Salut à toi, amateur d’égalité

Dans la foulée du mouvement #metoo (#moiaussi a aussi eu sa part de dénonciations), de nombreux cas d’agressions à connotations sexuelles ont été révélés au grand jour. De nombreuses personnalités du monde du spectacle ont vu leurs statues déboulonnées, des vedettes, des patrons, des producteurs ont été dénoncés. Un milieu qui a semblé avoir été épargné est celui du sport. Et pourtant…  (non, je n’oublie pas l’ancien président des Nordiques ou l’ancien entraineur de ski de l’équipe canadienne, ils ont été dénoncés plus tôt que ceux du dernier mois et l’impact sur leur milieu a semblé avoir une moindre répercussion que les autres que vous connaissez mais que je ne nommerai volontairement pas)

L’égalité entre les sexes est pourtant supposément une question réglée, de nombreuses inégalités sont encore bien présentes dans le merveilleux monde du sport. Bien que de belles progressions ont été faites aux cours des dernières années, n’en demeure pas moins que les filles doivent souvent bûcher plus fort pour gagner moins.

Je ne me lancerai pas dans une énumération des injustices, des bourses moins importantes, des revenus publicitaires plus petits, ou simplement du manque de visibilité donné au sport féminin. Je vous parlerai avec enthousiasme des réalisations que certaines pionnières du sport de combat auront réussies.

Depuis 5 ans, la boxe et les MMA ont ouvert leurs portes à ce que des combattantes viennent gagner leur pain et réaliser leur potentiel dans le ring ou dans l’octogone. Ronda Rousey, pour une, devenue la première combattante à être la tête d’affiche d’un gala UFC, a ouvert la porte toute grande pour instaurer une culture d’égalité dans ce monde de testostérone. Son talent et sa force ont fait d’elle une méga star. L’UFC n’a eu d’autre choix que de développer ce créneau  encore mal exploité. Aujourd’hui, 3 catégories de poids et des dizaines de combattantes, toutes plus inspirantes que les autres.

En boxe, l’effet Rousey s’est fait sentir également. Nous assistons à la montée des Marie-Ève Dicaire et Kim Clavel chez nous et, espérons-le, plusieurs autres filles voudront se joindre à la fête.

Mon éditorial en est un contre le décorum du monde du sport de combat. Il semble que, depuis la nuit des temps, les promoteurs croient qu’une soirée de boxe réussie se doit d’avoir des femmes (très) courtement vêtues pour nous annoncer à quel round nous en sommes rendus…

Les ‘’ring girls’’ font partie du spectacle, les hommes aiment voir de jolies jeunes femmes en bikini se promener sur le ring ou l’octogone avec une grosse pancarte à numéro pour nous aider à nous rappeler que nous sommes rendus au 2ème ou au 8ème round. Tel est le raisonnement derrière cette fausse bonne idée qui date de l’ancien temps. On a voulu trouver un rôle aux femmes dans le spectacle sportif masculin. Les cheerleaders au football font leur numéro, qui est spectaculaire et qui ajoute au match. Elles en sont même à avoir leurs propres compétitions et des gens se déplacent pour aller les voir. Celles de la boxe ont le plus ingrat et inutile des rôles, celui d’être un objet de beauté.

Le public de ce genre d’événement a évidemment changé depuis les années 50, encore composé à majorité d’hommes, mais dans une proportion qui se rapproche de plus en plus du 50\50. Les femmes le pratiquent, et surtout le regarde de plus en plus. Ne serait-il pas temps de passer à un autre niveau dans la présentation d’un gala de boxe ou de MMA? Je n’ai pas besoin de cette utilisation du corps d’une femme pour me permettre de suivre l’action d’un combat, il y a d’ailleurs des écrans géants qui pourrait très bien faire ce travail.

Pour les défenseurs des traditions, comme ceux qui tiennent à tout prix au crucifix à l’assemblée nationale, nous sommes en 2017. Les traditions rétrogrades, surtout celles qui nous permettent de rester prisonniers d’un passé peu glorieux, on peut s’en passer. L’égalité entre les hommes et les femmes va vraiment survenir quand les hommes le comprendront et l’accepteront.  

Messieurs Michel, Estephan, Décarie, je vous le demande. En tant que père, chum et fils. Pouvez-vous mettre fin à cette pratique svp. Au nom de nos mères, nos blondes, nos sœurs et nos filles. Votre implication est primordiale. Je vous garanti qu’aucun amateur de boxe n’achète de billets à cause de cela, ou qu’il n’en n’achètera plus si vous le lui enlever. Tout ce que vous perdrez, c’est votre image de mononc. Et vous n’aurez plus à lui verser un salaire, de l’argent que vous pourriez remettre à un organisme qui encourage les femmes dans le sport. Une pierre, deux bons coups. 

Texte paru originalement sur EnProlongation.com