Cette fois, l’auteur de ces lignes vous demande d’utiliser votre cocologie. Ou votre mémoire vive, si vous préférez. Bon, peut-être pas autant que devant un cube rubik, mais assurément plus que devant une chronique de Michel Beaudry. Et là, encore faut-il que votre matière grise n’ait pas subi d’exposition prolongée à un écran, ou ait été broyée en charpie par l’abus de nourriture transgénique. Mais ça, c’est un autre combat.

L’événement (de type in memorium) s’est déroulé l’an dernier, à la croisée du mois de décembre. Le Canadien cumulait les joueurs clés à l’infirmerie; Alex Galchenyuk y passait, notamment. Michael McCarron était alors rappelé par le Grand Club. Écoutez, il allait enfin recevoir une vraie chance de s’illustrer. Selon les experts, McCarron a bien fait durant ce séjour en question, se déployant de façon énergique et avec confiance. Pourtant, son retour à St-John fut expéditif. En prime, la direction avait pris bien soin de lui mentionner l’ampleur de ses lacunes à corriger et qu’il devait continuer à s’améliorer. Même pas une petite tape sportive sur les fesses, ni de « attaboy » bien senti qu’on vous dit.

Comprenez ici : cette fameuse doctrine du Tricolore à toujours vouloir surprotéger les jeunes projets de l’organisation n’est peut-être pas la bonne stratégie dans le cas d’un individu de la trempe de Micheal McCarron. Cette véritable force de la nature est en plein le genre de patineur qui peut réussir dans LNH s’il se sent utile et, surtout, apprécié de son environnement. Rapport que, en appuyant sur les bons boutons, voici le type d’athlète qui peut devenir un rouage semblable aux Kyle Clifford, Patrick Maroon et même Milan Lucic de ce monde. Mais encore faut-il qu’il ait turbo-envie de payer le prix.

Pour comprendre dans quel état d’esprit notre cher McCarron herculéen se trouvait suite à cette rétrogradation au goût amer, il faut revenir à un événement qui s’est produit peu de temps après son retour à St-John; un incident qui n’avait évidemment pas été relaté par les médias.

Imaginez la scène :

Lors d’une pratique, Michael McCarron effectue une mise en jeu contre l’un de ses coéquipiers, mais ce dernier l’accroche sur le patin avec son bâton. Le jeu se met en marche, et McCarron, complètement enragé, se rue sur son comparse en question, lui assénant un violant coup de poing sur la bouche. Sans avertissement, ça va de soi. Le joueur victime n’y comprend rien et demande des explications – dans le tumulte le plus complet – mais notre ami de 6 pieds et 6 pouces récidive au moyen d’un autre coup de massue qui touche la cible. Devant l’impasse, l’agressé se défend enfin et, au même moment, l’équipe au grand complet fonce vers les deux joueurs pour tenter de les séparer. L’Américain est hors de lui et lance des insultes à la tonne au passage. Plus tard, après la tempête, notre furieux patineur finit par s’excuser, prétextant qu’il est anormalement bouillant vu les circonstances, et qu’il n’aurait jamais dû déployer sa frustration sur un coéquipier.

Dans quel état d’esprit était-il, diantre? Dur à dire. Le CH a-t-il vraiment pris le temps de discuter avec lui? Ou peut-être que ledit CH n’a tout simplement pas le tour avec l’aspect psychologique d’un renvoi dans les mineurs? Allez savoir. Chose certaine, Michael McCarron ne fut jamais le même joueur par la suite; beaucoup moins impliqué physiquement et plutôt absent mentalement lors de son deuxième rappel avec le Canadien.

Bon, il est vrai que le choix de premier tour de l’encan 2013 n’a pas encore atteint son plein potentiel au niveau professionnel. Toutefois, l’état-major du CH agit-il de la bonne façon? Tsé, la majeure partie de son temps passé au niveau NHL fut consacrée à un vulgaire rôle de plombier de quatrième ligne.

