C’est officiel depuis quelques jours, le divorce est prononcé entre le Canadien et Mark Streit. Cette situation ne se termine certainement pas comme les deux partis l’avaient envisagé. Pour les Canadiens, il s’agissait d’un beau pari de signer le vétéran de 39 ans, surtout avec le départ des défenseurs plus offensifs comme Nathan Beaulieu et Andrei Markov. À 700 000$, le suisse accepterait son rôle et comblerait occasionnellement un poste en défensive et à la pointe en l’avantage numérique. Mark Streit n’est pas du genre à mettre le trouble et n’aurait pas nuit à l’ambiance dans le vestiaire en acceptant son rôle.

Visiblement au bout du rouleau, l’expérience aura duré moins de cinq matchs et coûté cinquante mille dollars au Tricolore. Il ne faudrait pas que cette mauvaise expérience mette de l’ombre sur une carrière plus que respectable. Repêché 262e en 2004 par les Canadiens à l’âge de 26 ans, il joue 786 matchs et accumule 434 points en 11 saisons dans la Ligue Nationale. En 2007-2008, il apparaît au troisième rang des pointeurs chez les défenseurs avec 62. Avant d’arriver à Montréal, le défenseur comptait déjà huit saisons professionnelles en Europe et une dans la ligue américaine à Springfield en 1999-2000.

Au terme de son premier contrat en 2008, le Tricolore le laisse partir jugeant qu’à quatre millions par année, c’était trop cher payé pour un joueur qui se promenait entre le quatrième trio et la défensive. C’est surtout son apport sur le jeu de puissance qui lui a valu ce contrat avec les Islanders. L’équipe lui a accordé le titre de capitaine lors de son séjour à Long Island. Après un passage chez les Flyers, il est échangé aux Penguins, équipe avec laquelle il inscrit son nom sur la Coupe Stanley malgré une contribution limitée.

Mark Streit ira probablement terminé sa carrière dans son pays et le représentera lors des jeux de Pyeongchang cet hiver. Avec l’absence des joueurs de la LNH, plusieurs équipes seront affaiblies et la Suisse pourrait causer des surprises. 

Justement, attardons-nous aux joueurs suisses qui ont réussi à faire leur place dans le circuit Bettman. Pour les besoins de cet article, seuls les joueurs ayant joué au moins 200 matchs seront considérés et quelques jeunes prometteurs.

Bien que les helvètes fassent parler d’eux depuis environ quinze ans sur la scène internationale, ils possèdent une longue tradition de hockey. La Ligue Nationale Suisse a été fondée en 1938 et est considérée comme l’une des plus forte en Europe. C’est d’ailleurs pour le calibre de jeu qu’Austin Matthews a décidé de s'aligner avec les Lions de Zurich plutôt que dans le junior canadien.

Qui ne se rappelle pas de la performance de la Suisse à Turin en 2006 qui battait les Tchèques 3-2 et le Canada 2 à 0. Ils se sont inclinés en quart de finale contre la Suède. Sans vouloir être péjoratif, elle mérite le titre de meilleur des autres. Les rouges et blancs peuvent maintenant espérer participer aux quarts de finale et peut-être même un top 5 lors de compétitions internationales. 

Selon les statistiques, le premier “vrai” suisse à jouer plus de 200 matchs dans la LNH est Ken Baumgartner. Cependant il est difficile de lui accorder le titre car il est né au Manitoba et possède la double citoyenneté, ses parents étaient d’origine suisse. Il a tout de même joué plusieurs matchs sur la scène internationale avec ce pays. Par contre, il n’est pas issu des programmes de développement de la Suisse. Baumgartner n’était pas du type joueur d’habileté comme en font foi ses 54 points et 2242 minutes de pénalité en 696 parties.

Gardiens de buts 

David AebischerSource: Hockey le magazine
Légende: David Aebischer
Le premier gardien de buts suisse arrive en 2000 au Colorado en tant qu’auxiliaire à Patrick Roy. L’Avalanche sélectionne en 6e ronde en 1997 un certain David Aebischer qui réussit à se faufiler jusqu’à la grande ligue. Au terme de sa carrière de sept saisons, il aura été devant le filet pour 214 matchs dont 39 avec les Canadiens.

