C’est certain que les partisans des Alouettes et ceux qui suivent les activités de la Ligue canadienne savent que jeudi, ce n’était que le deuxième match préparatoire des Alouettes et du Rouge et Noir d’Ottawa. Le Rouge et Noir avait décidé d’envoyer dans la mêlée ses partants lors de son premier match devant ses partisans.

Ils sont arrivés à Montréal avec l’équipe B et je pourrais même dire l’équipe C. En raison de ce facteur et qu’il ne s’agissait que d’un match préparatoire, je ne ferai pas de la suranalyse.

On ne fait pas trop de stratégies non plus en match préparatoire. On ne sort pas la fumée, alors que l’on conserve nos cartes pour la semaine prochaine lors de l’ouverture de la saison.

Il y a cependant un fait qui demeure. Les Alouettes se sont dit : «  d’accord, vous voulez amener votre équipe B, pas de problème, mais nous allons jouer à notre niveau. On n’ira pas s’abaisser à votre niveau. »

Avec cette mentalité, les Alouettes ont fait ce qu’ils avaient à faire. Ils ont brassé Ottawa et leur ont donné une volée.

S’ils avaient gagné 20 à 10, avec toutes ces circonstances, le constat serait sans doute plus difficile. Par contre, avec une victoire de 38 à 5, il n’y aucun doute que les Alouettes ont joué à leur niveau.

Le football, je le dis chaque année, est un sport de stratégies, mais c’est avant tout un sport physique. Hier c’était des hommes contre des enfants et le Rouge et Noir jouait le rôle des enfants. L’aspect physique est un élément important chaque semaine et lors de ce match, il a été à sens unique à l’avantage des Montréalais.

Un premier indice pour nous indiquer qui remporte l’aspect robustesse se trouve sur les unités spéciales. D’ailleurs, nous avons eu un aperçu de la rencontre sur le premier jeu du match. Boris Bede a récupéré un échappé sur le botté d’envoi et les hommes de Jacques Chapdelaine ont enchaîné en inscrivant des points sur la séquence suivante.

Le botteur des Alouettes est tout simplement en feu. Il est 7 en 7 pour ses placements et il a bien placé ses bottés de dégagement.

Quand tu regardes l’Est, je prévois que Toronto terminera quatrième en raison des changements de dernière minute. La lutte sera à mon avis très serrée pour le haut du classement. Entre Montréal, Hamilton et Ottawa, qui dit que ce ne sera pas un botté de Bede qui fera la différence. Si c’est le cas, il nous montre des signes encourageants et il se fait rassurant.

La robustesse se traduit aussi dans la guerre des tranchées. Quand tu regardes la force d’impact sur les plaqués, il faut donner l’avantage aux Alouettes. Une statistique révélatrice pour illustrer cette facette du jeu est le nombre d’échappés provoqués et il y en a eu plusieurs du côté d’Ottawa.

D’ailleurs, on a vu qu’avoir le dessus dans les tranchées faisait partie du plan de match des Alouettes. Jacques Chapdelaine a donné ce message avant d’aller sur le terrain. Il fallait protéger le quart et déranger celui de l’équipe adverse. C’est la définition même de dominer la guerre des tranchées.

Cette victoire de la guerre des tranchées a aussi été remportée par l’attaque. Les joueurs de lignes offensives ont plus que malmenés la ligne défensive du Rouge et Noir. Les Alouettes ont mis beaucoup d’énergie pour améliorer leur ligne à l’attaque, et on voit que ça rapporte. Je décris les joueurs de lignes comme des gros nounours, mais là, les gros nounours avaient de l’attitude.

Des mises à jour du camp des Alouettes

Les deux bloqueurs à l’extérieur, Brian Simmons et Jovan Olafioye ajoutent de l’agressivité qui demeure dans la légalité, elle est donc bien placée.  Les bonnes lignes à l’attaque amènent le jeu au sol au deuxième niveau. Ils n’ont pas juste bloqué, ils ont déplacé leur adversaire. Les joueurs de ligne adverses se retrouvaient au niveau de la tertiaire.

