Dix ans, déjà. Conclusion simple, purement mathématique, une peu plate, même. Pourtant, il y aurait tant à dire sur la conquête de Jacques Villeneuve, à Jerez, il y a déjà de cela une décennie.
Il y aurait d’abord tous les souvenirs impérissables de cette saison exaltante qui connut son grand dénouement à la toute fin, dans des circonstances dramatiques. Ce grand duel entre deux surdoués au caractère fort, incassables devant les prouesses ou l’intimidation de l’autre, tirant habilement à boulets rouges dans le camp adverse, tantôt sur la piste, tantôt dans les pages des grands quotidiens... Ce crescendo enivrant qui mena au dernier Grand Prix de la saison... Cette triple égalité inouïe, en qualifications, quelques heures avant le moment de vérité... Ce geste désespéré de Michael Schumacher qui, devant l’assaut irrésistible de Villeneuve, tenta de lui faire subir le même sort qu’il fit subir à Damon Hill, trois ans plus tôt... Villeneuve, dur comme le roc, qui encaisse, aussi solidement que sa monoplace... Le cadeau aux amis Hakkinen et Coulthard, au dernier virage, une fois le titre en poche... L’inimaginable délire collectif, quelques jours plus tard, au Centre Molson, l’une des manifestations les plus émouvantes de l’histoire du sport, chez nous...
Mais il y aurait aussi tant à dire sur le vide qui a suivi, un vide d’autant plus triste qu’il s’est creusé au fil de circonstances aléatoires ou incontrôlables... L’effondrement dramatique de Williams, lié au retrait de Renault... Le saut périlleux, sans filet, vers la folle aventure de BAR... Une mauvaise réputation qui s’est répandue aussi rapidement qu’elle s’était bâtie, dans les paddocks... Une retraite forcée, interrompue par une opportunité empoisonnée offerte par Briatore et Renault, à la fin de 2004... La relation douce-amère avec Peter Sauber, maintes fois perturbée par les propos régulièrement incendiaires du patron de l’écurie... La douloureuse et humiliante route vers la petite porte de sortie, tracée de façon machiavélique par BMW et son leader égocentrique, Mario Theissen...
Mais au-delà de la réalité sportive proprement dite, le 10e anniversaire du championnat de Jacques Villeneuve marque aussi pour nous, à RDS, le très beau souvenir du passage à une étape déterminante de notre histoire. Ce dimanche matin d’octobre 1997, le Réseau des Sports a atteint l’âge adulte, en quelque sorte... Il s’agissait, en effet, de la preuve éloquente que notre réseau pouvait assumer une écoute massive, une écoute que seuls les grands diffuseurs conventionnels croyaient pouvoir atteindre, en exclusivité... Depuis notre petite cabine de commentateurs, boulevard René-Lévesque, à Montréal, nous pouvions ressentir cette euphorie que nous transmettait cet auditoire de plus d’un million de personnes... Nous pouvions pratiquement palper l’angoisse ressentie dans les salons, dans les cuisines, dans les chambres à coucher... Nous pouvions presque entendre les cris des milliers d’amateurs, entassés quelques rues plus loin, au Complexe Desjardins...
Dix ans, déjà. Un simple anniversaire... Le simple anniversaire d’un moment tellement riche qu’il est impossible de ne pas y revenir avec émotion, avec passion!