mardi, 5 févr. 2013. 16:34

Connaissez-vous la recette pour gagner le Super Bowl? Et bien, il semble que votre quart-arrière doit affirmer qu’il appartient à l’élite du circuit. L’an dernier, Eli Manning avait remporté le Super Bowl après une telle déclaration et ce fut au tour de Joe Flacco cette année.

Malgré l’ampleur du rendez-vous, Flacco a continué d’impressionner et il a confirmé ce qu’il avait accompli depuis le début des éliminatoires. On se demandait s’il allait pouvoir être aussi bon durant le plus gros match de l’année et il n’a pas déçu avec trois passes de touché tout en évitant les interceptions.

J’ai encore apprécié son calme et son sang-froid et c’est un peu pour cela que je le compare à Eli maintenant. Un peu comme ce dernier, je trouvais que Flacco manquait un peu d’émotion dans les dernières années, mais il faut croire que c’est devenu important dans les matchs cruciaux parce qu’on a vu que le Super Bowl ne semblait pas trop gros à gérer pour lui.

À l’image de son équipe, Flacco a été le plus à l’aise en début de rencontre et les Ravens ont pu jouer à la hauteur de leur potentiel contrairement aux 49ers qui ont encore une fois connu un mauvais départ.

Flacco a même démontré une certaine mobilité en échappant à la pression pour compléter des passes spectaculaires. À mon avis, son accomplissement le plus impressionnant demeure d’avoir excellé dans les moments déterminants.

Dans la NFL, les quarts méritent leur salaire grâce à leurs résultats sur les troisièmes essais. Selon l’expression anglophone, on dit que c’est le money down autant en attaque qu’en défense, c’est là que tu dois gagner les batailles.

En fait, c’est difficile de battre les chiffres de Flacco avec sept passes complétées en 10 pour 158 verges et deux touchés! C’est assez incroyable car ce sont très souvent des situations évidentes pour une passe. L’adversaire le sait, les spectateurs le savent… Bref, les quarts élites doivent être capables de réussir leur passe même quand tout le monde s’y attend.

Évidemment, son groupe de receveurs a été brillant à l’exception de quelques passes échappées. Anquan Boldin, l’homme aux mains d’acier, a été tout simplement sublime. On dirait que tu n’as qu’à lancer en sa direction pour réussir ton coup, il sort toujours avec le ballon.

Vous n’avez sans doute pas oublié son touché de 56 verges à Jacoby Jones en première demie sur un 3e et 10, mais il a été encore plus efficace sur le 3e essai et 1 au quatrième quart quand il a repéré Boldin pour continuer la séquence et gruger des minutes précieuses au cadran. Il a même changé le jeu à la ligne d’engagement et sa passe était parfaite. Chose certaine, ça prenait du cran pour lancer dans cette minuscule ouverture et Boldin mérite une tonne de crédit aussi pour cet attrapé. À ce propos, c’est génial pour Boldin car il avait quitté les Cardinals où il était le deuxième violon derrière Larry Fitzgerald.

Gestion presque parfaite des Ravens

Il faut lever notre chapeau aux Ravens qui ont très bien géré l’expérience du Super Bowl venant avec un énorme stress. Ils sont demeurés calmes tout au long de la semaine, dont avec les médias, et ils n’ont pas été trop impressionnés par le moment.

C’était un peu différent du côté des jeunes Niners qui semblaient plus tendus en abordant ce match comme de la business. Les Ravens ont trouvé le moyen d’apprécier l’expérience et de bien doser leurs émotions. Oui, c’est du travail mais tu dois aussi t’amuser et relaxer par moments. Je pense que tout cela a paru et surtout en première demie.

Ce qui est frustrant pour San Francisco, c’est bien sûr leur mauvais départ. Ils devront trouver une façon de corriger cette coûteuse lacune. Ils ont remonté un déficit de 17-0 contre Atlanta, mais le 28-6 contre les Ravens s’est avéré trop imposant. Dommage, car ils ont été rattrapés par cette faiblesse dans le plus gros match de l’année.