 

Certes, la taille de McCarron reste son principal atout. Il est bâti telle une maison qui manque d’espace vital et peut aller au filet en skippant la guest list. Il a la capacité de pénétrer en zone ennemie tel un couteau dans du beurre, utilisant sa longue portée afin de protéger la rondelle en la transportant. Son grand format lui permet d’attirer des défenseurs en fond de territoire; il peut gagner des batailles le longs des rampes, et ce, autant en zone défensive que offensive. Il sait aussi quand se diriger vers les zones dangereuses de la glace et rendre presque impossible pour les gardiens de but d’apercevoir les frappes dirigées vers le filet. Non seulement sa taille est difficile à contrer, mais il a de bons instincts une fois qu’il arrive à bon port. Autrement dit, ses aptitudes offensives sont sous-estimées pour un homme de sa taille. Et il est d’un impératif catégorique qu’il évolue en compagnie de joueurs ayant un minimum de talent offensif dans le coffre d’outils.

En 31 matchs avec le Canadien, le compagnon le plus récurrent de McCarron fut l’illustre Daniel Carr. En regardant les lignes sur lesquelles il a évolué, la liste regorge de légendes vivantes comme Torrey Mitchell, Brian Flynn, Dwight King, Andreas Martinsen, Bobby Farnham et Steve Ott. Il est facile d’être préoccupé en regardant sa production offensive dans la LNH, mais un jeune de 22 ans peut-il réellement se rendre justice avec de tels tampons de trio? Certes, vous ne pouvez peut-être pas l’insérer dans le top six, mais à un certain moment, vous devez le placer sur une meilleure unité (sur une longue période), lui accordant plus de responsabilités et voir comment il réagira. Son pourcentage Corsi à cinq contre cinq était d’ailleurs bien supérieur à celui de tous les joueurs mentionnés ci-dessus, à l’exception de Carr.

À l’inverse, certains dénigreurs ne cessent de remettre en question le coup de patin de Michael McCarron. Lui-même conscient de cette lacune, il n’a pas hésité à redoubler d’efforts au cours de l’été afin de remédier le mieux possible à la situation. «Power skating», sprints, sauts, exercices pliométriques, le colosse a tout mis en œuvre afin d’accroître sa vitesse.

Bref, la saison qui vient sera charnière dans la jeune carrière de Michael McCarron. Espérons que Claude Julien et la direction ont de beaux projets pour le grand gaillard.

 

Car vous savez, à mesure que la saison progresse, le hockey professionnel devient aussi enragé-hostile qu’un Bob Probert dans son prime. La violence est de mise, donc, et le sacrifice du corps humain est un prérequis si l’on veut faire un long bout de chemin en séries Minatoires. C’est pour cette raison bien précise que les petits joueurs s’effacent plus souvent qu’autrement à l’arrivée du dernier droit : ils ont mal partout!

Claude Julien le sait, ce n’est pas qu’une simple question de talent offensif. En fait, l’entraîneur a atteint la finale deux fois grâce à un club bâti spécialement pour les travaux costauds, charpenté avec des guerriers prêts à souffrir pour la cause. Il a d’ailleurs mis la main sur le Saint-Graal en 2011, quête que les chevaliers de la table ronde de Monty Python ont jadis menée en vain. Bref, Julien est allé à l’école des Big Bad Bruins, il ne peut donc pas supporter qu’on intimide ses ouailles.

Qui va défendre Brendan Gallagher devant le filet en demi-finale ? Qui va faire payer le prix à un individu mal élevé qui ose toucher à Carey Price en fin de rencontre ? Andrew Shaw est-il supposé être l’armée d’un seul homme toute la saison durant ? Pas sûr.

Michael McCarron pourrait donc être l’homme de la situation. Sauf que, de la façon dont il est traité à Montréal depuis le début de l’aventure, l’attaquant de puissance risque encore une fois de ne pas se sentir apprécié, ni impliqué dans l’engouement frénétiquo-enragé d’une province supportant son équipe de cœur. Le changement de pilote lui sera-t-il bénéfique? Calez votre fond de Pabst Blue Ribbon et réfléchissez à ça un brin!

 

Texte paru originlament sur EnProlongation.com