mercredi, 30 janv. 2013. 20:33

Finalement, le match ultime est arrivé! Avant de vous révéler mon humble prédiction, je dois vous dire que je ne pourrais guère m’obstiner avec un amateur qui se rangerait dans l’autre camp tellement les deux équipes peuvent aspirer au championnat.

Voilà pourquoi je vais vous offrir mon analyse des différents éléments du match afin de trancher.

D’abord, on sait que la tradition veut que les équipes profitent d’une semaine de congé avant cette rencontre. Ce facteur sera fort utile pour les deux formations pour guérir des bobos et intégrer de nouvelles stratégies qui n’ont pas été vues sur vidéo cette année.

Ceci dit, tu ne dois jamais oublier la recette qui t’a mené au Super Bowl donc tu ne peux pas tout changer. Le but devient plus de déguiser tes tactiques ou les modifier légèrement sans confondre tes propres joueurs. À la blague, je dis toujours que tu vas au bal avec la même fille, mais elle change de robe (rires).

Si j’avais à donner un avantage pour ce facteur, je le donnerais aux Ravens étant donné que leurs nombreux piliers en défense sont âgés. De plus, les Ray Lewis, Terrell Suggs et Ed Reed traînent aussi des blessures.

La semaine de congé deviendra également importante au niveau stratégique pour les Ravens puisque l’attaque des 49ers ne présente rien de conventionnel. Ce n’est pas évident de les affronter car ce n’est pas une offensive que tu vois plusieurs fois dans l’année. En fait, les Ravens se sont mesurés une seule fois à une unité offensive comparable, celle des Redskins de Washington de Robert Griffin III.


Je veux parler ici d’une attaque qui possède un quart mobile et qui utilise fréquemment le jeu de l’option. Ce défi aurait été encore plus exigeant pour Baltimore avec seulement trois entraînements dans une semaine de préparation. Ça ne veut pas dire que les Ravens vont freiner les Niners, mais c’est un élément non négligeable.

L’attaque des 49ers

Continuons avec la fameuse attaque de San Francisco, on parle d’un monstre à trois têtes dans le champ-arrière avec Colin Kaepernick, Frank Gore et LaMichael James. Ils utilisent une multitude de courses et de systèmes de blocage (en puissance, piège, à option). Bref, c’est vraiment étourdissant tellement ils sont diversifiés. De plus, cette attaque au sol roule à un train d’enfer.

Ce sera intrigant de voir comment les Ravens vont s’y prendre. J’ai l’impression qu’ils vont tenter une approche semblable à celle des Falcons d’Atlanta en voulant empêcher Kaepernick de courir. Les Packers ont préféré se concentrer sur Gore, mais ce ne fut pas un succès. C’est vrai que c’est agaçant quand Gore gagne six ou sept verges, mais c’est nettement pire quand Kaepernick récolte 50 verges.

La question demeure de savoir si Baltimore peut faire mieux que les Falcons. Ces derniers ont forcé les 49ers à donner le ballon à Gore, mais plusieurs joueurs défensifs figeaient sur le terrain et devenaient pratiquement inutiles. Ainsi, ils n’ont jamais eu la chance de frapper Kaepernick ou de réussir des sacs à ses dépens.

Le problème contre une attaque basée sur un quart mobile, c’est que tu n’as pas le choix d’avancer un joueur supplémentaire près de la boîte défensive pour limiter les dégâts. C’est pourquoi je présume que Bernard Pollard, le tombeur de Stevan Ridley, deviendra un joueur déterminant.

Pollard s’avancera dans la boîte ce qui laissera Reed seul au centre tandis que les demis de coin seront près des lignes de côté. Dans ce contexte, tu ne peux plus déployer une panoplie de stratégies défensives et ça devient principalement du homme à homme.

Cette réalité fait que l’adversaire des Niners devient beaucoup plus facile à décoder pour Kaepernick. On vante le jeune quart des 49ers parce qu’il prend d’excellentes décisions malgré son expérience limitée, mais ça s’explique par ce contexte. Le quart peut ainsi repérer aisément le développement des confrontations de ses receveurs avec leurs couvreurs. Quand tu sais où lancer, il te reste à réussir l’exécution et ça facilite le boulot.

