MONTRÉAL – Pour vous donner une idée à quel point Ciante Evans a décroché de l’actualité de la Ligue canadienne de football, il ignorait que Vernon Adams fils avait failli se retirer de son contrat avec les Alouettes de Montréal. Il a compris que c’était le moment de s’occuper plus que jamais de sa famille et de ses proches. 

Le demi défensif des Alouettes se classe parmi les nombreux joueurs, américains et canadiens, qui s’éloignent de leurs proches pendant la saison de la LCF. Evans, qui est originaire du Texas, s’est d’ailleurs établi comme une ressource défensive de premier plan en sol canadien. 

Ce rendement lui a permis de se faire octroyer une prolongation de contrat en février dernier, à peine quelques semaines avant que la pandémie gâche le portrait. Père d’une petite fille de six ans, il n’a pas attendu que la saison soit annulée pour faire preuve de débrouillardise. 

« C’est difficile pour tout le monde et je n’ai pas été épargné. Mais j’ai compris, au fil des ans, que le football exige de s’adapter. On se fait souvent lancer des balles courbes durant notre parcours et il faut s’ajuster sans tarder. C’est la même chose qui se passe sur le terrain », a-t-il réagi au RDS.ca.  

« J’ai essayé d’aborder le tout avec cet état d’esprit. J’ai appris à trouver une manière de ‘gagner’ face à ces situations difficiles. J’ai cumulé quelques boulots durant l’été et je viens de me trouver un emploi à temps plein comme entraîneur d’une équipe de football de niveau secondaire au Texas. Je serai occupé durant l’automne et je vais continuer d’agir en tant qu’arbitre au basketball », a ajouté Evans en se considérant privilégié de la tournure des choses pour les prochains mois. 

Rien n’est gagné au Canada, mais les mesures sociales ont permis à l’économie de se relever graduellement. La réalité sonne plus rude au Texas qui se classe malheureusement dans le top-3 des États américains les plus touchés par la crise avec autour de 14 000 décès. 

« Ça me permet de pouvoir payer mes factures et nourrir ma famille. On n’a pas le choix, ils continuent d’évincer des gens de leur maison ici, au Texas », a-t-il exposé. 

Evans perçoit tout de même quelques signes positifs à commencer par sa fille de six ans qui a renoué avec l’école selon des protocoles sanitaires. L’accent a aussi été dirigé vers l’économie pour tenter de limiter les dégâts. 

Parmi les autres dossiers importants, il y avait également  le football des écoles secondaires, une véritable religion dans cet État. 

« Le gouverneur a accepté que des partisans soient présents dans les gradins à condition de respecter une distanciation », a expliqué l’athlète de 27 ans. 

Plus de questions que de réponses

Ça se sent que ce retour aux sources est précieux pour Evans. Le football du niveau secondaire vient panser, en partie, la plaie de l’absence d’une saison professionnelle. Même pour un vétéran comme lui – il devait entamer sa sixième saison – ce n’est pas évident à encaisser. 

Ciante Evans« Ouais, c’est difficile. Ma façon de voir les choses, pour que ça se passe bien, c’est de me dire que ce sport n’est pas ‘donné’ à personne. D’un côté, tu es déçu et triste parce que tu ne sais pas pendant combien de temps tu seras dans cette position de ne pas pouvoir jouer. Mais, en regardant le tout de l’autre bout du spectre, tu réalises davantage les valeurs importantes de la vie. Les moments que tu manques pendant que tu joues. C’est quand même positif de passer autant de temps en famille, avec ceux qu’on aime. Cette fois, je pourrai être présent auprès de ma fille durant toute l’année, je la vois grandir de près. Je m’assure donc de comprendre les deux côtés de l’équation », a relativisé l’ancien de l’Université du Nebraska. 

Au moment de relancer les activités pour la saison 2021, les joueurs n’auront pas disputé de matchs depuis plus de 18 mois, une éternité dans le monde sportif professionnel. Pour des compétiteurs qui carburent au moindre petit défi, ça devient tout une logistique mentale à gérer. 

« C’est difficile n’est-ce pas? C’est une autre question qui nous trotte en tête. Oui, on sera reposés physiquement, mais rien n’est aussi bon que les répétitions sur un terrain pour raffiner son jeu. Tu as beau regarder toutes les vidéos que tu veux, ce n’est pas pareil. Tu finis par perdre des occasions de progresser. En plus, on vieillit d’un an et c’est dommage dans ce sens. Ça reste que c’est la réalité avec laquelle on doit composer, tout simplement », a répondu celui qui avait aimé son adaptation à Montréal après quatre années avec les Stampeders de Calgary. 

Empathique de nature, Evans reconnaît que c’est encore plus déchirant pour des joueurs qui devaient hériter d’un rôle plus significatif en 2020. On lui refile l’exemple de DJ Lalama qui allait se retrouver, pour la première fois, dans les souliers d’un partant

« Je pense à ceux comme DJ qui s’attendaient à de grandes choses cette année. Je réfléchis aussi à des joueurs comme John Bowman. Peut-être que je ne le reverrai jamais, du moins sur un terrain. Cette pandémie poussera sans doute des joueurs à abandonner le football. Ce n’est pas évident pour ça. On finit avec plus de questions que de réponses ces temps-ci. J’aimerais te fournir plus de réponses... », a noté Evans. 

Hâte de voir le jeu avec le regard de Barron Miles

La plus belle réponse qu’il avait obtenue, c’était celle de Danny Maciocia, le nouveau directeur général des Alouettes qui a travaillé fort pour parvenir à lui accorder un nouveau contrat. Maciocia a dû sacrifier quelques morceaux importants de sa défense comme Tommie Campbell, Patrick Levels, Boseko Lokombo, Chris Ackie et Ryan Brown, mais il a identifié Evans comme un élément essentiel pour assurer la progression de cette unité. 

« J’étais bien excité que les Alouettes veulent conserver mes services. Quand de nouveaux dirigeants arrivent et qu’ils déterminent que tu fais partie de leur plan pour gagner, c’est emballant. J’ai senti qu’ils veulent que je continue d’aider l’organisation. Je veux assurément remplir ce mandat », a confié Evans dont la nouvelle entente contient des bonis conventionnels pour un joueur de sa trempe. Ciante Evans

Cette contribution se préparait avec la collaboration de Barron Miles, le nouvel entraîneur des demis défensifs et coordonnateur contre le jeu aérien. 

« Ce sera très intéressant de jouer sous ses ordres, j’avais hâte d’apprendre à ses côtés. Je veux saisir le jeu selon sa perception comme si je voyais le tout avec ses yeux. Ça permet toujours d’ajouter quelques petits éléments à son répertoire quand on y arrive. J’ai l’impression que ça permettra d’améliorer notre rendement », a souligné Evans. 

La décision de Vernon Adams fils s’avère bien sûr cruciale pour les prestations du club. Evans était donc enchanté de l’apprendre alors qu’il s’est éloigné des réseaux sociaux depuis quelques semaines. 

« J’essaie surtout de profiter des moments précieux en famille », a conclu celui qui parvient également à s’impliquer pour quelques causes comme celle de l’autisme.