Quand on fait l'autopsie de la première défaite de la saison des Alouettes, la première chose qui saute aux yeux est la blessure subie par Anthony Calvillo.
Mais Anthony, il faut le rappeler, ne connaissait pas un début de match canon avant d'être mis hors de combat par un plaqué de Dario Romero. À ce moment, les Riders menaient 14-10 et avaient fait du bon travail pour contrer les efforts du vétéran quart-arrière.
On s'est rendu compte que Calvillo n'est pas différent des autres athlètes à sa position. Il n'aime pas se faire frapper, pas plus qu'il aime devoir constamment bouger pour sauver sa peau. Dimanche, on l'a rejoint tôt dans le match et il n'a jamais pris son rythme. À un certain moment, il a été victime de cinq passes incomplètes consécutives. Après leur première séquence offensive du match, les Alouettes ont eu trois possessions de suite qui se sont soldées par un botté de dégagement après deux jeux infructueux.
Tout n'était donc pas rose lorsque Calvillo était derrière le joueur de centre pour s'attaquer à la défensive des Roughriders, mais il demeure néanmoins le meilleur joueur de la Ligue canadienne. C'est donc normal que les données aient changé quand il a été forcé de quitter la rencontre.
Il ne faut pas s'attendre à un miracle quand un quart-arrière réserviste entre dans la mêlée. Ces gars-là ne font généralement que de la préparation mentale et ne touchent pratiquement jamais au ballon pendant les entraînements lors de la semaine précédant un match.
Ce n'est donc pas surprenant si Adrian McPherson a paru hésitant lorsqu'il a été appelé à venir en relève à Calvillo. Il avait de la difficulté à décoder ce que les Riders lui montraient. Après un certain temps, toutefois, on l'a vu retrouver son rythme. Il s'est calmé et a commencé à comprendre ce que l'adversaire lui présentait.
Au quatrième quart, il a fait progresser son unité de belle façon et a permis aux Alouettes d'inscrire des points au tableau. Finalement, on peut presque dire que les Alouettes ont manqué de temps. Avec cinq minutes de plus, peut-être qu'ils gagnaient ce match-là.
Finalement, peut-être que si Calvillo se blesse un peu plus tôt, les Alouettes sont toujours invaincus au moment où vous lisez ces lignes...
Mais je blague, voyons!
Unités spéciales : le même refrain
Le deuxième facteur qui a mené à la défaite des Alouettes, c'est encore les unités spéciales.
Dans ma chronique précédente, j'avais senti le besoin de les rebaptiser les unités « pas trop spéciales ». Cette semaine, je n'ai d'autre choix que de les faire graduer au rang d'unités « ordinaires ».
Leurs déboires ont commencé sur le tout premier jeu du match avec la confusion entre Tim Maypray et Diamond Ferri. Le résultat final a été malgré tout pas si mal, mais les deux retourneurs sont entrés en collision. On a ensuite accordé un long retour aux Riders et on a continué à écopé de nombreuses pénalités, dont certaines étaient purement le fruit d'une indiscipline impardonnable. Le problème est présent depuis le début de l'année et il s'est fait sentir plus que jamais lors de la visite des Roughriders.
Avant le match, les Alouettes avaient été victimes de 30 pénalités. Du nombre, la moitié était la responsabilité des unités spéciales : huit sur des couvertures de bottés et sept sur des retours de botté. Dimanche, ça ne s'est pas amélioré, au contraire! C'était le festival du fanion quand un botteur était sur le terrain. Les Alouettes ont donné 30 verges à l'adversaire sur un seul jeu. Sur un autre, ils en ont concédé 25.
Évidemment, les Riders en étaient récompensés par un positionnement sur le terrain très avantageux. Eux qui s'étaient pointés à Montréal avec une attaque qui en arrachait, voilà que l'équipe locale les aidait à sortir de leur marasme en raccourcissant la surface qu'ils devaient couvrir pour marquer des points. Pas besoin d'avoir fait de hautes études en mathématiques pour comprendre qu'il est plus facile d'inscrire des points au tableau quand 50 verges, au lieu de 100, nous séparent de la zone des buts.
Des bottés de dégagement trop courts. Des bottés d'envoi pas assez haut. Tout ça a continué de plus belle. C'est le même disque qui joue depuis le début de la saison. Je ne veux pas m'époumoner à vous le répéter à chaque semaine, mais ça demeure la réalité.
Défensive : les mauvais coups font de l'ombre aux bons
La défensive des Alouettes a également été victime de quelques crampes au cerveau.
