Par Jean-Luc Autret

Mercredi prochain, Ali Nestor tiendra une importante activité de financement à la Tohu. Le concept de l’activité est qu’une quinzaine de personnalités, boxeuses et boxeurs d’un soir, affronteront chacun leur tour l’ancien professionnel, pendant que d’autres revêtiront la casquette de coach pour soutenir les participants. L’objectif de l’activité est de ramasser environ 100 000 $ qui servira à financer l’École de la Relève d’Ali et les Princes de la rue.

Ainsi, sur le ring, se succéderont l’honorable Mélanie Joly (ministre du Patrimoine canadien), David Heurtel (ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques), Anie Samson (maire de l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension), Jean Cantin, Corneille, Robert Frosi, Cathy Gauthier, Patrice Godin, Eddy King, Alexandre Landry, Isabelle Maréchal, Neev, Michael Penner, et Marie-Élaine Thibert. Au coin des entraîneurs, on retrouve le très honorable Justin Trudeau, premier ministre du Canada, ainsi que Dan Bigras, Virginie Coossa, Martine St-Clair et Martin Talbot. Pour souligner ce gala bien spécial, nous vous présentons le parcours d’Ali Nestor, de sa jeunesse à aujourd’hui.

Passionné des arts martiaux depuis toujours

Dans ses plus lointains souvenirs, il se rappelle qu’il a toujours été attiré par les arts martiaux. Dès l’âge de 4-5 ans, Ali Nestor était déjà passionné par les films de Bruce Lee, Jackie Chan, Chuck Norris… À 12 ans, ses parents acceptent qu’il suive des cours de lutte olympique. Avec beaucoup d’enthousiasme, il se rend au Centre René-Goupil qui était situé à deux pas de chez lui. Par la suite, il a pratiqué plusieurs styles d’arts martiaux et, bien sûr, la boxe. Malheureusement pour lui, les sirènes de la rue sont plus fortes que celle du gym.

« Le début du secondaire m’a attiré sur la voie des gangs de rue. La délinquance fait en sorte que je me retrouve à 14-15 ans au mont St-Antoine, un centre d’accueil. J’ai alors l’occasion de participer à un cours de karaté. Ce séjour dure huit mois. À ma sortie du centre, je suis déchiré entre ma gang et le karaté. Plusieurs mois plus tard, je suis arrêté de nouveau et je retourne dans un autre centre d’accueil pour 12 mois. J’ai 17 ans lorsque je décide de réellement changer mon mode de vie. Ma prise de conscience la plus importante fut provoquée par les graves problèmes de santé de ma mère. Elle était si préoccupée par moi qu’elle ne s’occupait plus d’elle-même. D’autres événements ont aussi été déterminants dans ma prise de conscience et mon changement de comportement dont le pénible séjour de mon frère aîné en prison et le fait que des amis proches ne soient plus de ce monde aujourd’hui »,nous raconte Ali Nestor Charles.

Nous sommes alors en 1992, il décide alors de se concentrer pour finir son secondaire 5 et il passe la majeure partie de ses temps libres à s’entraîner aux arts martiaux. Pendant les deux ans qui suivront, il doit se faire discret dans le quartier. « Autant lorsque je croise des anciens amis de gang que des clans rivaux, je passe au cash, si vous comprenez ce que je veux dire », ajoute-t-il.

Ses nombreuses heures au gymnase lui permettent de s’illustrer sur les scènes régionales, nationales puis internationales. À une compétition à Baltimore, il décroche le titre de champion international de boxe chinoise à quatre reprises (1997, 1998, 1999 et 2001). Dans la même période, il est couronné champion panaméricain en Californie à deux reprises (1999 et 2001). À cette même époque, il participe de plus en plus à des combats professionnels de MMA.

L’Académie Ness Martial

En 1997, il décide d’ouvrir sa propre école d’arts martiaux. Au départ, il loue simplement une salle dans un gymnase, un an plus tard, il a son propre local à Montréal-Nord. Les premières années ne sont pas faciles, il travaille le jour en ébénisterie et enseigne le soir les arts martiaux. En 2000, l’école déménage à nouveau, mais cette fois à Saint-Léonard.

