jeudi, 29 nov. 2012. 22:01

Personne n'est tombé en bas de sa chaise quand les Alouettes ont annoncé cette semaine que Jeff Reinebold ne serait pas de retour dans ses fonctions de coordonnateur défensif la saison prochaine. Le monde du sport a parfois le don de nous prendre par surprise, mais celle-là, disons qu'on l'avait vu venir.

Plusieurs indices pointaient vers la nature précaire du poste de Reinebold. Son contrat, faut-il le rappeler, n'était valide que pour une saison. Pas très convaincant comme vote de confiance pour un homme qui n'avait jamais occupé ce poste auparavant! Et puis quand on fait le bilan de la saison, et surtout quand on revient sur la façon dont celle-ci s'est terminée, il n'y avait véritablement aucune autre conclusion possible.

Marc Trestman est complètement sorti de sa zone de confort en ajoutant un homme comme Reinebold à son équipe. Aujourd'hui, force est d'admettre que l'expérience n'a pas fonctionné.

Deux choses m'avaient sauté aux yeux lorsque Reinebold était arrivé dans la famille des Alouettes. La première, c'est que le style flamboyant qui avait marqué son premier passage dans la Ligue canadienne était un contraste flagrant avec celui de Trestman. Les lecteurs un peu plus vieux se souviendront peut-être de l'émission de télévision « Oscar et Felix ». Les personnages principaux étaient deux gars aux tempéraments complètement différents. L'un était minutieux et réservé, l'autre était désorganisé, toujours sur le party. De l'extérieur, le mariage entre Trestman et Reinebold me faisait penser à ça.

Aussi, on ne pouvait pas ignorer le fait que Reinebold n'avait jamais été un spécialiste de la défensive. À l'exception de son séjour à Winnipeg pour diriger les Blue Bombers, il avait surtout été mis en charge des facettes offensives d'une équipe de football. C'est vrai qu'un entraîneur offensif doit bien connaître l'aspect défensif du jeu et vice versa, mais le fait demeure que l'union entre Reinebold et les Alouettes n'était pas naturelle.

Je lance cette hypothèse d'un point de vue extérieur - je n'ai pas de sources privilégiées à l'intérieur de l'organisation - mais on dirait que Reinebold est arrivé en ville avec un bon système de jeu, des théories intéressantes sur papier, mais qu'il n'a pas été capable de les enseigner, de les communiquer à ses joueurs.

Au début de la saison, les problèmes étaient évidents. Les Alouettes débutaient régulièrement les matchs en accordant une tonne de points en première demie, mais semblaient toujours ajuster le tir adéquatement en fin de match. Je me disais alors que la préparation n'était peut-être pas la force de Reinebold, mais qu'il avait au moins le pif pour faire les bons ajustements. Avait-il essayé de donner trop de matériel trop tôt à ses joueurs?

La tendance s'est renversée à mesure que la saison progressait. Soudainement, les Alouettes débutaient leurs matchs en force seulement pour s'écrouler après la mi-temps. Les choses allaient-elles soudainement trop vite pour le pilote de la défensive? On peut le penser après avoir été témoin de la performance de Chad Owens en finale de l'Est. Reinebold n'a jamais rien fait pour l'enlever du plan de match des Argonauts et c'est peut-être la goutte qui a fait déborder le vase pour ses patrons.

Il y a aussi des principes de base qui, peu importe l'historique de Reinebold et sa relation avec Trestman, ont fait défaut. Plusieurs entraîneurs m'ont déjà dit que le plus important dans leur travail, ce n'était pas ce qu'eux connaissaient, mais ce que leurs joueurs connaissaient. Un entraîneur a beau être le plus savant et le plus intelligent tacticien, mais s'il n'est pas capable d'enseigner et de partager son savoir avec ceux qui exécutent les ordres, ça ne mènera à rien.

Comme tout le monde semble s'entendre pour dire que Reinebold est un gars brillant, je me dis que le problème résidait peut-être dans ses talents de communicateur. Parfois, les choses qui semblent si simples pour les uns ne le sont en fait pas pour tout le monde et un bon entraîneur doit être capable de bien verbaliser ses doctrines. Peut-être était-il là, le problème.

En bout de ligne, l'unité qui répondait aux commandes de Reinebold n'a pas démontré de progression constante en cours de saison. Une organisation qui amène du sang neuf dans son personnel va accepter les ratés de circonstances en début de saison, mais va s'attendre à ce que les résultats soient au rendez-vous après un certain temps. Avec Reinebold, ces résultats se faisaient toujours attendre.

Répartir le blâme

Il faut toutefois faire attention avant de pointer un seul coupable du doigt. On semble vouloir sortir Reinebold de Montréal avec le goudron et les plumes, mais il ne faut pas oublier que quelqu'un - Marc Trestman en l'occurrence - a décidé de lui confier la mission qu'il a acceptée. Par souci d'équité, il faut jeter une partie du blâme sur l'entraîneur chef des Alouettes pour l'échec de son expérimentation. D'ordinaire très conservateur, il a décidé de rouler les dés et il a perdu.

