Certains journalistes de Montréal ont tenté de défendre le grand Max Pacioretty, cette semaine. Avec un air de roman Harlequin, ou presque, on nous a servi cette bonne vieille sauce classiquo-classique : Max est peiné par son jeu, il a le CH tatoué sur le cœur, il sait qu’il ne joue pas bien et il fait tout en son pouvoir afin de revenir à son apport d’antan. Vous m’en direz tant, Madame la Marquise.

L’équipe a un dossier de 1-5-1, diantre, et le capitaine vient de gambader sur la glace au compte de six matchs sans avoir enfilé l’aiguille, ne serait-ce qu’une seule petite fois. Son dernier grouillage des cordages remonte à ce fameux unique gain de 3-2 contre les Sabres de Buffalo, lors du tout premier match de la saison.

Paraitrait qu’il était même au bord des larmes, jeudi, alors qu’il s’est adressé aux journalistes durant une bonne vingtaine de minutes, avant une pratique optionnelle au Honda Center. De ses propres mots, Pacioretty a déclaré : « comment puis-je insuffler à mes coéquipiers qu’il faut être meilleur, alors que je suis l’un des pires présentement sur la glace; c’est le genre de truc qui vous empêche de dormir la nuit. Si vous croyez que cela n’a aucun impact sur moi, croyez-moi, ça m’affecte énormément ».

C’est bien de constater que Max est repentant. Les psychologues sportifs vous le diront, la première étape : c’est l’acceptation. Or, voilà une chose de faite, mon cher Max. On est d’accord là-dessus, rapport que ton jeu s’apparente drôlement à un restant de placenta de chèvre, depuis un temps. Et les journalistes tenaient absolument à ce qu’on sache que, dans le fond, sur le plan émotionnel de la chose, Max Pac ne s’en fiche pas du tout. Qu’il finit ses soirées couché en fœtus, dans la douche.

D’autres columnistes sportifs, eux, avancent une théorie bien différente. En gros, ils justifient le manque de production de l’attaquant par le fait que le Canadien n’arbore pas dans son alignement un réel quart-arrière de premier rang; le genre capable d’alimenter un tireur d’élite de la trempe de Max Pacioretty. Selon les chiffres supposément révélateurs, au cours des trois dernières saisons, Pacioretty a tamponné 102 buts. Et 64 de ceux-ci furent assistés par Andrei Markov (30), P.K. Subban (25) ou Nathan Beaulieu (9), eux qui ne sont plus avec l’équipe. Ils expliquent aussi que la perte de Markov est directement liée aux insuccès du capitaine. Or, il est vrai que le blâme de ce début chaotique du CH peut – et doit – être en grande partie attribué au manque de vision de Marc Bergevin. Le Tricolore manque nettement de lustre en ce qui concerne la relance de l’offensive, spécialement en provenance du champ arrière, idem pour l’intelligence-hockey à la ligne bleue, et ce lors de n’importe quelle situation d’attaque à cinq en territoire ennemi.

Cela dit, outre le manque criant de production du capitaine, ce n’est pas seulement ce qui saute aux yeux. Connaître des passages avides sur la feuille de pointage, tous les grands marqueurs passent pas là. Max est d’ailleurs un membre VIP des périodes creuses. Il n’en n’est certes pas à sa première visite dans le grand club des léthargiques. Mais certains patineurs s’en sortent mieux que d’autres. Ou, du moins, certains font moins mal que d’autres au roulement de leur club. Parce que, on va se le dire, le grand problème dans le cas de notre porteur du C, ce n’est pas qu’il ne parvienne pas à toucher la cible présentement. Bon, c’est sûr que ça aiderait. Par contre, c’est surtout au niveau de son implication dans le jeu que ça cloche; elle est quasi-inexistante. Dans les cinq derniers matchs, l’américain a distribué 5 mises en échec aux dépens de l’adversaire. Il ne se démarque pas physiquement le long des rampes, il n’est pas très efficace en possession de rondelle, ni en bataille à un contre un, et son exécution est présentement encore plus exécrable qu’à l’habitude – Pacio-Ready n’a jamais été un grand passeur de base, oui, je sais.  De plus, sur les 23 tirs qu’il a décochés cette saison, une grande partie fut dégainée d’en dehors de la zone payante.

 

Last 5 Games Table
  Scoring     Goals Assists                
Rk Date Tm   Opp   G A PTS +/- PIM EV PP SH GW EV PP SH S S% SHFT TOI HIT BLK FOW FOL FO%
1 2017-10-18 MTL @ LAK L 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 3 0.0 21 16:15 0 0 0 0  
2 2017-10-17 MTL @ SJS L 0 0 0 -2 0 0 0 0 0 0 0 0 2 0.0 24 19:04 1 0 1 0 100.0
3 2017-10-14 MTL   TOR L-OT 0 0 0 1 0 0 0 0 0 0 0 0 2 0.0 27 16:58 1 2 0 1 0.0
4 2017-10-10 MTL   CHI L 0 0 0 -1 0 0 0 0 0 0 0 0 3 0.0 23 21:54 1 0 0 0  
5 2017-10-08 MTL @ NYR L 0 0 0 -1 0 0 0 0 0 0 0 0 2 0.0 25 20:17 2 0 0 1 0.0
2017-18: Complete Gamelog | Scoring Log | Advanced Stats | Splits

