Quand je suis arrivé chez Laurent à Saint-Eustache, ses parents Julie et Christian m’ont accueilli dans la bonne humeur. Je les ai sentis heureux dès le premier contact. Où se trouve le phénomène ?

 Attablé dans la cuisine, je dressais les origines de ce bilan exceptionnel au Québec, voir même en Amérique du Nord. « J’ai fait des recherches et je n’ai rien trouvé de semblable », m’a précisé sa mère. Je comprends. Courir un marathon à 13 ans et par surcroît, obtenir un temps de 3h35, ça tient presque du miracle !

 Lorsque l’on m’a informé de cette performance, je croyais qu’il s’agissait d’une blague !

 

Courir un marathon à cet âge et par surcroît, obtenir un temps de 3h35, c'est particulier.

 

Christian, le père, détient un BAC en éducation physique à l’université de Montréal. Il a enseigné trois ans, remplaçant André Aubut, l’ex-coach de Geneviève Jeanson qui devait s’absenter pour se diriger vers les Olympiques.  Il n’a pas aimé de sorte qu’il a changé de direction pour devenir ambulancier à Montréal, fonction qu’il occupe depuis 13 ans. Julie se consacre à un poste de gérante dans un Costco.

 Jadis, papa s’adonnait à la course à pied mais avait délaissé suite à des maux de dos. La gardienne de Laurent courait et graduellement, l’a incité à un retour. Pendant ce temps, Julie se demandait pourquoi les gens couraient. La sueur n’a jamais été sa force. Christian l’a invitée à essayer. Il l’a accompagnée.

 En 2014, ils ont débuté avec un 10km, puis en 2015, un demi-marathon pour se retrouver dans un marathon à Ottawa l’an dernier. Le lendemain, elle s’enregistrait au marathon de Montréal ! Elle récidivera d’ailleurs cette année.

 

La course à pied, il a ça dans le sang !

 

Pendant que nous conversons, Laurent n’a toujours pas fait son apparition. Seul, Jack, le chat vient se coller sur moi, question de s’amuser. Fiston a donc débuté en 2015 à 11 ans avec un 10km. Ex-joueur de soccer, aucun coéquipier n’arrivait à tenir son rythme lors des entraînements. « Il venait courir avec moi. Je ne pouvais pas à le suivre ! Je croyais que j’avais peut-être mangé un peu trop ou que la distance n’était pas assez longue pour qu’il s’épuise. Je ne comprenais pas qu’à cet âge, il puisse tenir le coup », raconte son père.

 Un premier 10km en 44 minutes, une prouesse qui fait réfléchir !

 En avril l’an dernier, il voulait participer au demi de Saint-Eustache. Les organisateurs exigeaient un âge minimum de 13 ans. « J’ai dû trafiquer le formulaire d’inscription », avoue Julie car Laurent n’avait que 12 ans ! Résultat : 1h36. Ouf ! Il récidive quelques semaines plus tard à Ottawa et obtient un temps similaire, devenant ainsi le plus jeune concurrent de l’événement.

 

L'hiver, Laurent se distingue au hockey dans son patelin.

 

Parti pour la gloire, il aspirait courir le marathon de Montréal. Ses parents ont refusé et a dû se contenter du demi pour terminer premier chez les 12-14 ans.

 Ce n’était que partie remise. « Au marathon de Longueuil, ils ne spécifiaient pas d’âge minimum. Je l’ai inscrit », signale maman. Son temps de 3h35 a ébahi la tribune … avec une main dans le dos, alors que son père, craintif, a dû retenir son ardeur à maintes reprises, particulièrement dans la première portion.

 Ah ! Le voilà qui apparaît !

 Un p’tit bout, 5’, 80lb mouillé, le vrai profil d’un coureur, même à 13 ans.

 

Christian et Julie, des parents fiers des prouesses de leur fils.

 

Je suis étonné par son calme. Il y va de quelques commentaires et laisse ses parents décrire les situations.

 « Quand il vient s’entraîner avec nous, il saute partout. On ne va pas assez vite à son goût. Il nous fait voir qu’il perd son temps », relate Julie. « Du temps pour jouer au X Box », ajoute Laurent, sourire en coin.

 À Longueuil, son père le croyait capable de talonner le lapin de 3h45. « Les trois derniers kilos, il les a trouvés longs. Il m’a dit qu’il voulait marcher. Je lui ai conseillé plutôt de ralentir car marcher aggraverait sa cause. Il a fini avec le sourire. »

 

Une petite famille heureuse de Saint-Eustache.

 

Laurent a regardé son père et pour le faire rigoler, a riposté : Ouais !

 Julie et Christian réalisent qu’à cet âge, on conseille fortement les jeunes de se limiter à trois kilomètres. « On ne veut pas l’empêcher. Pour le moment, il n’a pas de poussée de croissance et aucun malaise. Quand il est revenu du marathon, il a sauté sur sa trottinette ! », de dire Christian.

 Toutefois, les Guépards, le club de course de Saint-Eustache, ont démontré une certaine réticence devant cette performance. « Nous n’avons pas reçu de mauvais commentaires. Laurent prend ça comme un défi. Je peux même t’affirmer qu’il peut courir en bas de quatre minutes du kilomètre pour une bonne période de temps. »

 

Petit de taille mais combien rapide pour son âge.

 

Laurent est inscrit au marathon de Montréal en septembre prochain. « J’ai réussi à les convaincre en signant une dérogation ! », confirme Julie.

 Sur le plan académique, il tire son épingle du jeu. Né sous le signe du verseau, le 21 janvier 2004, il fait écarquiller les yeux de bien des participants quand il se pointe dans le peloton de départ. Un nain parmi les géants.

 « On ignore où tout cela nous mènera mais pour l’instant, on lui laisse vivre ce passage tout en portant une attention très particulière », ont conclu ses parents.

 

Il n'y a pas juste la course à pied dans la vie pour Laurent !

 

Puis, lorsque j’ai remisé ma plume pour me diriger vers la sortie, Laurent est venu me serrer la pince. À la blague, je lui ai dit qu’il constituait une menace pour moi car il a commencé plus jeune à courir des marathons. Timide, il m’a simplement souri, hochant la tête.

 Une fois la porte refermée, je suis assuré qu’il n’a pas perdu une seconde pour retourner jouer à son X Box.

 Après tout, il n’a que 13 ans !