Les rapports entre le sport professionnel et le pouvoir politique ont fait l’objet de nombreuses études, depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale. Par exemple, nous ne sommes plus sans savoir combien les rivalités sportives entre les États-Unis et l’Union Soviétique ont contribué à renforcer les tensions qui ont animé les conflits idéologiques de la Guerre froide. Le rôle des Jeux olympiques est tout autant probant dans la dynamique nationale et supranationale du sport contemporain. Pour une raison qui m’échappe, on nomme souvent, d’ailleurs, «patriotisme» le sentiment de loyauté et de fierté qui habitent les citoyens d’un pays qui appuient leur équipe nationale durant une compétition d’envergure. Cependant, cette articulation «sport-politique» devient fort problématique quand le militantisme idéologique intervient au cœur de celle-ci. Le geste contestataire de Colin Kaepernick et son désaveu de la part de la NFL ont non seulement mis en lumière de nombreuses contradictions de la société américaine, ils semblent avoir déterminé les limites que doivent respecter les athlètes professionnels qui souhaitent exprimer leurs idées politiques et les motifs de leur indignation ; particulièrement les athlètes Noirs sensibles aux injustices que subissent les leurs. Quand un athlète décide de sortir de son rôle désigné – ce qui suppose une certaine docilité de sa part –, il révèle malgré lui la dimension culturelle du sport dans toute son ampleur et sa complexité. Le sport fait partie de nos vies : nous rêvons et nous espérons à travers lui et le destin des athlètes qui le font prospérer ; ces athlètes à qui on demande d’offrir le meilleur d’eux-mêmes pour le bien de leur discipline, pour ceux qui voudront suivre leurs traces, pour le bien de l’équipe, pour le greater good, comme disent les coachs du football collégial.

Et tout comme eux, pour des raisons fort différentes, je me retrouve toujours devant une impasse : comment arrimer ma culture littéraire et politique à mon amour du sport ? Et au-delà de cette volonté de transcender l’univers du sport professionnel lui-même, pour lui conférer sa juste position au sein du champ culturel, ou (au cœur de celle-ci, je ne sais plus) se retrouve, en même temps, la crainte tenace de trahir la nature du sport et de ses partisans. Ces femmes et ces hommes, majoritairement issus de la classe ouvrière, qui souhaitent oublier leurs tracas quotidiens en regardant un match de football, le dimanche après-midi. Je m’explique : par exemple, malgré des heures et des mois de réflexion à propos du geste contestataire de Colin Kaepernick, j’éprouve encore un énorme malaise à l’endroit de celui-ci et de sa portée politique qui souligne les grandes contradictions des institutions sportives occidentales. Et ce malaise ne subsiste pas sans un sentiment de culpabilité à l’endroit des humiliés que prit Kaepernick sur son dos, chaque fois qu’il déposa son genou sur la pelouse des lignes de côté d’un terrain de la NFL.

Mais d’où vient ce malaise au juste ? Comment peut-on hésiter à prendre le parti de ceux qui subissent l’injustice depuis des siècles, la répression d’un pouvoir incapable d’avouer ses fautes devant le jugement incorrigible de l’histoire ? Pourquoi la vie politique américaine doit-elle  s’arrêter devant la ligne de démarcation d’un terrain de football ? Comment le sport arrive-t-il à ériger une telle frontière symbolique – une séparation historique, pour reprendre cette idée de Guy Debord dans La société du spectacle – entre le réel et la surface de jeu où se dispute son sort et son autorité sur notre temps présent (un lieu médié entièrement par la dimension panoptique de la diffusion télévisuelle des événements sportifs) ? Plus j’y pense et plus la réponse à cette question semble résider dans le système de valeurs du sport lui-même, dans le spectre de conservatisme sur lequel sa fondation repose : une soumission totale à l’autorité (autorité de la mémoire de la discipline sportive en question, autorité établie par l’organisation sportive professionnelle, autorité incarnée par le coach).