Trestman est un homme de football minutieux, soucieux de chaque petit détail. Il a dû cuisiner Reinebold de toutes les façons imaginables en entrevue, le placer dans un paquet de situations où sa défensive était dans le trouble et lui demander de trouver des solutions à ces problèmes. Pas le choix d'imaginer que Reinebold s'est avéré très impressionnant dans ses réponses pour convaincre Trestman de lui donner la clé des bureaux de l'équipe.

La défensive des Alouettes a été décimée par les blessures. D'autres joueurs n'ont pas nécessairement répondu aux attentes. Et l'attaque, elle? A-t-elle toujours soutiré le maximum des efforts des autres unités? Je vous rappelle qu'en finale de l'Est, la grosse machine de Marc Trestman n'a marqué que 20 points même si la défensive lui a redonné le ballon en créant quatre revirements...

Mon but ici n'est pas de jeter mon fiel à gauche et à droite sur l'organisation des Alouettes. Les habitués de cette chronique, de toute façon, savent que ce n'est pas mon genre et sont bien au courant du grand respect que je voue à Trestman. Ce que je veux dire, c'est qu'il serait injuste de désigner Reinebold comme l'unique coupable de la situation. Tout le monde doit se regarder dans le miroir et faire un gros examen de conscience chez les Alouettes. Mine de rien, cette équipe a perdu ses deux derniers matchs éliminatoires, et à la maison par-dessus le marché. Il ne faut pas penser qu'un changement dans le personnel d'entraîneurs réglera tous les problèmes.

Bref, Reinebold a ses torts dans cette histoire, mais il ne faut pas oublier qu'il y a quand même quelqu'un qui, un jour, a décidé qu'il était l'homme de la situation.

Thorpe sera-t-il influencé par ses mentors?

Pour une quatrième année consécutive, donc, les Alouettes amorceront la prochaine saison avec un nouveau coordonnateur défensif. Pour la continuité et stabilité, on repassera! Chaque entraîneur arrive avec un plan, des philosophies et son style de joueur qu'il aime bien. Ce sera maintenant à Noel Thorpe de repartir la machine sur des nouvelles bases.

Thorpe a travaillé avec les Alouettes de 2002 à 2007 comme responsable des demis défensifs et des unités spéciales. Il a ensuite été à l'emploi des Eskimos d'Edmonton pendant les trois saisons suivantes. Sachant qu'il a passé les deux dernières années tout près du nid des Oiseaux, dans l'entourage des Carabins de l'Université de Montréal, on peut dire que la transition devrait être moins houleuse qu'elle ne l'a été avec l'arrivée de Jeff Reinebold.

Avec les Alouettes, Thorpe a appris les rouages du métier d'entraîneur en travaillant auprès de Don Matthews et Chris Jones. On peut donc dire qu'il est allé à la bonne école. Matthews et Jones sont des experts de la défensive... reconnus pour diriger des unités axées sur l'attaque! On peut certainement s'attendre à ce que le nouveau venu forge sa propre identité, mais il est aussi logique de penser que ses méthodes seront inévitablement influencées par les notes qu'il a prises à l'ombre de ses mentors.

Thorpe devient le premier coordonnateur canadien embauché sous l'ère Trestman et le seul patron défensif canadien, pour l'instant, dans la Ligue canadienne. Il connaît bien Jim Popp, est familier avec l'organisation et la ville. Rien à voir avec la boîte à surprises qu'était son prédécesseur.

C'est drôle, parce que dans le communiqué de presse envoyé pour annoncer son embauche, on le décrit dès les premières lignes comme un excellent enseignant. Doit-on interpréter ce compliment comme une petite jambette à Reinebold? Je spécule, bien sûr, mais reste que c'est un détail qui m'a fait sourire.

Maintenant, j'ose espérer que l'embauche d'un coordonnateur des unités spéciales est à l'ordre du jour sur le babillard de Jim Popp. Avec tout le budget dédié aux opérations football des Alouettes, je ne comprends pas qu'ils s'entêtent à fonctionner sans un coach à temps plein pour ce département. Selon moi, ça doit être la prochaine étape.

NFL : mes prédictions pour la semaine 13

Je suis en feu, mesdames et messieurs, avec mes pronostics des activités du circuit Goodell. Voyons si je pourrai poursuivre sur cette lancée cette semaine.

La Nouvelle-Orléans c. Atlanta
Houston c. Tennessee
Nouvelle-Angleterre c. Miami
Jacksonville c. Buffalo
Indianapolis c. Detroit
Caroline c. Kansas City
Arizona c. NY Jets
San Francisco c. St. Louis
Minnesota c. Green Bay
Seattle c. Chicago
Tampa Bay c. Denver
Cincinnati c. San Diego
Cleveland c. Oakland
Pittsburgh c. Baltimore
Philadelphie c. Dallas
NY Giants c. Washington

Résultats de la semaine XIII : 9 gains, 7 revers (56,3%)
Résultats après 13 semaines : 128 gains et 64 revers (66,7 %)


*Propos recueillis par Nicolas Landry.