Mais ce n’est pas tout, les hommes de Jim Harbaugh sont extrêmement physiques et robustes à toutes les positions et surtout sur la ligne offensive. J’invite les gens à regarder attentivement la formation des Niners que j’appelle « une tonne de fun » avec six joueurs sur la ligne. Leonard Davis, l’ancien des Cowboys, s’amène sur le terrain sans oublier le centre-arrière Bruce Miller.

L’équipe adverse sait que ce sera une course, mais ils foncent sans hésiter. Le pire, c’est qu’ils peuvent aussi compléter des passes avec cette formation. Ce n’est pas une grande révélation, mais si les Ravens sont incapables de freiner les 49ers, le match sera terminé très rapidement.

C’est certain que les Niners vont gagner beaucoup de verges par la course. Après tout, ils ont une moyenne de 236 verges au sol en éliminatoires sauf qu’il faut parvenir à les contenir le plus que possible. Ce défi devient encore plus périlleux parce que les Ravens ont seulement vu les Niners sur les bandes vidéos et les joueurs sont plus rapides sur le terrain.

Attaque des 49ers vs la défensive des Ravens
Attaque des 49ers vs la défensive des Ravens

La défense des Ravens

Il faudra surveiller de près le début de match des Ravens parce qu’ils avaient concédé deux touchés aux Redskins sur les deux premières poussées offensives avant de calmer la tempête.

C’est rare de voir une unité défensive gagner en éliminatoires en accordant autant de verges. Par contre, les Ravens excellent dans les moments cruciaux et les endroits importants. À ce sujet, l’adversaire s’est rendu 10 fois dans la zone payante contre eux et ils ont alloué seulement quatre touchés. Ils ont aussi provoqué huit revirements et ils ont un ratio de +5 sans oublier six sacs du quart et 22 plaqués sur le quart.

J’ai hâte de voir les confrontations contre les ailiers rapprochés des Niners Vernon Davis et Delanie Walker. Ce sera intéressant de voir si les secondeurs et les maraudeurs des Ravens pourront suivre leur rythme. En regardant les statistiques, on s’aperçoit que les Ravens ont seulement accordé deux touchés cette saison à des ailiers rapprochés.

Les Ravens devront aussi être disciplinés et communiquer efficacement pour contrer le jeu d’options de San Francisco. Tous les joueurs devront travailler ensemble étant donné que ça devient du football d’affectation alors que les joueurs ne doivent pas déroger de leur corridor ou leur mission. En quelque sorte, Lewis et ses coéquipiers ne peuvent céder à la tentation de jouer au héros.

J’en ajoute encore, mais les joueurs défensifs des Ravens ont tout intérêt à exceller dans les plaqués à un contre un qui sont fréquents contre une telle attaque.

On sait que les Ravens sont équipés pour brasser leurs adversaires, mais les Niners seront de loin l’équipe la plus robuste qu’ils auront croisée en éliminatoires.

Un dernier point pour la défense des Ravens s’avère le rendement des demis de coin qui seront impliqués dans des batailles individuelles. Contre les Patriots, on a laissé ces joueurs travailler de façon très physique avec beaucoup d’accrochage et souvent au-delà de la limite permise de cinq verges. On ne peut pas prédire si les arbitres vont permettre cela au Super Bowl, le match épié de tous. Ils essaient de ne jamais laisser un receveur amorcer son tracé avec le champ libre ce qui bousille fréquemment le synchronisme avec le quart.

L’attaque des Ravens

Il faut absolument commencer avec Joe Flacco qui amassé huit passes de touché sans aucune interception en éliminatoires. C’est simple, il joue son meilleur football. Pourtant, je dois l’avouer, je pensais toujours à manque de constance pour le décrire. Je trouvais cela frustrant de le voir ses crampes au cerveau malgré un immense talent et un bras canon.

Par contre, il est constant dans une circonstance et c’est dans les gros matchs. Par exemple, cette saison il a affronté Tom Brady et Peyton Manning deux fois en plus d’un duel contre Eli, Philip Rivers et Tony Romo. Dans ces parties, il a présenté un impressionnant dossier de 6-1!

Voilà pourquoi il me fait un peu penser à une nouvelle version d’Eli Manning parce qu’il manque d’émotions, mais il manque les matchs cruciaux. J’admets que ça reste à confirmer parce que Manning a remporté deux fois le Super Bowl, mais vous comprenez le lien.

