samedi, 1 sept. 2012. 05:57

Tout était en place pour assister à un choc des titans vendredi au Stade Percival-Molson et nous n'avons pas été déçus lors de cet affrontement entre la meilleure attaque et la meilleure défensive.

Les Alouettes ont affronté des défensives moyennes cette saison et, après la rencontre face à Hamilton la semaine dernière, on se demandait si les hommes de Marc Trestman pouvaient s'imposer en attaque contre une grosse défensive. On a maintenant eu notre réponse. Les mêmes questions se posaient pour l'unité défensive, et face au quart Travis Lulay, l'unité montréalaise a fait le boulot.

Les Alouettes ont gagné la partie 30-25, mais on n'a pas le droit d'enlever une once de crédit aux Lions de la Colombie-Britannique, qui ont offert une grosse opposition. À mes yeux, c'était un match digne des éliminatoires entre les deux meilleures formations du circuit. La partie de vendredi ne fait que me conforter dans ma prédiction d'avant-saison quand j'avais prédit que ces deux clubs allaient croiser le fer pour la 100e coupe Grey en novembre à Toronto.

Les Lions n'avaient pas donné de touché à leurs 247 dernières minutes, et dès les premiers instants de la rencontre, les Alouettes ont traversé le terrain pour aller inscrire un majeur. Anthony Calvillo et son attaque ont donné le ton en envoyant un message sans équivoque à leurs adversaires. On a vu un Calvillo entrer dans ses passes avec confiance et on s'est vite rendu compte que le plan de match était le bon. Il ne faut pas oublier que les Alouettes jouaient sans les services de Jamel Richardson, Brandon London et Trent Guy, trois receveurs de passes qui sont habituellement des partants. Il a donc fallu modifier le plan de match et en aucun moment on n'a vu des formations à cinq receveurs. Les Alouettes, qui jouaient plutôt avec des ailiers rapprochés, des centres-arrière et des joueurs de ligne supplémentaire, ont dû concocter un cahier de jeux totalement différents, et ce, avec beaucoup de succès.

La ligne offensive a réussi à protéger Calvillo contre un front défensif dominant. Et même avec la pression, le quart des Alouettes a donné l'impression d'être plus confiant avec son jeu de pied en esquivant la pression ou encore en rallongeant un jeu pour compléter une passe et guider les siens vers la zone des buts.

D'autres joueurs ont aussi connu une grosse partie, comme S.J. Green, Éric Deslauriers et Brandon Whitaker, qui a inscrit trois touchés. Que dire de Victor Anderson qui a inscrit un majeur de toute beauté avec une portée spectaculaire. Il a franchi quatre verges pour passer la ligne des buts, mais je pense que ce furent les quatre verges les plus durement gagnées après être parvenu à résister à trois ou quatre plaqués. L'attaque a fonctionné à plein régime et c'était impressionnant à voir.

On avait l'impression qu'il n'y avait plus de records à la portée de Calvillo, mais il lui en restait encore un à abattre. Vendredi, il est devenu le premier quart de l'histoire de la LCF à obtenir au moins 300 verges par la passe, et ce, dans un huitième match de suite. Il a doublé Doug Flutie, avec qui il partageait le record. Bien des gens pensaient que la série de Calvillo allait s'arrêter à sept parce que les Alouettes jouaient contre les Lions. Mais non, il continue à impressionner malgré ses 40 ans. Historiquement, Calvillo éprouve des ennuis contre cette défensive, mais ça n'a pas été le cas cette fois.

En défensive, je continue à être impressionné parce que chaque semaine, on dit que cette unité a joué son meilleur match et pourtant, elle arrive encore à faire mieux la semaine suivante. C'est un excellent signe, car ça veut dire que la progression se concrétise toutes les semaines. On avait beaucoup d'inquiétudes en début de saison et avec raison étant donné l'implantation d'un nouveau système sous la férule du nouveau coordonnateur Jeff Reinebold. Les gars avaient l'air perdu sur le terrain au début de la saison et on se posait des questions.

De semaine en semaine, la défensive a repris ses couleurs. On voit la tertiaire se resserrer en couverture de zone et la pression se rend finalement au quart adverse. Il n'y a pas eu beaucoup de sacs vendredi, mais la pression a été continuelle sur Lulay. Ç'a été la clé et on l'a vu sur le dernier jeu du match, où il a tenté de rejoindre Arland Bruce alors que Billy Parker faisait une belle couverture, mais Lulay a lancé une passe courte parce qu'il sentait la pression et il a été obligé de lancer sur son pied arrière.

