S’il vous plaît, mordez dans la vie !

 Car il y a quelques jours, j’ai eu l’impression de converser avec un fantôme. Et pourtant !

 À chacune de ses phrases, je prenais de grandes respirations, histoire de réaliser les moments que je vivais.

 Jean Cardin, 48 ans, est décédé lors d’une séance de jogging… et je lui parlais !

 Je n’exagère pas, croyez-moi.

 Mercredi, 5 juillet dernier, il est 21hres lorsqu’il décide de partir courir. Pour la 3e fois seulement, Alexis, son fils, l’accompagne. Non loin de chez-lui, il s’arrête pour traverser une rue achalandée. De l’autre côté, il parle des vacances à son garçon quand soudainement, en l’espace de trois secondes, il s’effondre. 

 Dans l’immédiat, Alexis réagit admirablement bien et cherche de l’aide. Michaël Midgley passait au même moment et se met à le masser en attendant les pompiers qui arriveront rapidement car la caserne est tout près. Jean est en arrêt respiratoire. Le défibrillateur sera utilisé à trois reprises. Après une quinzaine de minutes, le cœur se remet à battre.

 Un vrai miracle ! Oui, un vrai miracle !

 

Jean adore la course à pied, une discipline qu'il pratique depuis le tout jeune âge.

 

« Quand je me suis présentée sur les lieux, le corps de Jean m’apparaissait grisâtre. Il était mort. Je me suis dit que ça ne se pouvait pas, je ne le croyais pas. Son fils ne pouvait pas perdre son père, je pensais vraiment qu’il ne reviendrait pas », souligne son épouse Caroline, qui l’accompagnait au moment de l’entrevue afin de le seconder car parfois, il traverse quelques trous de mémoire.

 Il fut rapidement transporté à l’hôpital Royal Victoria où les soins furent exceptionnels.

 « Je le voyais se retrouver dans un centre de réhabilitation pendant des mois, je m’imaginais qu’il conserverait de graves séquelles, ce qui ne fut pas le cas. Également, à ce niveau, je dois considérer qu’il s’agit d’un miracle car le pourcentage est extrêmement faible (moins de 10%) de ceux qui parviennent à s’en sortir comme lui », explique Caroline.

 Pourtant, Jean est un grand sportif. Adepte de soccer douze mois par année, hockey en gymnase, il a pris part à trois demis ironmans et réalise à chaque année un triathlon (il en compte 12 à son dossier).

 

Était-ce vraiment Jean ou un fantôme durant l'entrevue ?

 

Toutefois, son père fut victime d’un infarctus à 41 ans.

 Le jour de Noël dernier, il a ressenti des douleurs à la poitrine et considérant ses gènes, il a cru bon de subir une série de tests dont un électrocardiogramme, le tapis roulant, un test sanguin, etc. Aucune défaillance n’a été décelée. Au repos, son rythme cardiaque tourne autour de 50 !

 Comment prévenir ces six artères obstruées dont l’une à 90%, une autre à 80% et une 3e à 70%   ?  La présence de cinq ressorts pour régler le problème car la 6e artère ne sera pas opérée puisque les médecins ont jugé que dans les circonstances, ce ne sera pas nécessaire.

 L’unique détail qu’il a pu remarquer avant ce grave incident est qu’il se sentait fatigué à l’occasion.

 

Jean a réalisé trois demis ironmans au cours des dernières années.

 

Cet ingénieur à la ville de Montréal pour l’arrondissement de Verdun aurait pu mourir dans son sommeil ou en mangeant, peu importe. Le fait que son arrêt cardiaque soit survenu en courant n’a aucun lien.

 « Je me suis aperçu que la vie est vraiment fragile, beaucoup plus que l’on peut le croire. Je n’attendrai pas à la retraite pour réaliser mes projets et dorénavant, je vais prendre la vie plus aisément et éviter les moments d’inquiétude. Pourtant, ma grand-mère a vécu jusqu’à 93 ans et elle mangeait du gras ! La différence, c’est que je ne l’ai jamais senti stresser  »,  souligne ce coureur qui fait 6’ et 155lb mais qui a perdu 15 lb lors de son séjour à l’hôpital.

 Alors, plus question de sauter des vacances dorénavant.

 « Je me dit que je débute une 2e vie. Je n’ai jamais vu le tunnel, ni une lumière blanche et je ne me suis jamais senti détaché de mon corps et pourtant, j’étais cliniquement décédé ». Il se souvient très bien qu’à son réveil, lorsqu’il a aperçu Caroline, il lui a dit combien elle avait de beaux yeux !

 

La vie ne sera probablement plus la même pour Caroline et Jean qui auront vécu des moments très inquiétants.

 

Vingt-quatre heures de coma ont marqué cette réhabilitation. Son frère jumeau devra maintenant se prêter à des examens préventifs. Il le faut, on comprendra.

 Vers la fin du mois de septembre, une rencontre est prévue avec ceux qui sont intervenus. « Nous voulons sincèrement les remercier. Ils ont sauvé Jean, sans oublier la participation de Michaël qui fut exceptionnelle ».

 Pour les six prochains mois, Jean devra s’abstenir de conduire sa voiture ce qui représente l’unique  changement majeur dans sa vie. Concernant la course à pied, il prendra tout son temps car actuellement, il ressent des douleurs à la poitrine, des suites de l’ensemble de l’intervention.

 Craint-il de mourir maintenant ? « Moins qu’avant », a-t-il répondu. Et son épouse d’ajouter en souriant : « Peut-être parce qu’il est devenu invincible ! »

 « Tu sais, ça aurait pu être une belle mort car je n’ai jamais rien perçu, jamais rien réalisé ».

 Le poil s’est redressé sur mon corps. Vraiment, je me suis entretenu avec un spectre !