Parallèlement, un autre gardien tente de faire sa place. Martin Gerber joue un total de 54 matchs avec les Mighty Ducks en 2003-2004 et 2004-2005. Au retour du lock-out, il connaît sa meilleure saison avec les Hurricanes avec 38 victoires en 60 matchs. Il perd son poste au profit de Cam Ward au cours des séries de 2006, année où la Caroline remporte la coupe Stanley. Gerber se retrouvera à Ottawa pendant trois saisons et complètera son séjour en Amérique en disputant quelques matchs à Toronto (2008-09) et à Edmonton (2010-11).  

Un gardien évoluant pour le Davos HC pique la curiosité des éclaireurs professionnels pendant le lock-out de 2004-2005. L’équipe aligne Joe Thornton, Rick Nash et Niklas Hagman cette année-là. Jonas Hiller occupe le poste de numéro un et connaît une excellente saison dans une ligue où le calibre était plus relevé qu’à l’habitude. En 2007, il supplante David Aebischer comme partant au championnat du monde. Convaincu du talent de Hiller, les Ducks l’invitent à se joindre à eux. Il sera d’office pour une cinquantaine de matchs en moyenne au cours de son passage en Amérique qui s’est terminé en 2016. Il aura joué 404 matchs en neuf saisons maintenant une moyenne de 2,55. Toujours actif avec le Biel HC, ne soyez pas surpris de le voir devant la cage des suisses aux olympiques dans quelques mois.

Actuellement, un seul gardien suisse est actif dans la Ligue Nationale de Hockey. Il s’agit de Reto Berra, le numéro deux des Ducks. Depuis 2013-2014, il effectue la navette entre la grande ligue et la ligue américaine. Ces droits ont aussi appartenu aux Flames, à l’Avalanche et aux Panthers. À 30 ans, 72 matchs à son actif, il risque de retourner dans son pays s’il ne parvient pas à obtenir au moins un poste de numéro deux.

Défenseurs

Suite à l’arrivée de Mark Streit, les équipes ont eu des préjugés plus favorables par rapport aux patineurs helvètes. Le fait qu’il ait pu s’adapter et connaître du succès a donné de la crédibilité au calibre de jeu pratiqué en Suisse.

Heureux de l’expérience avec Streit, le Canadien repêche en troisième ronde en 2007 un défenseur évoluant à Kitchener. Yannick Weber progressera vers la LNH en passant deux saisons et demi dans la ligue américaine. Suite à son départ de Montréal, il se retrouve à Vancouver où il reste pendant trois saisons. Il semble avoir trouvé sa place sur la troisième paire de défenseurs à Nashville où Peter Laviolette peut moduler son temps de jeu. Il était en uniforme pour 73 matchs la saison dernière et a participé à toutes les rencontres dans les séries.

En 2011, plusieurs recruteurs voyaient en Raphaël Diaz un deuxième Mark Streit. Courtisé par plusieurs équipes, le Suisse de 25 ans jete son dévolu sur le Tricolore. Pierre Gauthier décide de l’échanger à Vancouver après deux saisons au cours desquelles il joue 69 matchs. Son séjour de 213 parties en Amérique se termine après des passages à New York et Calgary.

Roman JosiSource: USA Today
Légende: Roman Josi
Probablement l’un des meilleurs défenseurs du circuit Bettman, Roman Josi est le capitaine des Prédateurs de Nashville et leur pilier en défensive. Le choix de deuxième ronde en 2008 compte plus de 400 matchs dans la LNH depuis la saison 2011-2012. À 27 ans, il est au sommet de sa carrière et c’est en partie dû à ses performances que les Prédateurs ont pu laisser partir les Shea Weber et Seth Jones. Offensivement, Josi n’a rien à envier aux meilleurs de la ligue, il accumule entre 50 et 60 points depuis trois ans.

Luca Sbisa, sélectionné en première ronde par les Flyers de Philadelphie en 2008 n’est peut-être pas devenu le grand défenseur que l’on attendait mais il connaît une carrière plus qu'honnête. Les Ducks qui en avait fait son acquisition  en 2009 ont accepté le type de joueur qu’il était. Il joue à temps plein dans le circuit Bettman depuis 2010-2011. On l’a aussi vu dans l'uniforme des Canucks. Il fut sélectionné par les Golden Knights de Las Vegas lors du repêchage d’expansion. Avec son style de jeu simple et efficace, Sbisa maintient son différentiel autour de 0. À 27 ans, il devrait jouer encore plusieurs saisons.