Je pense qu'en début de saison, Reinebold a voulu en montrer trop à ses joueurs. À mes yeux, c'était trop compliqué pour amorcer la saison. Avec le temps, les gars ont compris le système et ça fonctionne, ce qui a peut-être coûté des victoires, mais les résultats sont au rendez-vous maintenant. La défensive est féroce, agressive et surtout très robuste. Au football, l'aspect robustesse est tellement important parce que le facteur intimidation est significatif dans un match. Quand les receveurs de passes craignent d'aller au centre du terrain parce qu'ils ont peur de se faire frapper solidement, ça les fait hésiter et ça aide les Alouettes.

Mon seul point noir au tableau, ce sont encore les unités spéciales qui offrent des performances en dents de scie. On a vu une amélioration durant quelques matchs, mais vendredi, si les Lions sont demeurés dans la partie, c'est en raison des ratés des unités spéciales. Tim Brown a réussi de gros retours pour les Lions, ce qui a placé son équipe en bonne position sur le terrain. Heureusement, la défensive a tenu le fort et les Lions ont dû se contenter de placements.

Chez les Alouettes, je n'ai pas compris pourquoi on avait fait appel à Jayson Foster pour effectuer les retours de botté, lui qui est avec l'équipe depuis moins d'une semaine. C'est un produit de Georgia Southern qui n'avait jamais joué un match dans la LCF. Je me demande même s'il avait déjà vu un match de cette ligue! Pourtant, Trestman misait sur Bo Bowling, Victor Anderson et Brian Bratton, qui ont déjà prouvé leur talent à ce niveau.

On voyait que Foster ne semblait pas savoir où aller sur le terrain. Parfois, il avait beaucoup d'espace devant lui et plutôt que d'en prendre avantage, il tentait de gagner du terrain du côté large pour finalement arrêter et rebrousser chemin. Quand on est un retourneur, il faut penser vite, prendre une décision et l'assumer. Il faut éviter les hésitations. J'ai l'impression qu'il voulait réaliser un gros jeu dès son premier match.

Les Alouettes et les Lions vont vivre une situation unique au football puisqu'ils vont croiser le fer dès la semaine prochaine à Vancouver. Deux parties en deux semaines. On ne voit pas ça dans la NFL ou dans la NCAA à moins que les deux clubs terminent le calendrier régulier l'un contre l'autre avant de s'affronter en éliminatoires.

Le football est un jeu d'échecs et exige beaucoup de planification et de stratégies. Habituellement, les entraîneurs analysent le dernier match de leur adversaire, mais cette fois l'adversaire est le même que la semaine précédente. Pour les joueurs, c'est bon parce que ça simplifie les choses parce qu'ils ne sont pas forcés d'étudier les tendances de l'autre équipe, mais pour les entraîneurs, il s'agit d'un méga casse-tête. J'estime que Trestman avait déjà planifié cette deuxième partie face aux Lions et qu'il va tenter de les surprendre. Je suis convaincu qu'il n'a pas dévoilé tout son cahier de jeux vendredi. Ce qui risque d'être intéressant pour les Alouettes, c'est le retour au jeu de Richardson et peut-être Guy, ce qui permettra d'utiliser de nouvelles formations que les Lions n'auront pas encore vues.

Un autre élément d'importance à considérer est que la partie sera présentée à 16 heures, heure de l'Est. Ça veut dire qu'il sera une heure pour les Lions à Vancouver et 16 heures pour le corps des joueurs des Aloeuttes, qui pourront lutter à forces égales. Ce sera la première fois depuis 1996 que les deux équipes vont s'affronter au BC Place sans être affectée par le décalage horaire. J'ai toujours trouvé que c'était injuste de faire jouer une équipe de l'Est à 19 heures à Vancouver. Les visiteurs ont plutôt l'impression qu'il est 22 heures et quand arrive le troisième ou le quatrième quart, c'est comme jouer une partie la nuit pour les visiteurs, qui sont épuisés. Ce n'est donc pas pour rien si les Alouettes n'ont pas gagné au stade des Lions depuis 2000 à l'époque où Pierre Vercheval était encore dans l'équipe. Finalement, le tir a été ajusté et c'est une bonne chose.

Propos recueillis par Robert Latendresse