C’est le jeu au sol qui en a profité avec 20 courses et 158 verges de gain. Tyrell Sutton a récolté en moyenne 12 verges par course. Ça veut dire que ce sont les demi-défensifs qui doivent se farcir les plaquer et ce n’est pas à leur avantage.

Les demi-défensifs ne sont jamais contents de ce dénouement et c’est certain que ce ne sera pas plaisant à regarder du côté du Rouge et Noir sur les bandes vidéos.

La défense passe encore le test

À l'inverse, le Rouge et Noir a connu beaucou de difficultés avec son jeu au sol. Sur la ligne défensive des Alouettes, Jabar Westerman, Keith Shologan et Ray Drew étaient toujours dans le champ arrière.  Résultat de leur bon travail : le Rouge et Noir a terminé la première demie avec un total négatif de moins cinq verges en six courses.

Il faut dire que la défense a fait le travail en deux matchs préparatoires. L’unité défensive montréalaise n’a alloué que 13 points en huit quarts. Elle en a accordé que trois lors de sa deuxième sortie parce que les deux autres points ont été inscrits à la suite d’un touché de sûreté.

Les joueurs défensifs ont provoqué trois interceptions et ont enregistré quatre sacs du quart.

Il est difficile d’évaluer le travail de celui qui est appelé à remplacer Bear Woods, Anthony Sarao. Le jury des Alouettes est en train de l’étudier. Sarao ne ressort peut-être pas du lot pour l’instant, mais ce qui importe pour le moment, c’est que la défense des Alouettes joue comme une seule unité.

Je suis conscient que ce n’était pas la première unité offensive chez le Rouge et Noir, mais les Alouettes ont accompli leur travail. C’était important de voir des chiffres dominants contre l’équipe B.

Vernon Adams a rebondi

J'avais aussi hâte de voir à l’œuvre Darian Durant pour une première fois en situation de match. Ce qu’on peut retenir, c’est que le quart a une présence rassurante dans la pochette.

Ce n’est pas surprenant qu’il soit calme et gère bien la pression comme il arrive du marché de la Saskatchewan. Si on veut faire un parallèle, les Riders sont l’équivalent du Canadien pour les partisans en Saskatchewan. Il a donc appris à vivre avec une pression constante. Il n’y a pas grand-chose qui va l’énerver. Sa confiance est contagieuse et se propage sur les autres joueurs à l’attaque. Même s’il a paru quelque peu rouillé sur la première séquence à l’attaque, il s’est bien ressaisi ensuite pour terminer son match avec deux passes de touché.

Ce deuxième match préparatoire a aussi permis à Vernon Adams Jr de rebondir après son match contre les Argonauts de Toronto la semaine auparavant au cours duquel il avait pris des décisions décevantes et c’est ce qui peut soulever des questions chez les entraîneurs.

J’ai trouvé qu’il a bien rebondi et les entraîneurs lui ont donné une vraie chance de se signaler. Chapdelaine l’a laissé manœuvrer la première unité offensive lorsqu’il est arrivé dans la rencontre et au début du troisième quart. Il voulait savoir ce qu’il avait dans le ventre en lui donnant toutes les chances.

S’il avait pris des décisions douteuses contre les Argonauts, il s’est bien repris lors de ce match et c’est ce qui m’a impressionné. Il n’a pas forcé de passes et il a couru lorsque la situation l’exigeait. Un bon exemple de cette attitude se traduit en fin de première demie alors que les Alouettes sont presque assurés d’inscrire trois points. Adams décide de lancer le ballon à l’extérieur sur le premier jeu comme aucun de ses receveurs n’est dégagé. Il ne perd pas de terrain avec cette action. Sur le jeu suivant, il va chercher 7-8 verges et permet à Boris Bede d’avoir une meilleure position sur le terrain pour effectuer son botté.

En ce qui concerne son interception, il faut donner le crédit aussi au joueur défensif qui l’a réalisé. Ce que j’ai aimé par contre, c’est que sur la séquence suivante, il est revenu avec un touché et une transformation de deux points.