Personne ne mettra en doute la vertu, voire la nécessité, de contester un régime d’autorité qui commet des exactions ou qui abuse de ceux soumis à sa loi. La trame historique de notre temps regorge d’exemples qui font la preuve de cette exigence de justice qui habitait les nombreux mouvements populaires qui constituent la conscience historique des sociétés occidentales contemporaines. Et dire que le sport est demeuré neutre durant les nombreuses luttes qui ont animé le 20e siècle relèverait du pur mensonge prémédité. Aux États-Unis, durant les années 1960, certains athlètes noirs (Jim Brown et Muhamed Ali, par exemple) ont fait usage de leur notoriété et du respect acquis de la société étasunienne, grâce à leurs exploits sportifs, afin de joindre leurs voix à celles des militants du mouvement pour les Droits civiques des Afro-américains. Le fait que les deux plus grands athlètes de leur génération devenaient subitement de véritables objecteurs de conscience de le nation américaine contribua à conférer une légitimité aux revendications de la communauté afro-américaine. Il ne s’agissait pas de backbenchers quelconques, de jeunes recrues devant faire leurs preuves ou de simples joueurs réguliers d’un alignement. Jim Brown et Muhamed Ali étaient les icônes sportives emblématiques de leur époque respective. Ils étaient les Michael Jordan et les Tom Brady des années 1960. À ce titre, ils transcendaient leur statut d’athlète professionnel. Ils étaient des preuves vivantes de l’histoire américaine en cours.

Se sont-ils butés aux récriminations des esprits les plus réactionnaires qui ne s’attendaient à rien d’autre qu’à la discrétion politique habituelle des athlètes américains ? Bien sûr, mais le jugement de l’histoire leur a rapidement pardonné cet «écart de conduite». La distance temporelle et la transformation majeure des mentalités qui s’est accomplie, depuis, ont fait de Jim Brown et Muhamed Ali des figures de réconciliations électives entre le monde du sport professionnel et le champ des luttes idéologiques. D’ailleurs, les motivations sportives mêmes de Jim Brown étaient de nature politique. Dans le documentaire consacré à sa vie dans le cadre de la célèbre série A Football Life, Jim Brown raconte que la colère entretenue par les injustices répétées de la ségrégation raciale a donné naissance au feu intempestif qui l’animait durant chacune de ses rencontres disputées avec les Browns de Cleveland et l’Orange de Syracuse. Chaque fois que Jim Brown foulait un terrain de football, la lignée humiliée de ses ancêtres marchait à travers son ombre.

Nombreux sont ces noirs à avoir quitté les quartiers taudifiés de leur enfance, grâce à une opportunité de jouer au football de niveau collégial qui les conduisit vers la NFL. Quand on lit les témoignages de plusieurs d’entre eux, on réalise combien leur carrière de footballeur fut traversée par un sentiment de vivre une existence qui ne leur était pas destinée. Pour cette raison précise, ils n’ont jamais pu se défaire du grave sentiment de survie qui les hantait, une survie qui n’était pas seulement la leur, mais, surtout, celle de leurs proches. L’ancien linebacker vedette des Ravens de Baltimore Ray Lewis, par exemple, a raconté, à plusieurs reprises, la raison fondamentale pour laquelle il n’a jamais abandonné le football : il s’était fait la promesse que plus un homme ne lèverait la main sur sa mère. Sa mère, comme la plupart des femmes noires aux États-Unis, devait se partager entre trois emplois et sa vie familiale. Elle était seule et avait la mauvaise habitude de s’attacher à des hommes violents. Ray Lewis retrouvait régulièrement sur le plancher de la cuisine, le visage couvert d’ecchymoses, celui d’une femme dont le destin était déjà écrit à sa naissance. Un destin de pauvreté et de malheurs – celui de ses ancêtres et de leur descendance – que seul le football puisse rédimer.