Dès le départ, leur performance a été décevante avec une pénalité sur le premier jeu offensif annulant un gain de 20 verges. C’est inconcevable que Vernon Davis soit pénalisé sur une formation illégale quand on pratique la première séquence offensive depuis très longtemps. Je suis convaincu que les entraîneurs ont insisté là-dessus durant les dernières réunions d’équipe.

La première séquence a été affreuse si bien que John Harbaugh a gagné son pari du tirage au sort. Il a décidé de ne pas prendre le ballon et il fait souvent cela. En agissant ainsi, il envoie sa défense sur le terrain pour commencer le match et il se dit que si son équipe stoppe l’adversaire, il profitera déjà d’un bon positionnement sur le terrain pour gagner cette bataille.

C’est exactement ce qui est arrivé et ce plan a donné le ton avec le touché de Boldin qui a suivi. D’ailleurs, je dois féliciter John Harbaugh pour son travail, il a très bien dirigé ce match. Oui, il y est allé d’une décision osée avec un jeu truqué avec une course de son botteur. On dit souvent qu’on ne doit pas courir après les touchés en première demie et plutôt prendre les placements à sa portée, mais je peux comprendre son plan parce qu’un jeu truqué doit survenir dans un moment inattendu et c’était le cas.

Il faut préciser que Harbaugh n’a pas sorti ce jeu de son chapeau à la dernière seconde. Il en avait parlé avec sa troupe durant la semaine qu’il irait de l’avant si la situation désirée se présentait. Il avait aussi averti sa défense qu’il aurait besoin d’elle si la tentative avortait donc tout le monde était conscient du risque.

De plus, il lançait le message à ses joueurs qu’on jouait pour gagner et ce fut le cas durant toutes les éliminatoires. C’est un vote de confiance pour tes joueurs et ils apprécient cela au plus haut point.

L’autre décision que j’ai grandement apprécié, c’est de concéder le touché de sûreté à la fin. Les Ravens gagnaient par cinq et l’avance baissait à trois avec cette stratégie, mais il pouvait dégager le ballon à partir du 25. Ainsi, tu refoules l’adversaire loin dans son territoire et il ne peut pas demander l’immunité pour ensuite tenter une bombe en raison de la distance trop imposante. Ce jeu a aussi permis aux Ravens d’écouler sept ou huit secondes ce qui laissait seulement quatre secondes aux Niners et ils n’avaient d’autre choix que d’effectuer un retour de botté.

Pour les amateurs qui se demandent où étaient les infractions sur le touché de sûreté et bien je vous répondrai que les Ravens ont exploité une petite faille dans les règlements. On enseigne aux joueurs de tout faire pour que le botteur puisse écouler des secondes même si ça nécessite une prise de l’ours ou des plaqués illégaux…

Pourquoi, parce que quand tu commets une pénalité dans ta zone des buts, le résultat est un touché de sûreté donc ça revient au même. C’est frustrant pour l’autre équipe, mais le règlement est ainsi et ça devient une façon de jouer intelligemment.

Dans le fond, le seul moment que John Harbaugh a gaffé c’est pendant la panne d’électricité en devenant colérique. Il a perdu sa patience alors qu’on aurait plutôt parié sur son frère. Ce n’est peut-être pas directement relié, mais ce sont les Ravens qui ont mal réagi à la reprise de la partie et c’était clair que la panne a interrompu le momentum des Ravens (Rires).

Il faut quand même expliquer sa réaction parce que les Ravens avaient perdu la communication avec leurs entraîneurs sur la galerie ce qui n’était pas le cas du côté des Niners. Il craignait de perdre cet immense avantage et je peux comprendre sa frustration.

Parlant de la panne, quelle histoire invraisemblable. À 28-6, les Ravens venaient d’ébranler les Niners avec le touché de108 verges de Jacoby Jones. Les 49ers étaient dans les câbles et on sentait que le K.-O. approchait. Pourtant, ils ont été capables de se regrouper.