Tout le monde sait que c’est pénible de courir contre la défense des 49ers donc je me dis que les Ravens pourraient poursuivre sur leur lancée de la deuxième demie contre les Patriots et amorcer ce match en axant l’attaque sur la passe. J’ai le sentiment qu’on adoptera cette stratégie pour mieux courir par la suite.

Cette possibilité me fait penser à une autre équipe de leur section, les Steelers de Pittsburgh de 2005 qui avaient ouvert la machine avec Ben Roethlisberger pour que Jerome Bettis obtienne des brèches plus tard.

Bien sûr, ça exige une grande précision de Flacco car les Niners aiment jouer en homme à homme avec deux maraudeurs à l’arrière. Les receveurs devront aussi gagner les attrapés contestés quand le joueur défensif a autant de chances de capter le ballon.

La bonne nouvelle, c’est que les receveurs des Ravens peuvent y arriver avec Anquan Boldin en tête qui perd rarement de telles batailles. Évidemment, Flacco doit aussi obtenir une protection convenable.

Quand SF utilise une défensive de zone, ça devient ultimement du homme à homme. On part en zone et on reconnaît les tracés de passe et on va jumeler un receveur à un joueur défensif. En jouant ainsi, les défenses veulent berner le quart pendant les premières secondes, mais si tu es capable de gagner du temps, tes receveurs vont se démarquer.

D’ailleurs, les 49ers sont moins efficaces dernièrement pour imposer de la pression et ils accordent plus de points. Matt Ryan, des Falcons, a terminé sa rencontre avec 396 verges aériennes ce qui n’est pas rien. C’est vrai que la tertiaire des Niners est brillante, mais elle doit être appuyée par une pression du front défensif.

Pendant la saison, Flacco encaissait un sac à toutes les 16 passes comparativement à un sur 25 passes en éliminatoires, un rendement nettement meilleur même face aux Colts avec Dwight Freeney et Robert Mathis, aux Broncos avec Elvis Dumervil et Von Miller tout en prenant soin de Vince Wilfork contre les Patriots.

S’il fallait que minuit sonne et que ce carrosse redevienne une citrouille, Flacco serait dans l’eau chaude et ils ne pourraient pas l’emporter. Ce sont les deux Smith, Aldon et Justin, qui pourraient concrétiser ce scénario.

La défense des 49ers

Actuellement, c’est le problème de San Francisco, la pression est insuffisante. En saison régulière, la défense obtenait un sac à toutes les 15 passes tentées contre elle, mais ce ratio a baissé à un sac pour 40 passes. De plus, les plaqués sur le quart sont nettement moins fréquents.

En ce qui concerne les porteurs de ballon, suivez de près le duel entre Ray Rice et Patrick Lewis, mais par la passe! Les Niners n’ont aucun complexe au poste de secondeur avec Lewis et son copain NaVorro Bowman.

La défense californienne doit également trouver le moyen de provoquer des revirements ayant été limitée à trois en deux matchs éliminatoires dont un cadeau du quart des Falcons et un autre sur les unités spéciales.

Chose certaine, je serais très surpris qu’un maraudeur morde sur une feinte de Rice et fonce vers l’avant parce que les Ravens ont multiplié les longues passes dernièrement. La discipline sera importante et les Niners doivent stopper le jeu au sol avec six ou sept joueurs maximum pour éviter les longs gains.

Mais je retiens que San Francisco possède une très belle défense à regarder avec ses athlètes talentueux et son aspect robuste. Ils n’ont pas besoin de recourir à une stratégie complexe pour exceller car ils ne sentent pas la nécessité de déployer des systèmes trop élaborés.

C’est vrai que les Niners sont bons contre la course, mais les Ravens ne doivent pas penser qu’ils ne peuvent pas amasser des verges intéressantes de cette façon. Après tout, les Packers ont cumulé 104 verges dont 53 par DuJuan Harris, un demi offensif qui a seulement fini la saison avec cette équipe.

Il y a un joueur que j’ai vraiment hâte de voir et je l’appellerais quasiment mon facteur X. Il s’agit de Bernard Pierce qui peut réussir de belles courses dont à l’extérieur et les Niners sont moins bons contre de tels tracés.

Pierce participe à une rotation avec Rice et il est employé dans 33% des jeux depuis l’arrivée de Jim Caldwell comme coordonnateur offensif comparativement à 17% auparavant.

