EnProlongation souhaite se dissocier des rumeurs entourant les problèmes hors-glace de Carey Price. Nous souhaitons seulement, à la lumière des nombreux tweets énigmatiques au sujet de ceux-ci, commenter, voire critiquer, la culture du scandale qui caractérise trop souvent la couverture des activités du Canadien de Montréal.

Depuis près d’un mois, de nombreuses rumeurs circulent à l’effet que Carey Price serait aux prises avec de sérieux problèmes hors-glace pouvant justifier ses récents déboires devant le filet. Pour des raisons légales, évidemment, et par respect pour Carey Price, nous ne divulguerons pas les détails d’aucune de ces rumeurs. De nombreuses plateformes d’actualité sportive indépendantes ont laissé planer le doute d’un immense scandale pouvant éclater à tout moment au visage de l’organisation du Canadien. À ce titre, on se rappellera que le site DansLesCoulisses avait publié un tweet pour le moins énigmatique invitant ses lecteurs à «ne pas faire de vélo demain #JustSaying», en date du 20 octobre.

 Quelques jours auparavant, DLC avait préparé le terrain du scandale hypothétique en affirmant que la «piètre fiche du Canadien pourrait bien être un problème (très) secondaire pour Marc Bergevin bientôt… #JeDisÇaJeDisRien». À ce moment précis, le mot se passait que le directeur général du Canadien aurait pu commettre des gestes répréhensibles sous le point de lui être reprochés publiquement. Des radios de la région de Québec en avaient rajouté, prétendant qu’une personnalité bien connue du milieu sportif québécois pourrait se retrouver dans l’eau chaude dans un avenir rapproché. Nous avons été nombreux à surveiller constamment nos téléphones, suite à la parution des tweets de DansLesCoulisses, nous butant plutôt à un silence inquiétant et des défaites consécutives du Tricolore.

 Et après des jours à attendre une annonce digne de Lance et Compte, il fallait passer au prochain épisode : l’affaire avait été étouffée par l’organisation du Canadien ou celle-ci se retrouvait parmi la longue liste des potins de mauvais goût repris en boucle par certains spécialistes de la chose dans le milieu. À preuve, le 23 octobre, le blogueur JT Utah de 25 Stanley affirmait, dans un podcast produit par la plateforme, qu’un joueur du Tricolore pourrait être accusé d’agression sexuelle prochainement. Et bien que ces rumeurs ne fassent l’objet d’aucune couverture officielle de la part des médias dominants, on se doute que celles-ci soient parvenues aux oreilles des nombreux chroniqueurs et analystes qui doutent que le gardien de but du Canadien soit véritablement victime d’une blessure «au bas du corps».

 Quiconque a entendu l’intervention quotidienne de Renaud Lavoie sur les ondes du 91.9 Sports, hier matin, sait que l’animateur Michel Langevin se fait un vilain plaisir à remettre en cause son invité quand celui-ci affirme que Carey Price ne souffre que d’une blessure présentement, que selon ses sources aucune autre inquiétude n’afflige présentement la supervedette mal-aimée du Canadien. On observe une méfiance similaire chez Luc Gélinas qui, lui non plus, ne croit pas nécessairement à la «version officielle» du Tricolore concernant l’état de santé de son gardien de but. Sans s’avancer sur aucune piste compromettante, le journaliste de RDS s’est permis quelques largesses sur les ondes de Radio X à Québec en partageant ses doutes sur le moment où Carey Price aurait subi sa blessure. À cela s’ajoute l’anecdote de taverne rapportée par Pierre Rinfret qui prétend qu’une altercation de vestiaire aurait éclaté entre Carey Price et un de ses coéquipiers. Une rumeur folle accueillie plutôt favorablement par l'animateur Jean-Charles Lajoie. Et que dire de Vince Cauchon - un autre collaborateur du «Big JC» - qui, lui, menace de révéler la VRAIE raison pour laquelle Carey Price n'est plus l'ombre de lui-même ? À ce rythme, on ne sait plus qui croire et cette confusion devient le terreau inespéré des pires rumeurs diffamatoires pour les vedettes du Canadien.

De toute évidence, les méthodes de gestion de crise presque dictatoriales de l’équipe des communications du Canadien sont en partie responsables de ce soupçon généralisé qui s’est emparé de la «planète hockey» québécoise. On se répète le fameux dicton : il n’y a pas de fumée sans feu. À ce titre, toutes les rumeurs les plus abracadabrantes seraient porteuses d’un fond de vérité, d’une histoire inavouable. Mais l’air enfumé devient rapidement irrespirable pour celui ou celle qui cherche à faire son travail de journaliste ou d’athlète, à l’écart des ragots et des drames privés. À Montréal, un tel climat est inhérent à la culture médiatique du sport, depuis la nuit des temps de Maurice Richard. Plus près de notre époque, dans les années 1980, des journalistes en mal de primeurs ne s’étaient pas gênés de fabriquer une double vie au jeune Stéphane Richer : dépendance à la cocaïne, sorties secrètes dans les saunas de Montréal, etc. En quelque sorte, ces commérages déshonorant la rigueur journalistique auront eu raison de Stéphane Richer qui fut échangé aux Devils du New Jersey, en 1991.

Toutes ces histoires au sujet de Stéphane Richer se sont avérées fausses, des années plus tard, mais les conséquences de ces mensonges disgracieux ont marqué l'homme à jamais. L’ancienne étoile filante du Canadien souffre encore aujourd’hui de troubles anxieux généralisés et d’attaques de paniques qui l’obligent parfois à quitter les rencontres caritatives des anciens joueurs de l’équipe. En 1995, suite à une transaction le renvoyant avec le Canadien, sur le chemin entre le New Jersey et Montréal, en pleine nuit, un Stéphane Richer en proie à des larmes irrépressibles avait fermé les phares de sa voiture dans le but de mettre fin à ses jours, terrifié à l’idée de retrouver les journalistes sans scrupules et les partisans ingrats de cette ville qu’il souhaitait à jamais derrière lui. À la dernière minute, Richer fut pris d’un sursaut de raison qui lui permit d’éviter la mort. Il se retrouva, quelques heures plus tard, en sanglots dans les bras de sa mère, sa voiture toujours en marche dans le stationnement du bungalow familial de Hull.

Il ne fait pas de doute à mon esprit que les rumeurs (très graves) qui circulent présentement autour de Carey Price appartiennent probablement à cette même culture du scandale qui a détruit la carrière de Stéphane Richer et celles de tant d’autres hockeyeurs qui sont passés par ici. Aussitôt qu’une vedette du Tricolore connaît de mauvais moments qui le rendent méconnaissable aux yeux des partisans et des observateurs, la machine à rumeurs fort bien huilée part en vrille, sans se soucier des effets désastreux qu’elles provoqueront chez les principaux intéressés. Le pouvoir d'influence des médias dominants est non seulement tentaculaire, mais terriblement sous-estimé. Au même titre que P.K Subban qui fut, pendant quelque temps, le plus haut salarié du Tricolore, Carey Price paiera très cher d’avoir consenti à un contrat de 10.5 M$, alors que le joueur de centre messianique tant espéré se fait toujours attendre, quitte à soumettre Marc Bergevin ou un autre directeur général à une pression insoutenable qui le forcera à transiger la supervedette. Et si la tendance se maintient, Carey Price se retrouvera peut-être en finale de la Coupe Stanley l'année suivante.

Crédit photo : 98.5 FM

Texte paru initialement sur EnProlongation.