C’est fou comme ça change vite au football. San Francisco a amorcé la remontée avec le touché de Michael Crabtree. Ensuite, les Niners ont arrêté Baltimore en trois jeux dont avec le sac d’Ahmad Brooks. Ça s’est poursuivi avec les Ravens qui ont raté leur dégagement et Ted Ginn a sauté sur l’occasion. Son coéquipier Frank Gore a complété le travail avec un touché. Ce n’était pas tout, Ray Rice a commis un échappé sur la prochaine séquence ce qui a mené à un placement. Tout cela est survenu moins de sept minutes pour une récolte de 17 points! Le pointage est passé et de 28-6 à 28-23 pour transformer la confrontation en tout un match de football.

L’étincelle tardive des Niners

Dire que les Niners avaient seulement besoin de l’étincelle du premier touché… Malheureusement pour eux, il est arrivé au troisième quart. Pour mettre cela en perspective, San Francisco a cumulé 468 verges d’attaque et c’est la première équipe dans l’histoire du Super Bowl qui a eu un passeur de 300 verges, un porteur de plus de 100 verges et deux receveurs de plus de 100 verges en Davis et Crabtree.

Plus incroyable encore, 31 points marqués, c’est le plus haut total par un perdant au Super Bowl. Outre leur faux départ, ils ont réussi seulement deux touchés en six visites dans la zone payante. Leur finition a fait défaut comme sur la dernière séquence offensive avec un premier essai à partir de la ligne de sept verges.

C’est toujours plus facile pour nous de critiquer après les faits, mais le front défensif des Ravens était à bout de souffle, Haloti Ngata (leur plus gros morceau contre la course était blessé), le jeu au sol avait relancé l’attaque, Gore avait amené ton équipe à cet endroit. Pourtant, on confie le ballon à LaMichael James sur le premier jeu et trois passes pour suivre vers Crabtree.

Je m’amuse souvent à dire que quand tu essaies de trop truquer l’adversaire, tu finis par te truquer toi-même! Les Niners ont semblé se dire que les Ravens allaient prévoir une course donc nous allons courir. Sauf que ta force demeure la course et elle fonctionnait.

Disons que la sélection de jeux était ordinaire tout comme celle sur la transformation de deux points. Ils avaient sélectionné une passe à Randy Moss en lui demandant de battre un demi défensif agressif. Pourtant, c’était évident que Moss n’était pas combatif dans ce match. Résultat, il n’a même pas décollé de son point de départ alors le choix était douteux.

Colin Kaepernick en était seulement à son 10e départ dans la NFL et c’est peut-être à cet endroit qu’on a vu son manque d’expérience. Quand tu pars de la ligne de sept, ton terrain est minuscule pour réussir un touché donc la précision et le synchronisme doivent être parfaits puisque tout se passe plus rapidement.

Le converti de deux points est d’ailleurs un exemple de synchronisme. Le quart exécute des centaines de répétitions avec ses receveurs pour que ça fonctionne et on n’a pas vu la cohésion nécessaire dans ces situations.

C’était très similaire sur la dernière passe à Crabtree. Ce dernier jeu continue de faire jaser. Oui, les gens peuvent s’obstiner et dire que les arbitres auraient dû lancer un mouchoir envers Jimmy Smith. Je crois que les Ravens avaient retenu, mais les arbitres ont été constants durant tout le match en étant permissifs. Je pense à Flacco qui s’est fait frapper alors qu’il était sorti du terrain et j’ai vu beaucoup de punitions pour avoir retenu qui sont demeurées dans l’ombre.

Je ne dis pas que c’est la meilleure constance car on identifie souvent le football comme l’exemple pour vanter les arbitres qui imposent des punitions peu importe le moment ou l’endroit sur le terrain.

