Je vous dirais qu’il dispose d’une belle intelligence, saine et sincère. Ces gens-là viennent rapidement me chercher. Avec plusieurs Jérémie sur cette terre, le monde se porterait beaucoup mieux.

 Chantal, sa mère, assise près de lui, le regardait répondre à mes questions. En pleine tempête du verglas, le 8 janvier 1998, elle donnait naissance à son premier enfant qui, sept ans plus tard, allait être diagnostiqué autiste. Mais que cela ne tienne, le couple a pris les moyens nécessaires afin que sa vie rejoigne une pleine normalité.

 Et voilà qu’aujourd’hui, avec toute sa fierté légendaire, Jérémie pratique régulièrement la course à pied et a même couru le marathon d’Ottawa en mai dernier en 4h16, 8e sur 18 dans sa catégorie d’âge.

 Né dans une famille de plein-air, rapidement tombé dans la potion magique de l’activité physique, la course à pied devenait ainsi un incontournable, un cheminement logique. Début à l’âge de 14 ans mais….

 

La course à pied a changé la vie de Jérémie.

 

« Pour être honnête, mon père a dû insister car à mes yeux, ce sport, c’était de la m…. Je me disais que jamais j’allais devenir un bon coureur ». Bonne fourchette, il commençait à prendre du poids. « Il fallait oublier les sports d’équipe, incapable de décoder les rudiments. Nous nous sommes dit que la course à pied représentait ce qui existe de plus simple », confirme sa mère.

 « Je n’ai pas apprécié ma première année. En 2013, pour un 10km à Québec, mon père m’a confié que si je le complétais, je pouvais choisir une destination de rêve, moi qui aime voyager. Je l’ai fait et nous sommes allés à New York ! »

 Pourtant, les médecins avaient confié à ses parents que jamais, il deviendrait un athlète. « Je te le confirme, il part de très loin. Pendant 14 ans, j’ai décidé de rester à la maison pour l’accompagner pour ses nombreux rendez-vous chez le physiothérapeute, l’ergothérapeute et l’orthophoniste. »

 

Élodie, la mère Chantal, Jérémie et le papa Jean-François, une famille radieuse.

 

Puis, Chantal raconte la perception des gens lorsqu’elle était enceinte. « Sachant que Jean-François et moi pratiquions régulièrement des activités, on nous rappelait que notre enfant allait sûrement devenir tout un athlète. On ignore ce que l’avenir nous réserve, défiant même la logique parfois. »

 Jeune, on lui administrait de nombreux médicaments. Indisposé, il a dû changer de formule à maintes reprises. Juste avant de courir, il souffrait d’anxiété, combattant le côté négatif de sa vie. Il voulait arrêter sa pilule et maintenant, il n’en prend plus aucune.

 « Je te dirais que la course à pied fut un vrai miracle dans la vie de Jérémie. Il possède maintenant l’apparence d’un vrai coureur », poursuit Chantal qui avait dû cesser de courir il y a quelques années et qui a dû reprendre pour encourager son fils dans sa progression.

 

Jérémie se sent bien dans sa peau lorsqu'il court.

 

Jean-François est propriétaire de la compagnie SBI, qui s’affaire à la fabrication de poêle sur le plan international avec son frère, une entreprise qui regroupe 200 employés. Chantal oeuvrait pour la protection de la jeunesse. À son retour au travail, ce milieu devenait trop lourd à ses yeux. Son mari a réglé le problème en lui dénichant un poste en marketing pour sa compagnie !

 On se doute bien que Jérémie a vécu plus de déception que de victoire dans sa vie et l’école fait malheureusement partie de ce palmarès. « La course à pied lui a permis de se révéler, d’obtenir de belles réalisations. Quand les gens le voient, ils nous disent qu’il semble bien dans sa peau. « Je vais courir jusqu’à 80 ans », a ajouté Jérémie avec un beau sourire.

 Il veut trouver un emploi. « Les personnes qui éprouvent des difficultés comme moi font craindre les employeurs. J’en suis conscient. Je sais que je peux apporter ma part. La restauration m’intéresse. J’ai déjà été plongeur dans une rôtisserie St-Hubert et l’épicerie où je travaillais est disposée à me reprendre. »

 

De belles valeurs chez ce jeune homme.

 « Mon père doit encore me motiver. Parfois, mon intérêt diminue. Je sais que les derniers kilomètres d’une course me demanderont de l’effort mais je finis toujours par passer au travers. » Jean-François a d’ailleurs couru son premier marathon l’an dernier à Québec et Chantal s’est classée pour Boston lors du dernier marathon d’Ottawa.

 « Quand je cours, je me sens comme tout le monde, je ne me sens pas écarté. Pour une fois, je suis fier de moi. Je me suis longtemps demandé pourquoi ma sœur (Élodie 17 ans) ne me ressemblait pas ? Ma mère me dit que j’ai gagné à la loterie des malchanceux, comme ceux et celles qui luttent contre un cancer. J’adore mes parents, ils me donnent l’heure juste, ils me font confiance. Mais je dirais que parfois, ils deviennent un peu trop protecteurs. »

 Au même moment, Chantal le regarde et précise. « Il est déjà parti pour un prétendu rendez-vous chez l’oculiste. Il était tombé en amour avec son enseignante. Il savait qu’elle demeurait aux abords des Galeries de la Capitale (Québec), sans connaître son adresse précise. J’ai paniqué quand j’ai vu qu’il ne revenait pas après un certain temps. Il y a aussi la fois où il avait reçu 60$ de sa tante pour un cadeau d’anniversaire. Il a revêtu son habit de coureur pour aller manger une poutine et boire un coke chez Ashton à quatre reprises dans la même semaine ! Le pire, il est allergique aux produits laitiers, aux œufs et au gluten ! Je l’imagine au restaurant, vêtu en coureur en mangeant de la malbouffe !»

Québec, une ville qui convient admirablement bien à Jérémie.

 

Avant notre rencontre, Jérémie avait confié à sa mère qu’il allait se présenter à l’entrevue comme étant un professionnel de la course. À la blague, elle lui a conseillé d’utiliser plutôt le terme semi-professionnel ! Adorable.

 « Je veux participer à nouveau au marathon d’Ottawa l’an prochain. J’ai dit à mon père que s’il ne voulait pas venir, j’y allais en train et que je me louerais une chambre à l’hôtel. » Puis, à sa grande surprise, je l’ai pris au mot. « Je vais t’accompagner pour ce marathon Jérémie, nous le vivrons ensemble. »

 Les yeux ébahis, il m’a jeté un oeil et a voulu vérifier pour voir si je ne faisais pas une plaisanterie.

 Je le regardais. Je l’écoutais et j’ai eu cette réflexion dans ma tête : Je n’ai vraiment aucun mérite à courir à la vue d’un exemple pareil. Chapeau Jérémie, je te tire toute ma révérence et il me fera un énorme plaisir de traverser ces moments privilégiés en ta compagnie.