Le journaliste Martin Leclerc participait à sa chronique matinale quotidienne sur les ondes du 91.9 Sports, aujourd’hui. Après avoir dressé un inventaire fort complet des lacunes dont fait preuve le Canadien dans toutes les sphères de son jeu, Leclerc présentait une statistique pour le moins déprimante au sujet des chances du Canadien de participer aux séries éliminatoires, cette année. Depuis 1995, nous rappelle Martin Leclerc, seulement 18 % des formations de la LNH ayant cumulé 3 points dans leurs huit premiers matchs ont participé aux rencontres printanières de championnat. Toujours selon les calculs de Martin Leclerc, si jamais le Canadien se devait de récolter une autre défaite face aux Ducks, demain soir, ses chances de jouer au hockey, après le mois d’avril, chutent à 14%. Et je vous épargne le reste, quand la séquence de défaites se poursuit.

Tout cela pour dire que l’heure est grave chez le Canadien. Surtout pour Marc Bergevin qui se retrouve maintenant dans l’obligation de corriger substantiellement les faiblesses monumentales qui affligent présentement la brigade défensive du Tricolore. Trop de défenseurs dans cette équipe sont obligés de s’asseoir dans une chaise qui ne leur est pas désignée. Pour une raison qui échappe à la plupart des observateurs attitrés à la couverture du Canadien, les prouesses offensives déficientes de Jordie Benn semblent trouver grâce chez l’entraîneur-chef Julien qui, malgré ses critiques à ciel ouvert sur les prises de décision insensées de ses défenseurs, ne semble pas avoir eu une discussion à porte close sur le sujet avec le principal intéressé qui collectionne les bévues et les revirements, depuis le début de la saison. Autrement, Benn aurait compris l’éventail particulièrement restreint des capacités d’hockeyeur.

Plus rien ne fonctionne présentement chez le Canadien. Et pour être franc, aucun entraineur-chef d’expérience ne pourrait ressusciter cette formation qui, plus que jamais, témoigne de ses vices de fondation. Du moment où Carey Price n’arrive plus à sauver les meubles, comment ne pas ressentir les effets des erreurs commises dans le passé, comment une équipe s’étant départie de ses deux meilleurs défenseurs repêchés au cours des dix dernières années – P.K Subban et Ryan McDonagh – peut-elle espérer une quelconque rédemption avec quelques rejets des listes de joueurs exposés au repêchage d’expansion : Joe Morrow et David Schlemko (obtenu par transaction avec Las Vegas) ? Et si nous étions en droit de célébrer l’acquisition de Shea Weber, il y a un peu plus d’un an, force est d’admettre qu’échanger un défenseur de 28 ans, qui entre assurément dans son apogée, contre le meilleur défenseur de la Ligue nationale en 2012 qui, lui, traversera prochainement son inévitable déclin, s’avère une décision plus que périlleuse.

Claude Julien est impuissant devant la débâcle de son équipe. Une mesure d’urgence doit être prise afin de renforcer l’arrière du Tricolore. Et même si Marc Bergevin parvient à rapatrier, contre toute espérance, un Shea Theodore à Montréal, par exemple, le chemin accidenté vers les séries éliminatoires s’apparentera à une Cour des miracles : huées acrimonieux, insultes dans les estrades, objets sur la glace, etc. Et la présente chute libre du Tricolore nous rappelle que derrière le rideau illusoire d’un Carey Price au sommet de ses aptitudes, se trouve un alignement guère supérieur à celui des Coyotes de l’Arizona ou des Canucks de Vancouver.

Et tout indique que Carey Price, hormis sa saison historique de 2014-2015, s’avère un gardien de séquence. Ce qui revient à dire que, tant et aussi longtemps qu’il représentera la pierre angulaire de cette équipe, les saisons du Canadien représenteront des paris à haut risque, une position au classement fragile qui tient à un genou déjà hypothéqué et à la force mentale questionnable du meilleur gardien de but de la planète qui mobilisera 15% de la masse salariale de la formation montréalaise, la saison prochaine. Et si Geoff Molson est intervenu dans la négociation du contrat de Carey Price, si le propriétaire brassicole a décidé d’accorder 10.5 M$ annuellement à son gardien de but, celui-ci était convaincu qu’il s’assurait une participation en séries éliminatoires pour les six prochaines années, au minimum.

Maintenant qu’avec un Carey Price en santé, le Canadien se retrouve avec une fiche semblable à celle d’il y a deux ans, quand une grave blessure au genou l’a tenu à l’écart du jeu pour une saison entière, comment ne pas reconnaître qu’il est insensé de confier une telle responsabilité (et une telle somme d’argent) à un gardien de but dans le contexte du hockey de 2017 ?

Texte paru initialement sur EnProlongation.