MONTRÉAL – Personne n’avait vu venir l’arrivée de Sid Spiegel et Gary Stern à titre de nouveaux propriétaires des Alouettes de Montréal. À la lumière du premier contact avec Stern, leur style de gestion s’annonce légèrement contradictoire.

Stern a prétendu que lui et son partenaire (son beau-père) laisseraient une grande autonomie au futur président, au futur directeur général et à l’entraîneur-chef Khari Jones.

« On va gérer le tout de manière très privée, c’est ainsi qu’on agit dans la vie. D’ailleurs, c’est la manière dont ce club doit être opéré, il doit être géré par un président, un directeur général et un entraîneur. Ce sont les experts, je ne suis qu’un partisan. On veut s’amuser et la meilleure façon demeure d’embaucher les meilleurs candidats. Ce sera géré de manière indépendante de nous », a-t-il annoncé.

En général, c’est de la musique aux oreilles de Jones.

« Oui, c’est juste du positif. Ce sont des hommes qui ont du succès en affaires et ce n’est pas pour rien. C’est agréable d’entendre qu’ils veulent nous supporter tout en nous laissant accomplir notre travail. Ça m’excite et on dirait que c’est un choix idéal après un long processus. C’était le plus important de dénicher les bons candidats », a mentionné l’entraîneur. 

Toutefois, Stern n’a pas pu s’empêcher de lancer plus d’une fois qu’il souhaitait remporter la coupe Grey dès la saison 2020. Son ambition ne fait aucun doute, mais elle n’évite pas une dose de pression sur les dirigeants du volet sportif.

« Khari, je suis désolé de le dire, mais on va gagner la coupe Grey en 2020! Je ne demande pas une fiche de 18-0, mais on va réussir », a lancé Stern qui s’est rapidement débarrassé de sa gêne de s’exprimer en public.

Le grand patron des Alouettes assure tout de même que la patience sera au rendez-vous.

« On sera les propriétaires les plus patients tout en s’entendant à du succès et de la passion du président, du directeur général et de l’entraîneur pour envoyer la meilleure équipe sur le terrain. C’est à eux de trouver la façon d’y arriver. Si ça ne fonctionne pas, au moins les partisans devront pouvoir se dire qu’ils ont tout essayé », a cerné l’homme d’affaires.

Une excellente première impression

Cette passion, elle est au cœur du discours de Stern. Selon lui, la compétence et la passion peuvent ramener les Alouettes au sommet de la LCF sous peu.

«J’ai un plan de trois ans et je crois que ça peut s’accomplir encore plus vite. Je pense aux programmes de football des universités du Québec et aux nombreux amateurs de la province. Dans un sens, le Rouge et Or a surpassé les Alouettes quant à la passion. Voilà ce que les Alouettes doivent viser et ils ont commencé à le faire la saison dernière en jouant de manière passionnée », a noté Stern sans craindre ce verdict.

Habitué de bâtir de grandes entreprises, Stern comprend que l’ascension des Alouettes doit s’effectuer avec des objectifs ambitieux à l’extérieur du terrain également. La formation montréalaise mérite, à moyen terme, de posséder des installations d’entraînement, des bureaux mieux adaptés à ses besoins et ensuite un stade élaboré aux standards actuels.

Aussi étonnant que ça puisse paraître, Stern et Spiegel n’avaient pas visité le stade Percival-Molson ni les bureaux de l’équipe avant de conclure la transaction. Stern devait effectuer ce tour d’horizon lundi après-midi.

« On a acheté cette équipe et ça s’est passé rapidement. Je promets une organisation de première classe et ça inclut de meilleures installations d’entraînement et avoir une vraie maison sauf que ça ne fait que trois semaines, j’ai besoin de temps. Mais oui, on est ici à long terme et on sait que de nombreuses améliorations doivent être effectuées », a d’abord réagi Stern.

Relancé plus précisément sur le stade désuet à quelques égards pour une équipe professionnelle, Stern a été honnête. 

« Si le stade peut accueillir autour de 23 000 spectateurs et que l’équipe attire environ 18 000 personnes aux matchs. Est-ce que je devrais bâtir un nouveau stade de 35 000 sièges ou plutôt bâtir nos assistances, remplir le stade et ensuite ériger un nouveau domicile? Oui, on veut le faire, mais on a besoin du support de chacun. On n’a aucun problème à investir dans un nouveau stade si ça rapporte », a déterminé Stern qui ne veut tout de même engloutir des millions trop vite.

Le dossier est revenu sur le sujet une troisième fois et il a fini par en dire davantage. 

