, doit-on accepter pour autant qu'aucun mécanisme n'a pu être mis en place entre samedi et dimanche pour empêcher une telle farce devant le public américain? En 2005????
La vieille structure archaïque qui chapeaute le Championnat du monde de F1 ne peut plus rester en place encore plus longtemps. Déjà, Bernie Ecclestone a été obligé de céder une grande partie de son pouvoir et de son équité pour se plier aux lois européennes. Il ne peut plus, comme on le voyait à l'époque, dicter les choses pour qu'elles se passent comme il le souhaite. Or, il est temps, maintenant, que la FIA cède aussi une partie du contrôle de la F1. Je parle de cette partie qui chevauche subtilement les impératifs sportifs et les impératifs commerciaux.
Peu importe ce que disent les Accords de la Concorde, la F1 doit se doter d'une nouvelle entité de gestion, une entité qui aurait une autorité suffisante pour prendre les décisions qui s'imposent dans des cas comme celui de la fin de semaine dernière. La F1 pourrait, par exemple, créer un poste équivalent à celui de " Commissaire ", dans le but d'accorder à une personne hautement compétente et intègre le mandat de défendre à la fois les intérêts du plateau et ceux des amateurs. Ce " commissaire " aurait nécessairement des vues plus progressistes, plus larges et plus contemporaines qu'un Max Mosley, par exemple, mais serait aussi capable de reconnaître l'immense tradition sportive et technique que doit maintenir la F1 pour continuer à porter légitimement son statut historique.
Tiens, peut-être qu'il n'y a même pas à chercher très loin pour trouver cette personne idéale. Elle pourrait très bien se trouver ici même, à Montréal, quelque part dans un bureau du centre-ville.
N'auriez-vous pas donné, en effet, entièrement votre confiance à Normand Legault, dimanche dernier, pour orchestrer un plan d'urgence qui aurait à la fois respecté l'intégrité sportive générale de la F1 et qui aurait satisfait toutes les parties impliquées, dont ce pauvre public qui estime s'être fait arnaqué? Poser la question, c'est y répondre!
L'ampleur du fiasco d'Indianapolis va peut-être accélérer le grand revirement structurel que la F1 ne semble pas capable de se donner elle-même. Plus encore, la réaction froide et purement académique de la FIA, au lendemain de ce jour noir, son absence de compassion pour les amateurs et son refus de porter sur ses épaules une partie du fiasco devraient inciter les écuries et les grands constructeurs à exiger, haut et fort, que des changements interviennent le plus rapidement possible et non à compter de 2008 seulement.
Car peut-être serait-il alors trop tard pour réparer les pots bêtement cassés…