Des amis peu familiers avec le football – des intellectuels universitaires – me disent parfois : «Je ne comprends pas qu’un écrivain puisse s’intéresser à un sport aussi trivial et violent qui entretient l’aliénation du peuple américain. La NFL est une organisation sordide et totalitaire. Si au moins tu t’intéressais au baseball. Celui-ci possède, comme le rappelle Paul Auster, une dimension pastorale». Je leur réponds, à leur grande stupéfaction, que l’on passe à côté d’une chose essentielle en jugeant le football sur ses aspects les plus caricaturaux : l’âme de l’Amérique. Toutes les petites villes rurales et industrielles des États-Unis ont cette chose en commun : un stade de football où se retrouvent ses habitants le vendredi soir. Et l’instant d’une soirée, ces derniers, joueurs de football comme partisans indéfectibles, se surprennent à rêver de nouveau. «Un jour, peut-être, se disent-ils, l’un des nôtres ira dire au reste de l’Amérique que nous avons existé, que nous n’avons pas vécu en vain».

 

Pour comprendre cet amour indéfectible du football que je partage avec le peuple américain, il faut parler de cette grande fidélité aux morts qui caractérise cette institution sportive. Comme peu d’autres sports, le football est d’une discipline de la mémoire. Ce qui ne signifie pas, par exemple, que le baseball ou le hockey soit sans héritage. Au contraire, le baseball est probablement le sport détenant le plus de «sociétés d’histoire» en Amérique. De nombreux intellectuels et historiens écrivent au sujet des aspects culturels et des événements marquants du baseball, tous les jours aux États-Unis. Là n’est pas la question. Quand on regarde attentivement le travail réalisé par ce que je nomme l’«appareil de représentation» du football américain (c’est-à-dire les documentaires de NFL Network, les commémorations d’intronisation du Pro Football Hall of Fame, le propos même des analystes de matchs, les articles publiés dans les différents périodiques sportifs américains, etc.), on remarque une forte tendance à établir une condition sine qua non entre le récit national des États-Unis et la trajectoire historique du football lui-même. Combien de fois avons-nous lu ces slogans mystérieux «America is football», «Football is the heart of America», «Football is family». En apparence, ces déclarations s’apparentent plutôt à des slogans publicitaires dignes de Budweiser (certains d’entre eux le sont), je vous le concède, mais l’histoire culturelle nous enseigne que cette déclaration n’est pas sans fondements. La NFL ne vend pas seulement un produit en utilisant une stratégie marketing reposant sur les motifs de la nostalgie historique, elle investit une part importante de l’imaginaire national des États-Unis. Elle s’adresse à la manière dont le peuple américain se conçoit et se raconte à lui-même par le truchement de récits sportifs.

Dans son magistral essai d’histoire culturelle How football explains America, Sal Paolotanio cite le réputé professeur de littérature Mike Oriard (un ancien joueur de ligne offensive des Chiefs de Kansas City) à ce sujet : « Simply put, sport is an expression of people’s culture. […] Football, the game itself, the narrative on the field, is uniquely an expression of who we are. Football is jammed with underlying mythical structures that we assign any number of specific themes or narratives» («Pour le dire simplement, le sport est l’expression de la culture du peuple. Le football, le sport lui-même, les récits du passé et la description des matchs sont eux aussi une expression de ce que nous sommes [les Américains] en tant que communauté nationale. L’imaginaire du football repose sur une structure mythique profonde qui, elle, est porteuse d’un réseau de significations, d’une logique narrative qui lui est propre» : traduction de l’auteur). Plusieurs interpréteront cette adéquation entre le football (America’s game) et la structure culturelle des États-Unis comme un symptôme indéniable de l’aliénation qui découle de la réification spectaculaire de ce sport en phénomène-marchandise. Dans l’Amérique de Donald Trump, diront-ils, ce peuple ne peut plus exister collectivement sans avoir recours aux stratégies du spectacle. Leur amour du football ne serait rien d’autre qu’une manifestation de cette existence de substitution, du simulacre télévisuel qui leur sert d’imaginaire politique dans l’«écran total» (Jean Baudrillard) que sont devenus les États-Unis.

