Lorsqu’une équipe assigne l’un de ses meilleurs marqueurs, l’un de ses plus beaux espoirs sur la quatrième ligne offensive, il y a deux façons de l’interpréter. Soit on espère ainsi fouetter le jeune et lui inculquer le goût du dépassement de soi, soit on envoie un message aux 30 autres équipes de la ligue comme quoi il est disponible pour un échange. Et si la deuxième option était malheureusement la plus probable ?

Rappelons-nous quelques exemples récents de jeunes joueurs issus du premier tour au repêchage ayant séjourné brièvement sur la dernière ligne d’attaque avant d’être échangés par la suite, dont Jonathan Drouin à Tampa Bay ou encore Nail Yakupov à Edmonton, puis à Saint-Louis.

Drouin avait été obtenu en échange de l’excellent Mikhail Sergachev, un futur défenseur numéro un, neuvième choix au total de l’encan 2016. Yakupov, ou ce qui en restait, avait été monnayé par Edmonton pour Zach Pochiro (un obscur choix de 4eme ronde en 2013) ainsi qu’un choix de 3eme ronde en 2017 qui est devenu Stuart Skinner, un gardien de but de la WHL qui ne verra probablement jamais la NHL de sa vie. Bref, la valeur de Drouin était haute mais celle de Yakupov l’était beaucoup moins.

La valeur de Galchenyuk doit pourtant se situer quelque part entre celles de Drouin et de Yakupov, à l’époque où ils ont été échangés. Le jeune numéro 27 du Canadien a connu une excellente saison de 30 buts lors de la campagne de 2016 et ressort tout juste d’une saison de 44 points en 61 matches où il avait été ennuyé par les blessures, ce qui lui aurait valu presque 60 points s’il avait participé à 82 matches. Il possède donc vraisemblablement tout le talent pour être capable de marquer, mais il ne détient pas tout-à-fait les aptitudes hors de l’ordinaire de Drouin. Par contre, il n’a pas non plus commis toutes les frasques de Yakupov ni causé autant de déceptions que le jeune Russe.

Qu’est-ce que Marc Bergevin pourrait donc en obtenir et que chercherait-il à acquérir exactement?

Même si la défensive du Canadien s’est fragilisée avec le départ de Markov, c’est surtout de marquer des buts dont l’équipe montréalaise a besoin. C’est donc fort probablement un joueur de centre que Marc Bergevin irait magasiner. À 4,9 millions par année pour encore 3 saisons incluant celle-ci, Galchenuyk est supposé représenter une belle affaire. Il ne serait donc pas trop difficile de trouver preneur, considérant que ses problèmes actuels sont probablement plus dû à des aspects psychologiques qu’au talent réel qu’il possède.

S’il devait effectivement être disponible sur le marché, voici quelques scénarios à envisager. 

Matt Duchene, Colorado : La saga Duchene devra prendre fin tôt ou tard au Colorado et si Joe Sakic veut qu’un échange se concrétise, il devra réaliser que son joueur de centre ne possède plus sa valeur d’antan sur le marché. Un pour un pour Galchenyuk? Je suis partant. Le Canadien aurait finalement sous la main un vrai deuxième centre encore assez jeune pour relancer sa carrière. Et tandis que Yakupov va bien pour le moment, Sakic pourrait être tenté de le réunir avec le numéro 27 de Montréal. Le scénario n’est pas illogique, puisqu’Alex Galchenyuk a joué dans les rangs juniors ontariens avec le Sting de Sarnia en compagnie du Russe.

Ryan Nugent-Hopkins, Edmonton : RNH est lui aussi un choix de première ronde qui n’en donne pas assez à son équipe. Par contre, les Oilers auraient le loisir de séparer Leon Draisaitl de McDvid et d’en faire leur deuxième centre si RNH devait être échangé. Et considérant que le flanc gauche à Edmonton est constitué principalement de Maroon, Lucic et Jokinen, fort à parier que Peter Chiarelli ne lèverait pas le nez sur un ailier comme Galchenyuk capable de marquer 30 buts. J’oserais même placer la valeur de Galchenyuk au-dessus de celle de RNH, ce qui fait que Bergevin pourrait demander un choix de repêchage juteux en plus ou encore un joueur de moindre importance, disons un défenseur, par exemple.

Les Coyotes de l’Arizona : Lorsque l’on pense à une équipe qui déborde maintenant de joueurs de centre, les Coyotes arrivent en tête. Après l’embauche du vétéran Derek Stepan comme premier centre, l’entraineur Rick Tocchet a dû muter l’espoir Clayton Keller à l’aile droite et ensuite recaler l’ancien troisième choix de l’encan de 2015 (derrière McDavid et Eichel), Dylan Strome, au club école. Christian Dvorak est officiellement le deuxième centre. Qui serait donc disponible pour un ailier gauche de talent (après Max Domi, le flan gauche des Yotes est assez faible)? Keller? J’en doute fort. Dvorak? Peu probable. Strome? Ce serait un gros risque à prendre mais s’il fallait que le costaud joueur de centre explose enfin en LNH et reproduise ses saisons en OHL où il avait tout cassé avec une moyenne de points par match supérieure à 2, le Canadien serait enfin largement gagnant d’un échange important. Mais ce serait, en effet, un pari très risqué.

Le meilleur des scénarios restera toujours celui ou Galchenyuk retrouve ses repères et redevient le jeune talent offensif qu’il a toujours été. En revanche le scénario catastrophe serait celui où le Canadien s’accroche trop longtemps à l’espoir de le voir rebondir un jour et le voit plutôt s’enfoncer dans sa léthargie pendant que sa valeur d’échange diminue de mois en mois jusqu’à ne valoir plus rien. Jarred Tinordi, ça vous rappelle quelque chose?

J’exagère, je le sais bien.  N’empêche que, l’attente n’est peut-être pas la solution idéale dans ce dossier.

Alors, Bergevin doit-il bouger avant qu’il ne soit trop tard ou prendre son mal en patience? Galchenyuk sera-t-il seulement en pénitence sur la 4eme ligne un match ou deux ou sera-t-il vraiment échangé? Je suis curieux d’entendre vos scénarios : on libère les circuits dans 3-2-1...