 

 

Bref, certains semblent oublier à quel point Max Pacioretty a été mauvais en séries l’an dernier, contre les Rangers. Je veux dire, Markov était bel et bien dans l’alignement du CH, lors de ces séries – désastreuses pour le capitaine. Certains semblent aussi oublier que, sans Alexander Radulov afin de manger les bandes et trainer le grand capitaine quasi sur son dos, Pacman ne serait jamais sorti de son coma et il n’aurait probablement pas connu une saison aussi fructueuse. Certains semblent également négliger à quel point l’équipe manque cruellement de leadership et de hargne sous le règne du 67. Et qu’un certain PK Subban fut expulsé du vestiaire parce que, wait for it, Max ne pouvait pas sentir un coéquipier avec autant d’exubérance dans le coffre d’outils près de lui.

Parlant de leadership, revenons encore une fois sur cette fameuse saga, si vous le voulez bien. Rappelez-vous la vraie raison qui a fait en sorte que Subban soit expédié hors de Montréal. Était-ce vraiment parce que Shea Weber nous octroyait une meilleure chance de remporter la Coupe? Ou s’agissait-il plutôt d’un conflit à l’interne entre certains vétérans de l’équipe? Les gens ont la mémoire courte. La vérité, c’est que, lorsque Subban a quitté le 514, beaucoup de médias rapportaient que le défenseur était devenu dérangeant dans le vestiaire et qu’il y avait trop de P. K. pour le reste du groupe. Ma parole! C’est drôle, mais il me semble qu’on aurait volontiers besoin de cette fougue cette saison. Et surtout lors des séries de l’an dernier.

Constat : P.K. Subban n’a pas été échangé parce que Shea Weber amenait un vent de transformations positives à court terme, et ce, au détriment d’une perte de valeur marchande à long terme. Ça, c’est la version donnée à la plèbe, un peu comme on refile de la moulée à un chien. Tsé, ça ne prend pas la tête à Lou Lamoriello pour comprendre ceci : lorsque deux grands athlètes étiquetés comme joueurs de concession sont transigés, c’est souvent pour cause mutuelle de changement d’air.

Les Prédateurs en avaient marre de Shea Weber, lui qui était vieillissant et qui trimbalait avec lui un lourd contrat. Il avait également connu des séries absolument pitoyables l’année précédente. Et, selon des sources fiables, il s’agissait d’une toute autre chose dans le cas de P.K. Subban. En effet, selon un certains groupes de joueurs vétérans du CH, P.K. était devenu trop exubérant dans le vestiaire et devant les caméras. Exubérant, vous dites? Traduction : Subban était donc trop dynamique.

Certes, la relation entre Michel Therrien et P.K. Subban n’était pas toujours aussi waltdisnesque que celle de Gordon Bombay et ses ouailles, dans le film Mighty Ducks. Mais le vrai problème, sachez-le, c’est qu’un groupe de « leaders » en avait ras le pompon du cas Subban. Un groupe mené évidemment par Max Pacioretty, le nouveau capitaine.

Dans les faits, la direction venait tout juste d’annoncer Pacioretty comme capitaine. Une décision terriblement mauvaise, vous en conviendrez. On peut maintenant en juger que c’est P.K. Subban qui aurait dû être orné de cette fameuse lettre sur son chandail. Subban avait le CH tatoué sur le cœur. Il adorait la ville et se donnait corps et âme sur la glace. Les fans l’adoraient et il était l’image de la franchise montréalaise. On connaît maintenant la suite. Un conflit entre Pacioretty et Subban a éclaté à l’interne, se transportant même jusque dans les médias. Et une campagne de propagande anti-Subban a ensuite vu le jour. Une purge a ensuite été opérée par Marc Bergevin. Ce jour-là, on a donc choisi Max Pacioretty et sa clique de sans cœur.

On a renvoyé un joueur qui transpirait bleu-blanc-rouge, qui donnait toujours son 200%, qui parlait français et anglais, qui était plus qu’impliqué dans la communauté, électrisant, qui aimait la ville, qui était le chouchou des payeurs de billets et qui déchaînait les passions autant sur les réseaux sociaux que dans les médias corporatifs.

On a jugé bon de l’échanger, gardant du même coup Max Pacioretty avec le club en espérant qu’il profite de ce vote de confiance pour s’élever au rang des Jean Béliveau de ce monde.

Cependant, la triste réalité, c’est que nous sommes restés pris avec un capitaine qui affiche autant d’émotion que Peter Popovic et Turner Stevenson réunis dans le même chandail. À vrai dire, même Pierre Lambert dans ses pires moments de déboires n’a jamais été aussi mauvais qu’un Max Pacioretty en vadrouille. Quand cessera cet entêtement conservateur chez les cerveaux à la tête de l’organisation? Le sort de la plus grande dynastie hockey de jadis dépendra de la volonté du bon Seigneur Molson, qui semble être le premier à privilégier cette attitude.

 

Texte paru originalement sur EnProlongation.com