Même dans des moments de délire extrême, je ne suis pas convaincu qu’un scénariste d’ Hollywood aurait pu concevoir un tel dénouement au Championnat du monde de F1 2008! Que le titre des pilotes change de mains à deux reprises au cours du dernier tour du dernier Grand Prix de la saison tient en effet de la pure fiction, pour ne pas dire de la plus haute fabulation!
Cela dit, à la lumière de l’allure de cette saison excitante, aurait-il pu en être autrement?
Appelons cela « parité », « aléas », « nivellement », peu importe, la course au titre nous aura donné le genre de déploiement passionnant que nous aimerions vivre à chaque saison. À tour de rôle, les deux grandes écuries rivales auront été dominantes et décevantes. À tour de rôle, Lewis Hamilton et Felipe Massa auront été sensationnels et brouillons. À tour de rôle, les acteurs de soutien (Alonso et Renault, Kubica et BMW, Vettel et Toro Rosso) auront rafraîchi l’intérêt des amateurs. Alternativement, une piste convenait à l’un, faisait enrager l’autre. Même la météo a défié les « normales saisonnières» à plus d’une occasion. Bref, rien ne fut parfait. Vive l’imperfection!
La FIA atteint ses buts
En imposant un sérieux programme de repli sur le plan technique et en mettant fin à la lutte implacable que se livraient les manufacturiers de pneumatiques, la FIA a redonné une bonne partie du contrôle de la voiture aux pilotes et aux « ingénieurs de terrain », c’est-à-dire à des êtres humains. Or, lorsque l’humain prime sur la technologie, il y a automatiquement cet heureux mélange de grands exploits et d’erreurs inévitables. N’est-ce pas là, d’ailleurs, l’essence même de la compétition sportive?
Le plus beau dans tout cela, c’est que la Fédération a décidé de pousser plus loin en abolissant tous les artifices aérodynamiques à compter de 2009 et en imposant un virage « vert » qui, progressivement, redonnera à la F1 son noble statut de banc d’essai pour l’industrie de l’automobile. En ajoutant à l’équation le fait que les écuries sont enfin regroupées au sein d’une seule et même association (qui parlera fort et à l’unisson aux différentes tables) et que le contrôle des coûts semble enfin prendre le dessus dans l’établissement des priorités, il y a tout lieu de croire que l’avenir du Championnat s’annonce fort heureux.
De jeunes pilotes exceptionnelsSi les différentes structures de la F1 reviennent graduellement sur des bases beaucoup plus sensées, il faut aussi souligner la qualité des jeunes pilotes qui sont venus assurer « l’après-Schumacher ». Fernando Alonso fut le premier à prendre sa place en vertu d’un talent exceptionnel, talent qui fut d’ailleurs réaffirmé par ce grand déblocage chez Renault, depuis la mi-saison.
Kimi Raikkonen a enfin secoué la malchance la saison dernière pour remporter le titre et cette saison, ce fut au tour de Felipe Massa d’atteindre une superbe maturité sportive au volant de la Ferrari. Lewis Hamilton a surmonté quantité d’obstacles, tant en piste que sur le plan psychologique, pour décrocher un titre historique. En toile de fond, Robert Kubica et Sebastian Vettel ont prouvé qu’ils avaient déjà les ressources personnelles nécessaires pour être champions, malgré leur jeune âge.
Au cours des 25 dernières années, je ne crois pas avoir vu un plateau de jeunes pilotes aussi relevé que celui que nous voyons présentement. Ils ont le talent voulu, certes, mais la plupart ont aussi la personnalité qu’impose leur grande notoriété. Je prendrai en exemple le comportement exemplaire de Felipe Massa (pourtant un grand émotif) lors du point de presse de dimanche dernier, à l’issue d’une course extraordinaire dont le dénouement fut si douloureux pour lui. On ne pouvait que l’applaudir après avoir entendu ses propos…
Vivement 2009Alors, on a hâte à 2009, mes amis? Et comment! Sur le plan technique, on repart en neuf. Fini « l’aéro débile », retour des merveilleux « slicks » et imposition progressive d’un système de récupération d’énergie, écolo oblige. Déjà là…
Sur le plan des pilotes, outre Vettel qui s’en va chez Red Bull, Bruno Senna viendra peut-être raviver le nom de son illustre oncle en obtenant l’un des volants encore disponibles. Chez les autres, c’est la consolidation.
Ne reste plus qu’à espérer que Montréal y soit, je ne sais trop par quel miracle. Notre événement n’est peut-être pas parfait, à plusieurs points de vue, mais n’est-ce pas justement l’imperfection qui a donné une superbe saveur au Championnat de cette année? Allez, vive l’imperfection!