Les unités spéciales et les entraîneurs

Le match sera disputé dans un dôme donc on ne devrait pas assister à plusieurs retours de botté d’envoi car les botteurs devraient atteindre la zone des buts.

Sur les bottés de placement, je dois donner l’avantage à Justin Tucker des Ravens sur David Akers. Il n’a pas autant d’expérience, mais il a réussi 91% de ses placements cette année et un botté de 47 verges en prolongation contre Denver. La semaine dernière, Akers a raté sur 36 verges et seulement 69% pour la saison… sans oublier sa blessure.

C’est un aspect qui peut devenir très important dans les matchs serrés.

Pour les entraîneurs, c’est tellement spectaculaire. Quelles sont les probabilités de voir deux frères s’affronter au Super Bowl? C’est déjà exceptionnel que deux frères dirigent des équipes en même temps dans la NFL.

Je trouve que John et Jim ont chacun un avantage et je m’explique. John est intense, mais il semble plus en contrôle. C’est sans doute une qualité majeure dans un match de cette envergure et que tu dois garder ton calme. En général, tu veux éviter de péter les plombs comme Jim la semaine dernière après une décision sur une reprise vidéo.

Mais de l’autre côté, la fougue et l’intensité de Jim peuvent devenir des atouts utiles. Il a l’air un peu plus, et je le dis de façon très respectueuse, fou sur les bords. Il pourrait donc oser la décision audacieuse qui pourrait faire la différence comme un jeu truqué.

L’heure de la prédiction

Avant de vous confier ma prédiction, je trouve intéressant que deux équipes aux styles plus anciens axés sur la course, la défensive et des jeux robustes s’affrontent au Super Bowl.

C’est le type de match que tu peux comprendre que les prédictions soient partagées. Je crois que c’est clair que les Niners auraient le dessus dans une série 4 de 7. Ils semblent former la meilleure équipe, mais c’est la beauté du football : ça se décide en un seul match.

De ce côté, je trouve que les Ravens me font beaucoup penser aux Giants de l’an passé. Après des problèmes en saison, ils ont joué leur meilleur football au moment opportun. Ça m’apparaît être le cas des Ravens.

Les Packers avaient réussi le même style de chemin tout comme les Giants de 2007, les Steelers de 2005… Bref, dans l’histoire récente du Super Bowl ce sont plus des parcours comme ceux-ci qui fonctionnent.

Les dernières années me laissent croire que les négligés avec un élan possèdent de bonnes chances.

Terminons avec les impondérables, c’est vrai que les Niners ont joué au Superdome cette année, mais les motivations sont clairement à l’avantage des Ravens. En fait, ça devient difficile à croire que la route des Ravens ne se terminera pas en beauté. D’abord, ils ont gagné un match déterminant contre San Diego à la semaine 12 grâce à un premier jeu sur un 4e essai et 29 verges. Sans cette victoire, leur chemin vers le Super Bowl aurait encore plus difficile.

Ensuite, le touché de 70 verges de Jacoby Jones contre Denver n’aurait jamais dû se produire. Ce n’est pas tout, ils perdaient à la mi-temps contre les Patriots et Tom Brady avait une fiche de 67-0 à domicile dans de telles circonstances.

On n’a pas encore parlé du côté émotif avec l’ancien propriétaire Art Modell est décédé et la saison est dédiée à lui. Lors de la semaine numéro 3, le matin du match, le receveur Torrey Smith apprend que son frère est décédé dans un accident de la route et il aide les siens à gagner avec deux touchés.

Après la victoire éliminatoire contre les Patriots, l’ancien secondeur des Ravens O.J. Brigance, qui est atteint de la maladie de Lou Gehrig, a remis le trophée aux joueurs et il est devenu une source d’inspiration incroyable.

Ah oui, je n’ai pas encore mentionné la retraite de Ray Lewis, le meneur des Ravens! Je me dis que c’est fou ce qui arrive avec cette organisation. Un scénario semblable est arrivé quand les Steelers de 2005 ont gagné pour Jerome Bettis. Ça me semble surréaliste et je ne peux que croire que cette équipe est galvanisée et en mission.

Je prédis une victoire de 27-24 de leur part et Flacco sera le joueur par excellence.

Propos recueillis par Éric Leblanc