Mais alors subsiste le paradoxe de l’affaire Kaepernick, le «malaise» tel qu’il m’apparaît : dans un pays où la représentation du pouvoir politique atteint des paroxysmes de diffusion médiatique et de surenchère de «manchettes exclusives», c’est-à-dire au sein d’une nation où la politique – en tant que figure – est omnisciente, le dimanche après-midi, sur le terrain de stades bondés qui font la fierté de l’Amérique, la politique disparaît subitement. Il ne faut empêcher à tout prix le surgissement des idées politiques qui contreviennent aux mythes nationalistes véhiculés part cette «institution patriotique» (je reprends ici les mots du commissaire Roger Goodell) que représente la NFL. Le message réconfortant que souhaite adresser la NFL aux millions de partisans qui regardent religieusement ses matchs est une «parole mythique», au sens que l’entendait Roland Barthes en conclusion de ses célèbres Mythologies. «Il est possible maintenant, nous dit Roland Barthes, de compléter maintenant la définition sémiologique du mythe en société bourgeoise : le mythe est une parole dépolitisée. Il faut entendre naturellement : politique au sens profond, comme ensemble des rapports humains dans leur structure réelle, sociale, dans leur pouvoir de fabrication du monde» (Mythologies, p.253). En termes plus clairs, le sport, aux États-Unis, ne doit jamais devenir politique, sinon pour célébrer ce qui doit demeurer éternel dans le paradis perdu de Donald Trump : le complexe militaro-industriel, l’infériorisation systémique des Afro-américains, l’hégémonie du bipartisme, la positive attitude des supervedettes, etc.

Mais encore, je n’ai pas tout à fait répondu à la question : pourquoi la contestation de Colin Kaepernick soulève un tel malaise dans la NFL et la société étasunienne, alors que même Roger Goodell reconnaît l’existence de graves problèmes de racisme aux États-Unis, suite à la mise en joue de Michael Bennett par un policier de Las Vegas ? À moins d’être un suprématiste blanc, impossible de dénier le profilage racial exercé par les forces de l’ordre américaines. Même certains animateurs de NFL Network appuient ouvertement Bennett et Kaepernick dans le refus d’honorer l’hymne national des États-Unis. Alors, pourquoi Kaepernick est-il toujours sans travail ? Pourquoi des partisans des 49ers brûlent-ils fièrement son jersey sur YouTube ? Pour ce qui est de la première question, certains nous répondront que Kaepernick n’est pas un quart-arrière du niveau de la NFL, que son style privilégiant la course plutôt que la passe (un style semblable à celui de Tim Tebow) est la raison principale pour laquelle aucune équipe ne lui offre un contrat. Pour ce qui est de la deuxième question, on parle de patriotes insultés qui voient un désaveu des valeurs américaines et du sacrifice des soldats morts au front dans la contestation de Kaepernick, alors que celle-ci n’a rien à voir avec cela, au contraire.

Une société aussi conservatrice que les États-Unis réprouve le fait qu’un joueur ordinaire comme Colin Kaepernick instrumentalise sa notoriété et la tribune des matchs de la NFL pour défendre des idées politiques. Même un ancien militant des droits civiques comme Jim Brown a adressé des reproches à Kaepernick. La légende des Browns de Cleveland affirmait que les joueurs de football ne devraient jamais exprimer leurs opinions politiques quand ils portent le chandail de leur équipe respective. «Ces joueurs ne devraient pas forcer les organisations à prendre position politiquement. Pour ma part, je me suis toujours exprimer politiquement de manière indépendante, en mon propre nom, sans jamais impliquer les Browns de Cleveland» (traduction de l’auteur). Selon plusieurs, le terrain de football représenterait donc une sorte d’enclave dépolitisée, un non-lieu idéologique, qui incarner les valeurs de la NFL. Personne ne doit être gêné de ce qui se déroule sur ce terrain, sinon des mauvaises performances d’une équipe. Il existerait d’autres moyens de faire passer le message au sein des instances mêmes de la NFL. Reste à savoir lesquels. Mais j’ai une petite idée.

