Salut à toi, mon Adonis

Que se passe-t-il entre nous? C’est fini ou quoi? Tu ne m’aimes plus? Tu n’es plus comme avant. Tu as changé.

Je me rappelle comme si c’était hier. La première fois que je t’ai vu. Tu étais si beau dans tes culottes de boxe, tes gants aux poings, en train de démolir la mâchoire d'un adversaire quelconque. Je me souviens aussi de ta première défaite, ta seule en fait. Je me souviens que tu n’étais pas très confiant pour la suite de ta carrière après ça. Mais moi j’étais là. Je t’ai soutenu alors que peu de monde dans le monde de la boxe croyait encore en toi.

Tu es revenu fort, et j’étais encore là. Plus que jamais en fait. Je t’ai suivi alors que tu montais les échelons vers les plus hauts sommets. J’étais là, même quand certains ont voulu faire remonter à la surface tes problèmes du passé. Tu sais, ceux dont tu as payé ta dette à la société mais qui restent quand même dur à pardonner.

Je suis resté là. Malgré ça. Malgré que ce soient des crimes horribles. Malgré qu’une petite voix intérieure me criait que tu ne me méritais pas. J’avais du respect pour le fait que tu avais arrêté tes conneries et retrouvé le droit chemin de la rédemption.

Tu as mis beaucoup d’efforts et de sacrifices et tu as réussi. Tu es devenu champion du monde. Tu as battu facilement un des meilleurs boxeurs de sa génération. J’étais tellement fier. Je savourais tes victoires comme si c’était les miennes. Même quand, encore des jaloux, voulaient te discréditer en avançant que les adversaires que tu affrontais étaient des jambons, des pas bons. Que tu te défilais devant les vrais défis. Que tu choisissais tes combats pour bien paraître.

J’étais encore là à te défendre, à payer cinquante dollars durement gagnés pour te voir défoncer un Andrzej Fonfara avant la fin du deuxième round. J’étais dans ton coin, mon Adonis.

Je t’ai entendu en entrevue la semaine dernière à une station de radio sportive de Montréal et tu sais quoi? J’ai senti du mépris dans ta voix. Tu te prends pour Floyd Mayweather ou quoi? Depuis quelques temps, tu es différent. C’est le succès, c’est ça? Le succès t’a fait m’oublier? Je le savais! Dis-le-moi Adonis!

Je sais que le succès n’est pas pour tout le monde, que ça peut monter à la tête de certains. Mais pas toi, Adonis? Tu ne vas pas me laisser planter là pour quelques billets verts de plus? Après tout ce temps? C’est tout ce que je mérite, d’après toi?

J’espère que tu es au courant, le succès ne te suivra pas à jamais… Contrairement à moi, il va finir par te laisser tomber tsé. Tu devrais faire attention à moi, mon Adonis. Je ne serai peut-être pas là quand tu perdras ton titre contre un plus fort, plus jeune, plus charismatique que toi.

Tu as travaillé fort pour obtenir ce que tu as. Personne ne peut t’enlever ça. Tu ne dois rien à personne? Même pas à moi, tes fans? Reviens-moi vite mon Adonis, avant qu’il ne soit trop tard et que je m’amourache d’un Eleider…