La neige martèle le pare-brise, la visibilité est pratiquement nulle. Mes enfants s'énervent sur la banquette arrière. "Dépêche maman, on va arriver en retard", me crie mon grand de 8 ans. Ma réplique est immédiate et convaincante : "Calme toi Simon, de toute façon, il n'y aura pas un chat par un temps pareil". Arrivée à destination, je n'en crois pas mes yeux. Le stationnement du Forum de La Plaine est bondé.
Des policiers tentent, tant bien que mal, de faire un peu de circulation. Les retardataires, comme moi, "slaloment" parmi les congères. Je n'en reviens pas. A l'intérieur, c'est la cohue. Ils sont tous là, devant une longue filée d'amateurs. Ils signent des autographes, bavardent avec les gens, sourient pour les flashes des caméras. Ils semblent heureux d'être parmi les amateurs. Le dernier venu, le colosse Paul Lambert, fait son entrée, accompagné de son père. Les amateurs le reconnaissent et s'empressent de lui présenter un crayon et un bout de papier. "Bienvenue à Montréal", dit une jeune admiratrice au grand Paul. Il répond avec un large sourire. "Nous sommes tellement contents qu'il joue à Montréal", réplique papa Lambert à la jeune Stéphanie.
Les Alouettes disputent une série de matchs de hockey à travers le Québec cet hiver, beau temps, mauvais temps, et partout où ils vont, ils sont accueillis à bras ouvert. "J'ai téléphoné aux organisateurs ce matin pour m'assurer qu'ils ne voulaient pas annuler l'événement. Tout le monde s'est présenté avec le sourire. Nous organisons ces matchs de hockey pour de bonnes causes et c'est important d'y mettre du coeur", précise l'annonceur-maison des Alouettes Jacques Moreau.
Près de 2000 personnes se sont déplacées pour voir de près les champions de la coupe Grey. Il n'y avait pas un siège de disponible dans l'aréna malgré le blizzard qui faisait rage à l'extérieur. "Je n'ai pas hésité un seul instant à venir ici malgré la tempête", me dit Réal, un homme dans la cinquantaine. " Je voulais leur serrer la pince, leur dire à quel point j'ai vibré quand ils ont remporté la coupe. Un souvenir que je garderai toute ma vie. Ca m'a fait oublier ma petite misère", ajoute-t-il en souriant timidement.
Bien sûr ils sont champions. Ça aide à se faire aimer. Le fait qu'il n'y a pas de millionnaire au sein de cette équipe ne nuit pas non plus. "Ces gars-là vivent le même quotidien que nous tous. Plusieurs joueurs des Alouettes touchent le salaire minimum qui est de 34 000 dollars par année dans la Ligue canadienne. Le prix élevé de l'essence, les hypothèques ou les logements à payer, les petites voitures usagées, c'est aussi leur réalité", précise David Arsenault, affecté à la couverture des Alouettes depuis quelques années. "Ce sont vraiment des bons gars et je peux vous assurer qu'ils apprécient tout cet amour qu'ils reçoivent des amateurs. Il y en a quelques uns, comme Bruno Heppell, qui ont connu les années difficile de l'équipe, l'époque où ils allaient signer des autographes dans un centre commercial et se faisaient demander "Té qui toé?"", précise David en riant. "Ils sont aussi en contact constant avec les amateurs. Je me rappelle très bien l'été dernier, dans l'avion qui ramenait l'équipe, deux colosses de 6 pieds 5 pouces et 300 livres, Adriano Bellli et Neal Fort, se sont retrouvés assis, chaque côté d'une toute petite dame, âgée d'une soixantaine d'année. Ils ont jasé et rigolé avec elle toute l'envolée. On ne verra jamais cette scène chez d'autres équipes professionnelles".
Ce qui m'a frappé lors de l'événement d'hier c'est leur générosité avec les gens. Après le match, les joueurs des deux équipes étaient conviés à un petit goûter. Personne n'a prétexté la tempête pour déguerpir. Ils se sont tous présentés. Une heure plus tard, le local se vidait peu à peu mais Bruno Heppel, André Bolduc, Sylvain Girard, Paul Lambert, Patrick Dorvelus, Tim Fleiszer et quelques autres, étaient encore là, un verre à la main, en train de discuter avec des amateurs.
Pas pressés. Ils riaient, répondaient aux questions et s'informaient même auprès des gens. Une conversation amicale. Comme des vieux chums qui se retrouvent. Un contact très apprécié. "Je n'en reviens pas de leur gentillesse", me dit un monsieur à ma sortie de l'aréna. J'ai pu leur jaser pendant un bon bout de temps. Ils n'ont jamais perdu patience. Ils me regardaient droit dans les yeux et discutaient avec moi comme si je les connaissaient depuis longtemps. Je ne fais pas un gros salaire, mais si je peux aller les encourager cet été, je vais y aller c'est certain. Dites-le madame Machabée, dites-le à quel point ils sont fins". Voilà, le message est fait. Québécois et Québécoises, vous avez de beaux champions.