Mais je retiens quelques éléments pouvant expliquer la décision dont est-ce que la passe pouvait être captée ? Ensuite, Crabtree est celui qui initie le contact avec Smith qui défend le centre du terrain parce que c’est une couverture zéro si bien que le maraudeur quitte son poste au champ centre. La règle pour les demis de coin est de fermer le centre et Crabtree initie le contact pour pouvoir filer vers l’extérieur.

On dirait que Crabtree pensait à un tracé de passe et Kaepernick à un autre. Quand il pousse Smith et pivote vers l’extérieur, il semble s’attendre à une passe sur l’épaule arrière alors que Kaepernick lance plus profondément.

De plus, Crabtree ne s’insurge pas sur le terrain, il semble accepter de la façon dont ça s’est joué tandis que Jim Harbaugh est hors de lui comme à son habitude. Je présume que les partisans des Falcons se disent que c’était mérité pour les Niners. Je fais référence au plaqué hâtif de NaVorro Bowman sur Roddy White au quatrième essai et l’arbitre n’avait pas imposé de pénalité.

Dans le fond, c’est dommage qu’on assiste à une petite controverse en fin de match, mais les pénalités finissent souvent par s’égaler dans une année. Il faut quand même convenir que ce n’est pas ce jeu qui a coûté le match aux Niners; ils n’auraient jamais dû perdre 28-6 avant de se réveiller.

Le scénario est déjà écrit pour le film

Terminons comme il se doit en parlant de Ray Lewis. Il a obtenu sa fin hollywoodienne même s’il n’a pas joué un grand match. C’est clair qu’il n’est plus le joueur qu’il a déjà été en situation de passe. Il était vulnérable et on lançait contre lui quand il se retrouvait en situation un contre un. En couverture de zone, on lançait souvent son territoire et on a exploité ce filon.

Ce n’était pas sa meilleure partie, mais tu ne peux pas critiquer son effort, son intensité et son leadership. Il a été tellement utile entre les jeux pour rassurer ses coéquipiers, communiquer les informations, faire des ajustements…

Son rôle aura été important même si qualités de joueur diminuent. Je dis cela à la blague et avec un énorme respect car il s’avère l’un des plus grands, mais son meilleur jeu aura peut-être été de choisir face au tirage au sort.

C’est tout de même une fin parfaite parce que les Ravens ont obtenu la victoire en stoppant les 49ers avec un excellent travail défensif sur quatre jeux consécutifs. Tu ne peux pas trouver un meilleur scénario pour Lewis. C’est tout simplement la conclusion rêvée.

Les Ravens ont pu soulever le précieux trophée parce que la défense des Niners s’est effondrée. On savait que la tertiaire était vulnérable et la blessure à Justin Smith a exposé cette faiblesse. On savait qu’il était blessé au triceps et qu’il allait se faire opérer. Diminué, il n’a pu imposer beaucoup de pression et Aldon Smith a été aussi très timide n’étant pas à 100% non plus.

Les 49ers ont amassé deux sacs, mais Flacco a été sous pression seulement huit fois ce qui n’est pas suffisant. Bref, la tertiaire a écopé et il faut féliciter la ligne offensive des Ravens qui a tenu le coup.

Une tendance évidente à retenir

En terminant, pour une troisième année consécutive les champions du Super Bowl n’ont pas profité d’une semaine de congé au début des éliminatoires. Le scénario s’est produit avec les Packers, les Giants et maintenant les Ravens. La tendance est assez forte que c’est l’équipe qui joue son meilleur football qui l’emporte et non la formation la plus puissante sur papier.

Voici une statistique intéressante à ce propos. Sept des huit derniers champions du Super Bowl avaient moins de victoires en saison régulière que leur adversaire! Les Ravens avaient une fiche de 10-6 comparativement à 11-4-1 pour les 49ers.

Chers amateurs, c’était un plaisir de partager mes analyses avec vous au cours des derniers mois. Même si la NFL et la LCF sont en congé, je profiterai de vacances, mais je ne serai pas très loin en attendant des nouvelles d’importance comme celle du prochain entraîneur des Alouettes donc à bientôt!

Propos recueillis par Éric Leblanc