MONTRÉAL – Non, les Alouettes de Montréal n’ont pas confirmé le retour de Jacques Chapdelaine à la barre de l’équipe en 2017, mais ils réservaient une autre surprise lors de leur bilan de fin de saison.

En effet, le directeur général Jim Popp devait être présent avec Chapdelaine à cette journée de rétrospective, mais il s’adressera plutôt aux médias, lundi, en compagnie du président, Mark Weightman.

« On va être au camp avec une identité »

Ce changement de stratégie a été annoncé à la dernière minute par les Alouettes, mais il faut admettre qu’il aurait été que les deux hommes soient assis un à côté de l’autre alors que les questions auraient porté sur le revirement positif créé par Chapdelaine et les déboires durant l’ère Popp.

Tout de même, le plus important à retenir demeure que la décision finale n’a pas encore été prise au sujet de l’entraîneur-chef. L’an passé, les Alouettes avaient profité de leur bilan pour annoncer le retour de Popp aux commandes de l’équipe.

Chapdelaine a confirmé qu’il avait reçu des félicitations de la part des propriétaires Bob et Andrew Wetenhall au terme de la dernière partie du calendrier régulier. Il a maintenant l’intention de s’accorder un repos bien mérité à son domicile, en Colombie-Britannique, avant de voir l’évolution du dossier.

« Bob et Andrew ont été très gentils après la partie, on s’est parlé et ils ont offert de très bons mots. À ce point-ci, on n’est pas encore entré dans des conversations sur l’avenir. Je ne sais pas si je serais capable de le faire présentement, j’aimerais avoir un peu de répit, du repos, pour bien voir les choses », a confié l’entraîneur.

Il pourra y retourner avec la tête en paix surtout avec la démonstration de samedi.

« Pour la première fois, on a été capable de jouer avec une identité nouvelle. Cette fois, on se devait de gagner parce qu’on était une équipe gagnante », a relevé Chapdelaine en citant la tenue inspirante au quatrième quart.

Humble, il a tout de même été en mesure de rédiger en vert son bilan personnel comme entraîneur.

« Il aurait été facile pour des gens de douter de ce que je voulais faire. J’ai plutôt senti un support incroyable de l’équipe d’entraîneurs et ensuite des joueurs. Les gens voulaient voir un changement dans certains aspects », a évoqué Chapdelaine.

« Si on veut discuter d'autres opportunités, on le fera »

« On était affamé à l’idée de pouvoir s’accrocher à quelque chose. Il a envoyé le bon message et les gars ont embarqué dès le premier jour. On aimait venir au travail dans les dernières semaines et ça s’est vu sur le terrain », a confirmé Jeff Perrett, le bloqueur à droite.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Alouettes (7-11) provoqueraient une onde de choc en ne permettant pas à Chapdelaine de revenir sur les lignes de côté. Depuis son entrée en scène, les Alouettes ont affiché le deuxième meilleur dossier (4-2) de la LCF pour le dernier tiers de la saison derrière les Stampeders de Calgary.

Fort de son expérience dans le sport professionnel, Chapdelaine préfère ne rien tenir pour acquis.

« J’ai compris ça il y a plusieurs années. Comme j’ai déjà dit, il y a moins d’entraîneurs dans la LCF que d’astronautes au Canada. Tu es en compétition avec plusieurs bons candidats. L’équipe doit regarder un peu partout pour que la décision finale soit la bonne », a-t-il relativisé.

Nul doute, s’il revient en poste, Chapdelaine a déjà une bonne idée en tête des prochaines améliorations à instaurer pour redorer le blason de l’organisation.

« J’ai eu une expérience unique en pouvant vivre un peu dans les souliers de quelqu’un d’autre pendant quelques semaines. Je croirais qu’on peut continuer de pousser de l’avant et introduire des changements qui pourraient aider l’équipe, j’aimerais pouvoir le faire », a avoué le candidat qui a convaincu la plupart des partisans.

Un concert d’éloges de partout dans l’équipe

Le constat s’avère plus que particulier, mais Chapdelaine a engendré plus de victoires, en six matchs, que Popp a su le faire en 12 parties (3-9). Évidemment, la déduction fait mal aux partisans, mais les Alouettes n’étaient qu’à un seul gain d’une présence éliminatoire. Le changement tardif a plutôt poussé les Oiseaux vers une deuxième exclusion consécutive.