La même année, il est activement impliqué dans le tournage du documentaire « Le ring intérieur » réalisé par Dan Bigras. Ce film offre une vision du monde des athlètes de combats ultimes, cela aura des conséquences à bien des niveaux pour son futur. À court terme, un certain nombre de parents de ses élèves prennent conscience de son passé et préfèrent que leur jeune change d’école d’art martiaux. À moyen et à long terme, cela lui permet de développer une programmation adaptée aux jeunes en difficulté.

Vingt ans plus tard, l’Académie Ness Martial a vu passer entre ses murs environ 4000 jeunes.

UGC, place à la relève

En 2001, Ali Nestor fonde sa propre organisation de MMA et de boxe, l’Ultime Génération Combat (UGC). L’objectif de l’UGC est de permettre aux jeunes de bâtir leur carrière sans avoir la nécessité d’être attachés à un promoteur. Ali souhaitait permettre à tout athlète d’avoir sa chance. Depuis le premier gala, des boxeurs comme Lucian Bute, Dierry Jean, Arash Usmanee, Yves Jablouin (UFC), Tony Luis, Frank Cotroni, Roody Pierre-Paul, Kevin Lavallée et bien d’autres ont profité de cette plate-forme pour grimper les échelons jusqu’aux classements mondiaux. Preuve de leur grande persévérance l’organisation a présenté pas moins de 32 galas et plus de 200 combats.

« Personnellement, ces galas m’ont permis de participer à de nombreux combats de boxe. Aujourd’hui, je détiens une fiche de 13 victoires, dont 5 par K.O., 5 défaites et 2 nulles. En plus d’avoir participé à 12 combats de MMA. Après avoir mis la main sur des titres québécois, canadiens et internationaux, j’ai mis un terme à carrière de combat lors d’un championnat du monde entouré de mes partisans », explique celui qui est devenu le champion super-mi-moyen (154 livres) de l’Universal Boxing Organisation le 7 avril 2012.

Être un modèle pour les jeunes

Suite au lancement du film de Dan Bigras, Ali Nestor reçoit de plus en plus de demandes pour faire des rencontres autant dans des maisons de jeunes que dans des centres jeunesse. À chaque fois, il accepte avec enthousiasme de partager son parcours de vie. Son seul objectif alors est de leur faire prendre conscience de ses propres erreurs pour qu’ils évitent les mêmes pièges.

« Un jour, après la diffusion du documentaire, un intervenant me demande comment je vis le fait d’être un modèle pour les jeunes ? Je dois vous avouer que sa question m’a pris de court, je ne savais même pas qu’est-ce qu’il voulait dire en affirmant que j’étais un modèle !!! Ce que je souhaitais, c’était enseigner mon art. Être un modèle, un exemple, ça m’a fait peur. Je n’étais pas préparé à ça. C’était beaucoup de pression sur mes épaules et je ne la voulais pas cette pression-là. Ça m’a pris plusieurs années pour l’accepter », raconte l’ancien boxeur.

Ali et les princes de la rue

Progressivement, Ali Nestor a appris à vivre avec l’idée qu’il était devenu un modèle pour bien des jeunes. En évitant de se mettre soi-même de la pression, les choses se sont placées. En 2004, il met officiellement sur pied un organisme à but non lucratif (OSBL) nommé Ali et les princes de la rue. La mission de cet OSBL est de venir en aide aux jeunes en difficulté en les aidants à développer la maîtrise et l’estime de soi à travers l’enseignement des arts martiaux pour ainsi contrer la violence chez les jeunes. Ali et les Princes de la Rue donne aux jeunes un refuge qui leur permet d’exprimer leur colère, leurs frustrations et la violence qui les habitent de façon positive.

« Au départ, comme les jeunes passaient beaucoup de temps au dojo, nous leur avons proposé de l’aide aux devoirs avant des entraînements. Les parents ont apprécié grandement ce service. En se basant sur mes expériences de jeunesse, nous avons, au fil du temps, créé et adapté de nouveaux services pour éloigner les jeunes de la rue et de la délinquance », explique-t-il.

Conscients des problèmes qui suivent la suspension scolaire d’un élève, Ali et les princes de la rue a développé ce qu’on appelle les ressources alternatives à la suspension. Au lieu de trainer dans la rue ou chez lui pendant la durée de sa suspension, l’organisme assume la supervision des études en collaboration avec l’école et le jeune à l’occasion de s’entraîner tout en réfléchissant à ses actes. Le changement d’environnement et l’encadrement plus individualisé a souvent pour effet de changer la perception de la problématique, que les jeunes vivent avec leurs études.

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