Les plus âgés se souviendront de Joe Mallejac.

Aujourd’hui, quand on parle de référence en course à pied au Québec, le nom de Jean-Yves Cloutier surgit immédiatement. Sympathique, accessible, souriant, il se considère comme un vulgarisateur dans ce milieu.

Joe Mallejac

« Je reste moi-même et j’avancerais même que je me suis toujours considéré comme un coach moyen. Je dois éviter les « One man show » ! J’ai déjà entendu Paul Arcand à la radio dire que dans la vie, nous devons respecter trois règles importantes:  le travail, la passion et la rigueur », commente l’ex-employé de l’hôpital Notre-Dame, maintenant retraité, croisé dans un p’tit café de la Place Versailles à Montréal, il y a quelques jours.

Et bien le coach moyen a tout de même guidé Isabelle Ledroit en 2001 et Karine Belleau-Béliveau en 2013 aux championnats du monde ! « Je n’ai jamais mis de pression sur mes athlètes, ni de temps précis à atteindre. Je n’ai jamais parlé de championnat du monde. Doucement, à ma façon, je les ai motivés afin de contrôler leur explosion au moment opportun », poursuit le fondateur du club Les Vainqueurs, un regroupement dont la réputation n’est plus à faire.

Il résume en une phrase son approche avec les athlètes. « Si tu veux trop réussir dans la vie, ça ne fonctionnera pas ». Les amateurs de course à pied seront ravis d’apprendre en primeur qu’il publiera un 3e livre le vendredi 11 mars 2016. Nombreux sont ceux qui se sont initiés à ce sport grâce aux deux premières éditions de Courir au bon rythme, qui représentent des ventes d’environ 45,000 exemplaires.

« Le coach répond à vos questions », tel sera le titre de cette 3e parution. Il répondra aux nombreuses interrogations que les adeptes se posent naturellement. « Je ne pars pas avec l’idée que je détiens la vérité », sauf qu’il faut avouer que le sentiment de confiance de la part de la population des coureurs est solidement ancré. Michel Gauthier, qui a travaillé à la réalisation des deux premiers bouquins, ne pourra voir cette nouvelle édition, lui qui est malheureusement décédé d’une crise cardiaque. « C’est très malheureux car il s’agit d’une personne en qui je vouais énormément de confiance et de respect. »

Le nouveau livre sera complémentaire aux deux autres. « Je vais boucler la boucle. Mon approche est simple, tout comme le sport. L’édition de 2001 a été réimprimée à huit reprises. Ce fut un bon guide. On a été unique, tout en respectant la dose. C’est si simple courir ». Il s’amuse. Il ne prend rien comme acquis dans la vie. « C’est incroyable de constater l’impact que l’on peut avoir en répondant à un simple courriel. Il faut respecter les gens ».

Cette 3e édition fut une suggestion des éditions La Presse. Lors de notre entretien, Jean-Yves arrivait tout juste d’un périple à Paris où il a donné des conférences. « Il existe un potentiel énorme en course à pied. On ne doit pas attendre. On doit foncer et briser des barrières. Si je peux allumer les gens lors de mes interventions comme je l’ai moi-même été, j’aurai rempli ma mission. »

Élu coach par excellence de l’année en 2013, Jean-Yves fut un impressionnant coureur jadis. « Je voulais franchir la barre des 2h20 en marathon mais je ne suis jamais arrivé. Quand j’ai fondé mon club en 1982, j’ai manqué de temps pour m’entraîner. » D’après lui, le transfert de savoir n’est pas adéquat aujourd’hui. Il manque de coach. Si les Vainqueurs ont duré, c’est qu’il a su s’entourer de personnes compétentes.

Par ailleurs, il participera à un camp d’entraînement en course à pied, qui se déroulera à Varadero à Cuba, une première au Québec. « Je rêvais à cette idée depuis longtemps. » Marathours l’organise. « Rachel et Michel, propriétaire de Marathours sont deux ex-membres des Vainqueurs et de bons amis. René Duval, kinésiologue et entraîneur, m’accompagnera. Nos présenterons un entraînement le matin et une thématique de 5 à 7. Je vais prendre le temps de rencontrer chaque participant en privé afin de les conseiller. Les gens seront libres durant la journée. Nous rendrons ce voyage convivial. »

Ce camp s’adresse à toutes les catégories de coureur. On acceptera entre 24 et 36 personnes. Je tenais également à lui parler de la nouvelle mode des gens qui courent pour se rendre au travail. « C’est efficace. Le temps de transport, c’est du temps perdu. Je l’ai fait de 1973 à 1983. Je courais à l’époque 120 km par semaine ! »

Et les coureurs de marathon du Québec en bas des 2h20 ? « À mon avis, il devrait y en avoir davantage. Les athlètes qui s’entraînent avec cet objectif ont énormément de mérite car ils ne reçoivent jamais autant de reconnaissance que les efforts qu’ils investissent. »

Jean-Yves est père d’une fille de 26 ans, Janie, qui deviendra peut-être la future présidente des Vainqueurs, du moins, il l’espère. « L’autre jour, j’ai croisé l’humoriste Philippe Laprise à Radio-Canada. Il m’a crié : Je cours à cause de toi aujourd’hui ». J’ai trouvé cela très flatteur. La chanteuse Brigitte Boisjoly m’a également confié que je l’avais guidée vers un bon entraînement. Des témoignages qui viennent valider l’essence même de mon rôle au Québec. »

Aimé et apprécié dans le milieu de la course à pied, Jean-Yves Cloutier constitue un modèle unique de qui on a intérêt à s’inspirer. Il s’avère la référence en course à pied au Québec. 

Jean-Yves en compagnie du fou en pyjama, Marcel Jobin.