« Chapdelaine a changé l'attitude du groupe »

Quant aux joueurs, ils ont continué de l’encenser tout en vidant leur casier. Sans pouvoir décider de son sort, tous les athlètes sondés ont vanté les mérites de Chapdelaine qui a renversé la situation qui minait le rendement collectif.

Luc Brodeur-Jourdain a lancé les propos les plus appuyés pour dire s’il méritait de conserver ce titre.

« Oui, entièrement », a-t-il statué en décrivant son influence sur le groupe.

« C’est avant tout un changement marqué dans l’attitude et le caractère général. On ne voulait pas juste gagner, on était des gagnants », a souligné Brodeur-Jourdain en parlant du match à Hamilton.

« Je penserais que plusieurs joueurs souhaitent son retour. Il a présenté un dossier de 4-2 et il a dirigé le bateau de belle manière. Il a demandé aux gars qui voulaient être ici d’avoir la bonne attitude », a vanté Bear Woods, le meneur de la défense.

« On avait une structure, une concentration et un but en tête. On peut placer plusieurs bons joueurs ensemble, mais s’ils n’ont pas la même vision et le même objectif, c’est difficile de gagner », a mentionné le secondeur d’expérience, Chip Cox.

« Il est très authentique et en contrôle, tout le monde l’écoute quand il parle. Il demande aux gens de faire leur travail. On doit s’adapter à son style. En partant du camp d’entraînement, on pourra apprendre de lui », a souhaité le quart-arrière Rakeem Cato.

Au courant du vent positif qui souffle à son égard, Chapdelaine n’a pas caché son appréciation.

« C’est toujours bien, c’est ce que tu souhaites. Ce que j’ai apprécié, c’est que tous les joueurs ont bien embarqué dans ce qu’on a fait. Ça devient aussi excitant de voir comment les joueurs entrevoient les opportunités pour la saison prochaine », a réagi l’ancien receveur.

Un point tournant de se départir de Carter et Stafford

La décision la plus remarquée de Chapdelaine a été celle de libérer les receveurs Duron Carter et Kenny Stafford qui ne suivaient pas la direction instaurée.

« Jacques Chapdelaine est l'homme de la situation »

Cette démonstration de courage a poussé l’équipe dans la bonne direction.

« On parle d’un point marquant dans notre saison, c’est indéniable. C’est probablement le coup de fouet qui a donné de la vigueur à notre attaque et donné la chance à d’autres joueurs d’émerger. C’est dommage de voir ça, et je suis certain qu’ils vont se retrouver une autre place dans la LCF, mais on doit avoir une identité à l’image de celle de notre entraîneur, il faut y adhérer, c’est comme ça », a résumé Brodeur-Jourdain.

De plus, Chapdelaine a trouvé une façon de retrouver une production à la position de quart-arrière. Le remplacement de Cato par Vernon Adams fils a souri à l’équipe.

Réaliste, Chapdelaine a admis que Adams fils entamera probablement le prochain camp d’entraînement avec une longueur d’avance sur Cato. L’entraîneur s’est assuré de rappeler que Cato a eu à se démener sous une pression imposante contrairement à son ami et rival.

Chose certaine, Chapdelaine serait heureux de pouvoir miser sur l’ajout d’un quart-arrière d’expérience pour se fier sur un coffre à outils plus complet afin de renouer avec le succès.

« Je l’ai toujours et je vais continuer de le faire. Je pense que c’est important d’avoir un quart vétéran au sein de ton équipe. Pas nécessairement pour être le partant, mais surtout pour enlever la pression sur les jeunes comme lors d’un moins bon match », a-t-il soutenu.

Pendant que la jeunesse saute aux yeux à cette position, les Alouettes constituent majoritairement une équipe de vétérans. Les dirigeants sont conscients de cette réalité qui doit être gérée avec délicatesse.

« On vient quand même de démontrer qu’on peut rivaliser avec de bonnes équipes. Tu veux éviter de faire trop de changements et chambarder des choses qui ne doivent pas l’être. Tu souhaites te renflouer avec des jeunes sans faire trop de changements et perdre ce qui a été bâti », a conclu l’entraîneur. ​

« On va arriver au camp avec beaucoup de confiance »