On l’a vu plus à l’aise dans un rôle de deuxième quart que comme partant. Il avait occupé ce poste en vue du duel contre Toronto et toute la semaine il s’était préparé avec cette information en tête. Il s’est peut-être mis trop de pression.

Je trouve qu’Adams a gagné des points et a rassuré les entraîneurs. Matt Shiltz a connu un bon camp et par moment, on aurait pu l’entrevoir comme le deuxième quart derrière Durant. Mon impression toutefois, si Shiltz est déjà rendu numéro deux, ça pourrait créer une certaine inquiétude, car il modifie de manière significative la hiérarchie. Il la modifie trop rapidement, alors que l’écart serait perçu comme trop important entre Durant et son réserviste.

La performance d’Adams stabilise sa position au poste de deuxième quart. Ça ne veut pas dire que Shiltz ne prendra pas sa place éventuellement. Jeudi par contre, c’était la première fois où ça semblait aller un peu vite pour lui. Il a fait beaucoup de courses et ne repérait pas ses receveurs. On a eu les premiers signes contre Ottawa qu’il était une recrue.

Un élément qui sera intéressant à surveiller à l’attaque, c’est la gestion des receveurs canadiens. Avec la blessure à Samuel Giguère, je pense qu’il sera de retour pour le match d’ouverture, les Alouettes doivent respecter le ratio. Alex Pierzchalski, Alexander Morrison, Devon Bailey, George Johnson et S.J. Haidara Heidera vont se battre pour l’autre poste de receveur canadien, alors que celui de Giguère est déjà acquis.

Le deuxième receveur canadien va avoir du temps de jeu dans une formation à cinq receveurs. Afin de se démarquer des autres, celui-ci ne devra pas uniquement posséder de bonnes mains, mais connaître du succès sur les unités spéciales. C’est là qu’il pourra se démarquer.

Le 22 juin ce sera l’heure de vérité avec le début de la saison. Si les Alouettes amorcent leur match avec intensité et s’imposent sur le plan robustesse, ils connaîtront du succès. J’aime répéter ce que Mike Tyson a déjà dit : « tout le monde a un plan de match. Il tient jusqu’à ce que tu reçoives un coup de poing au visage. » Ça demeure un jeu d’échecs, mais il ne faut pas négliger l’aspect robustesse.

Matthews : mon meilleur entraîneur

C’est certain que j’ai été attristé lorsque j’ai appris la nouvelle du décès de Don Matthews. Mon collègue Matthieu Proulx a bien résumé l’homme cette semaine dans sa chronique. J’ai joué sous les ordres de Matthews en 1996 et en1997 avec les Argonauts et nous avons soulevé la Coupe Grey lors de ces deux saisons. C’est l’entraîneur-chef avec qui j’ai eu le plus de succès et le plus de plaisirs. Il m’a témoigné beaucoup de loyauté.

Je terminerai en partageant avec vous un souvenir que j’ai de lui et qui le représente bien comme entraîneur.

Le 1er août 1996, je me suis fracturé la jambe sur une course sur l’un des derniers jeux d'un match contre les Alouettes. J’ai dû m’absenter jusqu’à la fin du calendrier régulier. Le dernier match de l’année, il m’a remis à ma place même si l’équipe avait connu beaucoup de succès durant mon absence. Il m’a dit que c’était mon poste et j’ai joué le dernier match de la saison.

Nous nous sommes rendus à la Coupe Grey par la suite et avant de l’emporter, il m’a dit : « quand on va gagner la Coupe, parce que tu es l’un de mes capitaines, je veux que tu ailles la chercher.» C’était une énorme marque de confiance à mon endroit alors que quelques semaines plus tôt, j’étais encore sur la touche.

Il avait parfois l’air méchant, peut-être même bourru, mais il faisait tout pour ses joueurs. C’est le meilleur entraîneur pour qui j’ai joué.

Propos recueillis par Maxime Tousignant