Le grand Mike Smith – cette roue de secours visiblement encore très valable – a réalisé 43 arrêts, hier soir, et les Flames de Calgary ont ainsi pu mettre un terme à cette vilaine guigne de 29 rencontres sans triomphe dans le très orangé Honda Center d’Anaheim. Un fumant gain de 2-0 aux dépens des Canards qu’on vous dit. Du coup, les fans de Calgary peuvent enfin mettre la pédale douce sur leur consommation d’antidépresseurs, puisque la flamme brûle bien haut ce matin.

En résumé, Sean Monahan et Mikael Backlund ont fait grouiller les cordages en faveur des Flames, puis Mike Smith, acquis des Coyotes de l’Arizona lors d’une transaction survenue le 17 juin dernier, a enregistré son 34e jeu blanc en carrière dans la LNH. Après le match, le grand cerbère a déclaré : « Je voulais aider l’équipe à surpasser cette malédiction ». Bon, mettons que « aidé » est un mot faible, ici. Rapport que les chevronnés étaient catégoriques après le match : Mike Smith a été saillant à la puissance maximale lors de cet accomplissement ultime.

Écoutez, les Ducks avaient remporté 22 matchs consécutifs de saison régulière et sept parties de séries éliminatoires à la maison, et ce depuis une lointaine défaite de 5-2 enregistrée lors du troisième match des quarts de finale d’association du 25 avril 2006. Comme le disait si bien MC Solaar : « Si tu comptes en années, tu comprendras que ça date ».

« Nous aurions très bien pu en finir avec ce fardeau lors du printemps dernier, lors du deuxième match (une défaite de 3-2 en première ronde) », a dit Backlund. « Nous méritions la victoire ce soir-là, mais les impondérables s’étaient encore une fois rangés de leur côté. À l’époque, tout le monde avait mis cet échec sur le compte de la malédiction, mais bon, c’est très salvateur d’enfin pouvoir en terminer avec cette calamité… »

Monahan a tamponné son premier filet de la campagne lors de cette joute historique

Pour les poolers, Monahan est celui qui a ouvert la marque, un but inscrit en avantage numérique, à 16 :27 de la période médiane. Kris Versteeg, TJ Brodie et Johnny Gaudreau se sont échangés la rondelle de brillante façon en territoire ennemi. Brodie a ensuite repéré Monahan dans l’enclave de la vie, et ce dernier a aisément coché son premier filet de la saison.

Calgary (2-1-0) a doublé son avance à 6 :19 du dernier tiers, lorsque Backlund a surpris le gardien John Gibson (27 arrêts) au moyen d’un fulgurant tir des poignets.

« Ce fut un match de hockey de grande qualité », a déclaré Glen Gulutzan, entraîneur-chef des Flames de Calgary. « Les unités spéciales nous ont assurément sorti de l’impasse; tu ne peux généralement pas gagner sans l’apport de ces unités dans cette ligue de toute façon. »

Devant la cage, cette saison, les Flames ont clairement fait le pari qu’un gardien moyen serait suffisant avec la défensive dont ils disposent. Dans l’analyse des penseurs de la métropole de l’Alberta, les cerbères n’étaient tout de même point supposés se faire trucider. L’arrivée du grand Mike Smith comportait évidemment son lot de questionnements, avant le début de la campagne.

Chose certaine, le portier canadien, lui qui était plus émoustillé que jamais à l’idée de s’amener à Calgary, aura démontré toute sa fougue d’antan contre les Ducks. On se souviendra que, après onze saisons dans la LNH, Mike Smith obtient enfin la chance d’évoluer dans un marché canadien. Et parions qu’il n’a pas fini de faire taire ses dénigreurs et d’offrir des performances inspirantes comme hier soir.

Rappelons que la dernière participation en séries de fin de saison de l’homme masqué remonte à 2012, alors qu’il avait mené les Coyotes de Phoenix jusqu’en finale de conférence. Certains experts croyaient que Mike Smith était usé à la corde et qu’il ne pouvait plus occuper un rôle de gardien numéro un dans la LNH. Mais l’athlète de 35 ans tend à vouloir prouver le contraire.

Mike Smith a été saillant à la puissance maximale contre les Ducks, hier

D’ailleurs, l’arrêt clé du match est survenu à un moment charnière du match. Avec 3 :31 à faire au dernier vingt, les Ducks ont joué le tout pour le tout, retirant le gardien Gibson à la faveur d’un sixième attaquant, et ce lors d’un avantage numérique de deux patineurs. Le dangereux Rickard Rakell s’est alors amené sur le flanc gauche, puis, à la hauteur du cercle des mises en jeu, a décoché un lancer des poignets ô combien vicelard. Mais Mike Smith n’a pas bronché, et, un peu à la manière d’un Monsieur Miyagi attrapant une mouche avec des baguettes malgré un sabot de Denver bien fixé au testicule droit, a réalisé un arrêt du gant avec un calme légendaire et une confiance désarmante.

« J’essaie seulement de rester solide devant mon filet afin d’aider l’équipe à gagner en confiance. J’ai appris beaucoup au cours de ma carrière, et une chose prime sur tout le reste : c’est de s’en faire seulement avec les choses que l’on peut contrôler », a ajouté Mike Smith après la rencontre.

 

En bout de ligne, le système appliqué à Calgary emprunte le même adage qu’avec Boris le hachoir, dans le film Snatch : « aussi tordu que la faucille soviétique et aussi dur que le marteau qui l’accompagne ». Bref, un plan construit de longue haleine; un programme qui est sur le point de payer gros. Surtout si Mike Smith redevient le gardien des beaux jours qu’il a déjà été.

Toutefois, pour que le scénario waltdisnesque (Coupe Stanley pis toute) se concrétise, les Flames devaient surtout exorciser leurs démons à Anaheim. Et ce, avant les séries. Tsé, ça faisait plus de 25 matchs de suite qu’ils perdaient là bas. Aucun triomphe en 13 ans pour les Flames, dans l’amphithéâtre des Ducks. Mais Sancho peut maintenant ranger son fusil, car les Monahan et compagnie sont venus à bout de la malédiction. Autrement dit, les Flames sont parvenus à foutre cette vilaine guigne exactement là où se trouve le corps de Jimmy Hoffa, c’est-à-dire : dans l’oubli (ou coulé dans des milliers de tonnes de béton d’un stade, c’est selon). Et ça fait du bien par où ça passe, aucun doute là-dessus.

Constat : devant l’agonie du Canadien, cet hiver, songez à vous coucher tard et ainsi avoir la chance de visionner du simonac de bon hockey à CBC. Celui des Flames et de leur style nucléo-napalmien, forcément!

 

Texte paru originalement sur EnProlongation.com