Attaquants

Il aura fallu attendre jusqu’en 2010 pour voir un premier suisse sortir en première ronde. Nino Niederrater fut l’heureux élu lorsqu’il a été sélectionné cinquième par les Islanders. Après des débuts difficile en 2011-2012 et des problèmes d’attitude, l’état major décide de le laisser dans la ligue américaine en 2012-2013. En 2013-2014, il se retrouve avec le Wild où il évolue toujours. Il donne 20 à 25 buts et 40 à 50 points par année. À 25 ans, Niederrater peut encore s’améliorer mais c’est probablement le type de production qu’il offrira. De nos jours, ce genre de joueur vaut plusieurs millions.

Coéquipier de Niederrater dans les rangs junior avec les Winterhawks de Portland, Sven Baertschi est sélectionné treizième en 2011 par les Flames de Calgary. Il effectue la navette entre la LNH et la LAH pendant quatre ans. En 2014-2015, les Flames abandonnent sur son cas et l’envoi à Vancouver. Les Canucks souhaitent donner une seconde chance à ce choix de première ronde. Au cours des deux dernières saisons, il joue un peu moins de 70 matchs et obtient 28 (2015-2016) et 35 points (2016-2017). Âgé maintenant de 25 ans, Baertschi doit s’établir.

Jeunes prometteurs

Après des débuts difficiles avec les Canadiens où il fait l’aller-retour entre la LNH et la LAH, Sven Andrighetto semble avoir trouvé sa place au Colorado. Suite à son acquisition, il a la chance de jouer 19 matchs avec le grand club au cours desquels il accumule seize points. Repêché en troisième ronde par le Tricolore, l’ex-joueur des Huskies de Rouyn-Noranda compte six points en sept matchs en ce début de saison.

En 2015, les Sharks utilisent le 9e choix du repêchage pour sélectionner un jeune ayant fait son stage junior dans la LHJMQ. Timo Meier y a cumulé des statistiques impressionnantes. Après une saison d’adaptation à 17 ans où il obtient 34 points, il débloque en 2014-2015 avec 90 points en 61 matchs et 86 points en 52 matchs en 2015-2016. La saison dernière, il a partagé son temps entre la ligue nationale et la ligue américaine. Meier fait parti de l'alignement des Sharks en ce début de saison. À seulement 21 ans, il sera à surveiller dans une équipe vieillissante et à la recherche de jeunes talents offensifs.

Nico HischierSource: nhl.com
Légende: Nico Hischier
Impossible d’écrire sur le sujet sans s’attarder à Nico Hischier qui a écrit une page d’histoire du hockey suisse en devenant le premier choix au total au dernier repêchage par les Devils. Dans une équipe en grand manque de talents offensifs, il n’est pas surprenant que l’équipe ait décidé de le garder en ce début de saison. À 18 ans, il serait admissible à retourner chez les Mooseheads d’Halifax sauf qu’avec quatre points en six matchs, tout porte à croire qu’il passera la saison au New Jersey. Avec une saison de 86 points en 57 parties l’an dernier et quelques matchs cette année, l’échantillon est restreint mais Hischier a le potentiel de devenir le meilleur joueur de son pays.

Évidemment, ce ne sont pas tous les joueurs suisses qui ont été recensés dans ce texte. Plusieurs ont participé à un certain nombre de matchs mais sont retournés en Europe après des essais infructueux. D’autres comme Mirco Muller, Kevin Fiala et Denis Malgin espèrent toujours mériter un poste.

La Suisse compte plusieurs jeunes talent en Amérique qui ne participeront pas aux Olympiques en 2018, cependant ils seront les piliers de leur équipe en 2022 à Beijing. Tout porte à croire que les helvètes obtiendront leur meilleur résultat en compétition internationale. C’est à se demander si la Suisse ne pourrait pas devenir un pays aussi compétitif que la Finlande dans le futur. La Suisse a beaucoup travaillé sur ses programmes de développement et leurs meilleurs talents n’hésitent plus à venir évoluer dans le hockey junior canadien.

 Texte paru originalement sur EnProlongation.com