D’un calme désarmant.

 Des réponses pleines de sens, une logique pratiquement surhumaine. Comment comprendre cette attitude alors que je m’attendais à tout le contraire ?

 Vincent Clermont-Leduc participera au 10km du marathon de Montréal le 24 septembre prochain…..  dans son fauteuil roulant !

 Quand je suis entré dans son logement, il s’affairait à nettoyer la litière du chat pendant que sa compagne Jenny s’occupait du poupon de 8lb, Noah, né il y a quelques semaines seulement.

 Son histoire nous glace le sang. Lui, il se la remémore une autre fois. « Oui, je l’ai racontée à maintes reprises mais ça ne me dérange pas car pour moi, ça fait partie de l’acceptation ».

 Nous somme en juin 2014 sur la plage d’Oka, Âgé de 24 ans, il décide de courir pour une dernière fois dans l’eau, question d’enlever le sable sur son corps. Il ne peut se rappeler exactement la scène. Ce qui est assuré, c’est qu’il encaisse un violent choc. La vertèbre C-7 éclate dans sa moelle épinière.

 

 Une fatalité qui a fait mal à Vincent. Son courage et sa détermination  font une grande différence dans son cheminement.

 

Un accident bête. « Le seul souvenir que je conserve est que je suis tombé vers l’avant. » Il fut conscient jusqu’à son opération. Suite à cette étape, il s’est retrouvé sur un lit, sans pouvoir bouger, exception des yeux. On lui avait même installé des vis dans la tête pour empêcher la colonne de  se déplacer.

 « J’ai appris à vivre avec ce handicap. Il existe des situations encore pires. Cet accident m’a donné l’occasion de rencontrer ma copine il y a près de deux ans, mes priorités ont changé dans la vie, je me suis assagi, j’ai changé pour le mieux. »

 Avant, il travaillait dans la construction comme tous les membres de sa famille. « Il me reste une session pour compléter mon cours à l’université en santé et sécurité au travail. À partir de janvier 2018, je porterai un casque blanc ! », en ajoutant que sans son accident, jamais il se serait retrouvé sur les bancs d’école.

 

 

 

L'arrivée de Noah a changé la vie de Vincent.

 

Sur papier, on le considère tétraplégique alors que dans la vie de tous les jours, il est paraplégique. « Ce sont uniquement mes jambes qui ne fonctionnent plus. Même mes spermatozoïdes sont excellents ! La preuve est faite », dit-il en riant.

 Alors, pourquoi participer à cette course ? « Imagine, je n’ai jamais couru sur mes deux jambes ! Récemment, j’ai franchi 7.5km avec mon fauteuil en moins d’une heure et je me suis dit que 10km allait être possible. Ça va faire différent que de se promener pour simplement se balader. J’aurai un objectif. Je veux ainsi démontrer aux nombreuses personnes qui m’ont aidé, qu’elles ne l’ont pas fait dans le vide. »

 Ce qui l’énerve le plus, c’est qu’il terminera les 50 derniers mètres en Exo Squelette, une sorte de robot, muni d’un système automatisé, conçu par Rewalk. « Ils m’ont choisi pour l’essayer et en faire la promotion. Je te confirme que la démarche est très ardue. Pour garder mon équilibre, je dois utiliser mes bras en appuyant sur des cannes. »

 

Vincent et son ami Alexandre Thibault, deux amateurs de hockey et particulièrement des Canadiens.

 

Les moments de découragement se présentent rarement. « Quand ils surviennent, je passe des heures, voire des journées, du matin au soir  à jouer à des jeux virtuels. Je ne pleure pas et je ne possède en aucun temps des idées noires. Tu sais, je me considère privilégié d’être entouré par de bonnes personnes dans ma famille et des amis solides. » D’ailleurs, lors de notre entretien, Mickaël était présent. Il était sur la plage lors de l’accident.

 Vincent s’est vu remettre une automobile 2017 lors d’un tournoi de golf à Léry par la Ligue des Bons Amis de l’endroit. « Comment veux-tu être découragé ? Chantal Lacroix m’a offert 15,000$ pour l’Euro-Concept. Je n’ai pas le droit de m’écrouler », souligne celui qui a quelque peu négligé l’entraînement depuis la naissance de son enfant. «  Je suis fatigué ces jours-ci mais au moins, je suis utile car habituellement, je le suis à ne rien faire. On peut parler d’une bonne fatigue. »

 Pas toujours évident pour une personne clouée sur son fauteuil roulant, particulièrement sur le plan financier. « Quand le gouvernement coopère, ça va bien mais lorsqu’il décide de couper…. J’ai dû traverser des périodes creuses. Une chance que je peux compter sur les membres d’une bonne famille qui ont pu m’appuyer. » D’ailleurs, ceux-ci devraient l’accueillir à Montréal. La délégation risque d’être imposante.

 

L'unique photo qu'il possède en hockeyeur qu'il conserve précieusement.

 

Fan de hockey, il en mangeait avant son accident. Il jouait pratiquement à tous les jours. Il ne rate jamais une partie du Tricolore à la télévision. « Adolescent, j’aimais mieux le hockey que les filles ! »

 La direction du marathon de Montréal a été informée de sa présence. « Je soupçonne ma sœur d’être derrière cette information. Si ma présence permet de lancer un message, tant mieux mais à prime abord, je le fais pour donner au suivant."

 Nul doute, son arrivée robotisée risque de faire écarquiller bien des yeux.

 

 

 

L'exo- squelette qu'il endossera vers la fin de son 10km. Sur la photo, Vincent est accompagné de sa compagne Jenny.