On n'a qu'à penser au touché de Weston Dressler, un jeu de 75 verges qui donnait les devants 14-10 aux Riders. Je n'étais pas dans le caucus, mais tout semble indiquer que Dwight Anderson a laissé filer son receveur en pensant qu'il s'agissait d'un jeu au sol.
Erreur mentale.
Combien de fois a-t-on vu Darian Durant faire la dérobade du quart et déborder le front défensif des Alouettes? Il a effectué sept courses pour des gains de 71 verges. Les deux dernières, sur des distances de 16 et 15 verges, sont survenues sur la dernière séquence des Riders, qui a mené aux trois points qui ont fait la différence dans le match.
J'ai de la difficulté à comprendre comment on a pu se faire endormir de la sorte par Durant. Tout le monde sait qu'il est mobile, très dangereux avec ses jambes, et il n'avait pas couru beaucoup depuis le début de la saison. Bref, il était dû et j'ose croire que les entraîneurs avaient averti les joueurs.
En tout, on a donné 169 verges au sol. Wes Cates a réussi une course de 23 verges, Hugh Charles une autre de 26 verges. De véritables autoroutes s'ouvraient parfois devant eux.
La dernière séquence payante des Riders a été gardée en vie deux fois par des pénalités à Étienne Boulay et Dwight Anderson. Et c'est finalement les trois points qui en ont résulté qui ont changé toute la dynamique du match.
Dommage, parce que dans l'ensemble, la défensive n'a pas livré une mauvaise performance. Longtemps, c'est elle qui a tenu le fort et qui a limité les dégâts. Mais malheureusement, ses quelques erreurs se sont avérées cruciales.
Bravo aux Riders!
Par contre, il faut absolument parler des Riders. Ils sont arrivés à Montréal et ils ont joué pour gagner. Ils ont joué avec plus d'intensité et ils ont brassé les Alouettes. La tactique a d'ailleurs été mal digérée par l'équipe locale, qui est tombée dans le piège de l'indiscipline.
Les Riders, eux, sont arrivés en ville avec l'arsenal complet. Ils ont tenté des jeux truqués, des doubles jeux renversés... on voyait qu'ils avaient décidé d'essayer des nouvelles choses. Sur les jeux au sol, ils avaient de nouvelles formations avec des joueurs de lignes supplémentaires et des blocs pièges au centre du front défensif qui ont mené à de belles courses.
La défensive des Riders a aussi eu son mot à dire dans la victoire. Son plus gros jeu, évidement, a été le plaqué de Romero qui a aplati Calvillo sur la pelouse pour mettre fin à sa soirée de travail. N'allez surtout pas chercher de bibittes : le jeu était parfaitement légal. Calvillo a décidé d'être courageux et d'effectuer sa passe même si je suis convaincu qu'il voyait son ancien coéquipier du coin de l'œil. Il s'est tout de même rendu vulnérable et en paie aujourd'hui le prix.
Direction Hamilton
La bonne nouvelle pour les Alouettes, c'est qu'ils n'ont pas le temps de s'apitoyer sur leur sort puisqu'ils joueront leur prochain match vendredi. Tous les sportifs vous le diront : après une contre-performance, tu veux retourner sur le terrain le plus rapidement possible et les Als ont la chance de le faire alors qu'ils se préparent déjà pour un petit voyage à Hamilton.
C'est une rencontre intéressante à plusieurs points de vue. D'abord, c'est une confrontation contre un rival de section. Il s'agit également des retrouvailles avec Avon Cobourne. Et les Tiger-Cats ont le vent dans les voiles, eux qui ont remporté leurs deux derniers matchs.
Les Alouettes pèteront-ils encore une fois leur balloune, comme ils l'ont si souvent fait au fil des ans? Ce sera un gros test pour les Alouettes, qui n'auront eu que cinq jours pour récupérer et se préparer adéquatement.
On ignore aussi ce qui arrivera avec Calvillo, mais à ceux qui pensent que son absence enlèverait toute chance de victoire aux Alouettes, j'aimerais rappeler que l'an dernier, le 11 septembre 2010, un certain Adrian McPherson avait mené l'équipe à une victoire de 27-6 à Hamilton. Il avait complété 21 de ses 37 passes pour des gains de 238 verges avec une passe de touché et une interception. Mais surtout, il avait couru 16 fois pour une récolte supplémentaire de 121 verges.
McPherson sait donc de quoi il est capable à Hamilton. Vous le savez maintenant vous aussi. Voyons voir si l'occasion se présentera de répéter ses exploits.
Propos recueillis par Nicolas Landry.






