Coupe Grey. Toronto. 27 novembre 1954. Les Alouettes mènent 25 à 20 et se retrouvent au 10 des Eskimos d'Edmonton avec trois minutes à jouer dans le match. Le quart Sam Etchdeverry tente soudainement une latérale à Chuck Hunsinger. Ce dernier ne peut capter le ballon. Les officiels décident qu'il s'agit d'un échappé. Le demi défensif Jackie Parker ramasse le ballon et traverse tout le terrain pour marquer le touché égalisateur. La transformation assure la victoire aux Eskimos, 26-25.
Faudrait spécifier qu'au football canadien un touché ne valait que cinq points à l'époque. Défaite crève-coeur. La plus dramatique non seulement dans l'histoire des Alouettes, mais également dans l'histoire des matchs de la coupe Grey.
Jackie Parker, demi défensif? En ce temps-là, plusieurs joueurs jouaient dans les deux sens. Tels Hal Patterson avec les Alouettes. Demi offensif et demi défensif. Parker, super quart-arrière des Eskimos et demi défensif à l'occasion. Cette fois-là, Jackie se trouvait au bon endroit au bon moment. Le pire, c'est que les Alouettes et les Eskimos se sont retrouvés au match de la coupe Grey les deux saisons suivantes, en 1955 et 1956. Les moins jeunes et partisans des Alouettes s'en souviennent. Leurs favoris avaient subi la défaite chaque fois.
De bons et de mauvais souvenirs
Lors d'une fête organisée en mon honneur dans le Nord de Montréal à l'occasion de mon 70e anniversaire de naissance, il y a dix ans, Gilles Archambault, qui a joué 13 ans dans la Ligue canadienne avec Calgary, les Alouettes et les Rough Riders d'Ottawa, m'en avait raconté des vertes et des pas mûres de ses souvenirs de carrière. Tout un numéro, "cette armoire à glace" de 6'3" pesant 280 livres né à Chambly le 9 juin 1934. Il n'avait pas peur de son ombrage, c'est sûr et certain, comme on dit aujourd'hui. "J'avais joué avec les Bulldogs de Verdun, avant d'être repêché par les Stampeders de Calgary, alors que je fréquentais l'Université d'Ottawa. Mon séjour à Calgary a été de courte durée et tu comprendras pourquoi Jaypee. On avait un bon club en 1956. Crois-moi. On a gagné nos huit premiers matchs et perdu les huit suivants pour rater les éliminatoires par deux points.
"Le propriétaire du club, Monsieur McMahon, un bon gars, avait organisé un party à la fin de la saison pour nous aider à oublier nos déboires et à passer un bon hiver. L'idée n'était pas vilaine, sauf que la soirée a mal tourné, quand le piano à queue de Monsieur McMahon s'est soudainement retrouvé dans sa piscine. Ce sont des choses qui arrivent. Toujours est-il que la saison suivante je me suis retrouvé à Montréal, avec les Alouettes. Les résultats n'ont guère été plus concluants. Là encore, je n'ai pas duré longtemps. L'entraîneur-chef, "Peahead" Walker n'aimait pas tellement les joueurs canadiens et pour comble de malheur, j'ai subi une fracture d'un bras au camp d'entraînement. Je fus tout de même le dernier à être retranché au camp. J'ai alors frappé à la porte des Rough Riders d'Ottawa avec lesquels j'ai joué dix ans" de se rappeler Gilles.
Puis il continua. "Durant mon séjour dans l'Ouest du pays, j'ai pu apprécier Jackie Parker à sa juste valeur, car j'avais l'occasion de le voir jouer souvent. Jackie jouait dans les deux sens. Comme quart, il était impeccable. Il pouvait tout faire sur un terrain de football. Il avait un bon porteur de ballon en Normie Kwong et savait exploiter ses talents. Dans moln livre, il fut le meilleur de tous, conduisant les Eskimos à trois conquêtes de suite de la coupe Grey en 1954, 55 et 56, contre les Alouettes chaque fois. À Ottawa, nous avions un bon club avec les quarts Frank Tripucka, Babe Parilli et Russ Jackson, ce dernier le meilleur joueur canadien de l'histoire. Mais celui qui m'a le plus aidé et impressionné fut le mari de l'ancienne skieuse olympique Lucille Wheeler, Kay Vaughan. Non seulement un Monsieur, mais un joueur très utile à son club. Il nous a aidé à gagner la coupe Grey en 1960, une saison que je n'oublierai jamais, car j'avais réussi deux touchés, récupérant des ballons échappés par l'adversaire CHAQUE FOIS.
Triste fin de carrière
La carrière de Gilles Archambault a pris fin sur une triste note à Montréal lors d'un match contre les Alouettes. "J'avais été accusé d'avoir blessé l'excellent porteur de ballon des Alouettes, Don Clark, en le frappant aux reins après le coup de sifflet des officiels. Sur le premier jeu du match suivant entre les Alouettes et les Rough Riders, à Ottawa cette fois, on m'a remis la monnaie de ma pièce, en m'infligeant une triple fracture d'une jambe et du genou sur ce qu'on appelle un "trap play". C'est l'entraîneur des Alouettes, Perry Moss, qui avait préparé le coup. Ma carrière venait de prendre fin. Mais je ne regrette rien, surtout mes dix ans passés à Ottawa", conclut-il.
À sa retraite, Gilles, marié à Gracilda Orlando, a travaillé pour Alban Cadieux de Campeau Corporation et pour Ciment St-Laurent, avant de se lancer dans l'élevage des chevaux de courses. Il s'était acheté une ferme dans la région de Gatineau et est devenu président de l'Association des éleveurs de chevaux standerbred. Je ne l'avais pas vu depuis six ou sept ans, quand j'ai appris le mois dernier que mon ami avait été emporté par un cancer à l'âge de 75 ans.