« Pour être honnête, on aura besoin un jour de notre propre maison et de nos propres installations pour les entraînements, mais je ne peux pas donner une date présentement. Je pense même à la situation de la salle de musculation, les joueurs doivent se déplacer pour s’entraîner », a-t-il admis.

Une bonne manière de commencer à renflouer les coffres de l’entreprise serait de présenter la coupe Grey à Montréal. Par contre, la LCF ne veut pas déroger à sa politique qui passe par un dossier de candidatures.

« Ce que ça me dit, c’est qu’on doit déposer notre candidature et on va obtenir la présentation de la Coupe Grey. Vous pouvez le dire ! », a lancé Stern en entendant la précision du commissaire Randy Ambrosie laissant croire qu’il est prêt à investir une somme importante.

Stern et Spiegel n’ont pas exploré les installations des Alouettes avant de s’engager, mais ils ont épié les chiffres de l’équipe. Ils savent que le club a perdu plusieurs millions au fil des dernières années, mais ils ne craignent pas le tout.

« Oui, les Alouettes ont perdu beaucoup d’argent, mais ça ne nous effraie pas. On n’a pas fait ça pour gaspiller de l’argent, mais on a les ressources financières nécessaires. On est ici à long terme et ce sera un bon investissement. De plus, on aura du plaisir », a déclaré Stern.

« On est de bons hommes d’affaires. On n’a pas acheté ce club cette année en s’attendant à faire de l’argent tout de suite. Sid est un visionnaire. La LCF existe depuis toujours et elle ne va pas disparaître. Au contraire, ça grandit », a-t-il enchaîné.

Stern a ensuite confirmé que lui et Spiegel détiennent des entreprises nettement plus lucratives qu’une équipe de la LCF. Ils ont fait ce geste par passion du sport. Ambrosie a d’ailleurs souligné qu’ils ont cherché à conclure une transaction équitable pour les deux clans au lieu de penser uniquement à leur poche.

Des leçons à tirer du processus

Le commissaire Ambrosie s’avère un excellent politicien dans ses réponses. Ainsi, lorsqu’il admet que le processus de la vente des Alouettes a été difficile, on comprend que ce fut pénible à plusieurs égards.

« On apprend toujours des choses, on va réfléchir sur ce qu’on a bien fait et ce qu’on aurait voulu mieux faire. On veut surtout que Gary et Sid mènent ce club à un haut niveau de succès. Pour ne pas revivre une situation comme la tutelle d’un club, on doit travailler ensemble et je cite la NBA comme exemple dont les organisations collaborent ensemble pour que leur sport se démarque tout en rivalisant sur le terrain. On doit adopter une approche similaire », a souhaité Ambrosie qui dit avoir discuté avec sept à dix groupes d’acheteurs pour les Alouettes.

Le soulagement d’Ambrosie est considérable et c’est aussi le cas pour l’entraîneur des Oiseaux. 

« Quand quelque chose s’éternise comme ça à un niveau supérieur, ça enlève l’accent de ce qui se passe sur le terrain. En ayant maintenant un nouveau propriétaire, c’est bien pour la province et pour l’équipe. On peut désormais aller de l’avant. Oui, il reste le président et le directeur général, mais tout devient plus facile », a convenu Jones.

Ce processus a mené à la sortie de Patrick Boivin, l’ancien président des Alouettes. Selon ce qu’on a pu se faire confier, Boivin, sans être parfait, a plus d’une fois tenu son bout devant la LCF notamment pour remercier Mike Sherman et pour se débarrasser de Kavis Reed. 

« On a pris cette décision quand on détenait l’équipe. Il est un gentilhomme qui travaille très fort. Mais la réalité était qu’on devait insuffler un renouveau à cette organisation. On doit reconnecter avec le milieu des affaires et la communauté. Parfois, la réponse demeure d’adopter une nouvelle perspective. Gary pouvait ainsi choisir sa propre personne. On pensait que c’était dans le meilleur intérêt du club d’avoir une page blanche pour les personnes de confiance », a justifié Ambrosie.

Jones souhaite à Stanback de rester dans la NFL

En terminant, c’était écrit dans le ciel que le porteur de ballon William Stanback allait convaincre une équipe de la NFL de miser sur lui alors qu’il s’est entendu avec les Raiders. Quelles sont les probabilités de le revoir à Montréal ? 

« J’espère qu’elles sont mauvaises. Je souhaite qu’il reste avec les Raiders, qu’il soit une vedette et qu’il empoche des millions. Il a été pas mal populaire donc on avait une idée qu’il obtiendrait sa chance et je suis très heureux pour lui. Je suis toujours content quand des athlètes peuvent maximiser leur potentiel dans un milieu avec des carrières si courtes. S’il revient, ce sera un boni », a conclu Jones.