Quelques jours avant le coup d’envoi du calendrier préparatoire de la NFL se tenait la cérémonie d’introduction des nouveaux membres du Pro Football Hall of Fame. Comme il est coutume de le faire, les récents initiés livrent des discours – toujours inoffensifs – qui font la rétrospective de leur trajectoire d’athlète professionnel. Cette année, hormis Jerry Jones, Morten Andersen et Kurt Warner, tous les récipiendaires étaient des Afro-américains. Parmi eux, contre toute attente, l’ancien porteur de ballon des Chargers Ladanian Tomlinson a prononcé un discours qui renversa son auditoire et ceux qui ont regardé la cérémonie à la télévision. Durant les dernières minutes de son allocution, Tomlinson souhaitait nous présenter un homme qu’il n’a jamais connu, son arrière-arrière-arrière-grand-père, George Tomlinson, qui fut trainé de force en Amérique, le corps enchaîné de toutes parts. «Son nom de famille, nous raconte Tomlinson, lui fut donné par l’homme qui le possédait. […] Je suis né sur cette plantation, au Texas, où vécut George Tomlinson et son maître. J’y ai grandi avec ma mère et mon père. Cette plantation se nomme toujours Tomlinson Hill. Mon nom commence avec celui de l’homme qui possédait la vie et la chair de George Tomlinson. À présent, je porte ce nom avec fierté, tout comme mes enfants et ma famille éloignée. Jadis, les gens dans la rues s’arrêtaient pour féliciter L.T, le running back des Chargers. Depuis quelques années, ils le font maintenant pour un homme à part entière, pour ce qu’un Tomlinson a accompli. Cet héritage de cruauté et de souffrance est à l’origine d’une lignée glorieuse de Tomlinson. Je demeure persuadé que Dieu m’a élu pour réconcilier deux races au sein d’un même nom : Tomlinson. […] Mon histoire est l’histoire de l’Amérique. Mes ancêtres, tout comme ceux des autres Américains, hormis les communautés autochtones, sont venus d’ailleurs, apportant avec eux une autre culture, une autre mémoire. Le football est un microcosme de l’Amérique : toutes les races, les cultures, les religions, les valeurs des citoyens des États-Unis y vivent et perdurent, unies les unes aux autres. […] Je suis le porteur d’une idée simple, murmurée par des esclaves : nous sommes capables» (Traduction de l’auteur).

On peut reprocher une certaine naïveté au discours de Tomlinson, de succomber à une certaine forme du «beau discours» tant apprécié par la société libérale. Cependant, celui-ci exige de la révérence de notre part, ne serait-ce que pour la souffrance vécue par tous ces exclus de l’histoire qui ont permis à Tomlinson de venir au monde, de parler en leur nom, dans la langue de leur propriétaire, de dire à l’Amérique ces femmes et ces hommes n’ont pas vécu en vain, qu’ils ne sont pas morts pour rien, qu’aujourd’hui, nous pensons à eux. Et je sais que les mots sont impuissants s’ils ne sont pas entendus, que les discours émouvants comme celui de Ladanian Tomlinson sont futiles, si récupérés pour conforter le racisme bienveillant des élites américaines et des dirigeants de la NFL. Ce discours ne dérange personne, contrairement à la génuflexion contestataire de Colin Kaepernick. Il nous met au bord des larmes, nous fait entrevoir la possibilité d’une Amérique réconciliée, mais nous sommes encore loin du compte. Nous sommes à des siècles d’une telle chose.

Or, je demeure persuadé que le geste de Kaepernick (le révolutionnaire) est à l’origine du discours de Ladanian Tomlinson (le réformateur). Et peut-être est-ce ma propre naïveté sociale-démocrate, qui me fait parler ainsi, mais je crois que cette complicité involontaire est porteuse d’espoir et de rédemption. Le football, dans son soin du statu quo et de la passivité réformatrice, est (au grand malheur de mon très cher ami Charlie Phaneuf) est à l’image de la classe moyenne nord-américaine. Et je souhaite éviter toute forme de jugement moral en affirmant une telle chose. Comprendre fait parfois très mal et apporte son lot de déceptions, mais cela demeure un acte d’amour.

 

Texte paru originalement sur EnProlongation.com