« La dépression ne m’a jamais menacé. J’ai joué au golf, je me suis davantage retrouvé en famille, j’ai profité de mon espace. J’ai goûté à la liberté du temps et aujourd’hui, je ne suis pas prêt à sacrifier ce régime de vie ».

 Terry Gehl fut, à une certaine époque et durant plusieurs années, l’un des meilleurs au Canada en course à pied. Un face à face avec lui, assis sur des chaises de parterre, confortablement installé sur son quai, tout près de son embarcation, aux abords du Richelieu, tout juste devant sa maison familiale, voilà dans quel contexte cette entrevue a été réalisée.

 Ça faisait quand même tout drôle de le retrouver dans de telles circonstances.

 

Terry court maintenant pour le plaisir.

 

J’ai tout appris de Terry dans ce sport et je lui ai dit que c’est peut-être grâce à ses judicieux conseils que je peux encore profiter de cette magnifique expérience de pouvoir gambader aujourd’hui. Je me souviens très bien du week-end que nous avions vécu chez ses parents à Kitchener, sa ville natale alors que nous avions participé au marathon de Toronto.

 Il croit que son accident d’automobile survenu en 2012 dans lequel sa jambe gauche a essuyé un terrible choc et est demeurée coincée pendant plusieurs minutes, serait à l’origine de ses problèmes à la hanche. « À ce moment-là, je traversais un entraînement marathon. J’ai poursuivi quand même et j’ai même remporté les honneurs du marathon de Toronto. Par la suite, mes chronos ont dégringolé tragiquement », raconte-t-il dans son calme habituel.

 Janvier 2016, aucune autre alternative ne se présentait. Il vivait l’enfer et seule, une intervention chirurgicale pour implanter une prothèse totale de la hanche pouvait régler son problème. Or, comment allait se dessiner son avenir ? Allait-il pouvoir courir à nouveau ?

 

La vie de couple a sûrement changé depuis cette intervention chirurgicale. Son épouse Martine Rémy a toujours supporté son mari.

 

« Je doutais mais l’espoir ne me quittait pas. Jamais je n’avais imaginé que ma hanche représentait la source de mes problèmes. »

 Au moment d’écrire ces lignes, Terry se limitait à près de 40km d’entraînement par semaine, lui qui frôlait les 200km jadis. « J’ai repris la pratique avec mon père, très lentement. En décembre dernier, j’ai atteint les cinq minutes du km. Toutefois, j’ai dû prendre du recul, car je voulais progresser trop rapidement. La douleur m’a fait comprendre que je devais écouter les signaux de mon corps », explique celui qui exerce le métier de chiropraticien depuis maintenant plusieurs années à Saint-Charles-sur-le-Richelieu.

 En mai cette année, il a obtenu un temps de 39:50 pour 10km et un peu de souffrance à partir du 8e kilomètre. En juin, il a remporté les honneurs d’un 5km à Saint-Hyacinthe en 18:20. « C’est mon cardio qui m’a freiné ! », explique avec le sourire celui qui s’entraîne toujours chez les Vainqueurs en compagnie de Karine Béliveau. « Et j’arrive à la talonner », tient-il a préciser. L’esprit compétitif ne le quittera jamais.

 

Terry est l'une des grandes références au Québec concernant la course à pied.

 

Cet automne, il s’enligne pour réussir un 5km en 17:30 car il a fait un pari avec ses amis Luc Dallaire et Jacques Mongeau. L’athlète de 48 ans n’a jamais eu besoin de se médicamenter durant sa convalescence. Seuls, des comprimés tylenol furent ingurgités. Sa dernière visite chez le médecin remonte en mai dernier et ce dernier lui a dit de revenir d’ici un an.

 D’ailleurs, son chirurgien n’en revient pas de constater la rapidité de rétablissement de Terry. « Il voulait me donner trois mois de repos après l’opération et j’ai pris une semaine. »

 Il enchaîne : « Je ne retournerai pas en compétition comme jadis. Pas question de sacrifier ma santé. J’arrive à m’amuser et à chercher des endorphines avec des 5km et des 10km. Je pense peut-être qu’éventuellement, je pourrai me rendre jusqu’au demi. J’aime courir et je ne veux pas finir en chaise roulante. La récupération d’après course se présente plus difficile qu’auparavant », poursuit l’auteur de 35 marathons dont la cadence tournait autour de 3:30.

 

En compagnie du légendaire Ed Whitlock et de l'excellente Nathalie Goyer.

 

Et dire que son père, à 70 ans, parvient à courir en entraînement la distance d’un marathon à chaque jour ! C’est capoté ! « Je ne sais pas comment il fait. » Sans oublier sa sœur Laurie McGrath, détentrice de plusieurs records canadiens, qui a terminé 6e au monde avec une distance de 215km en 24 heures. Elle est mère de quatre garçons et d’une petite Chinoise qu’elle a adoptée et qui est maintenant âgée de 14 ans.

 Chez les enfants de Terry, il y a Andrew, 19 ans, un talent naturel aux dires de son père. « Il ne veut pas courir avec moi. Dans sa tête, je suis trop rapide. On dirait qu’il est impressionné par mon passé. Je n’insiste pas pour le moment. Peut-être qu’un jour, il s’y intéressera. » Terry est père de deux filles, Kathrin, 17 ans, qui pratique le basketball et le soccer et Kristin, 20 ans.

 L’athlète fait maintenant osciller l’aiguille de la balance à 160lbs. Il a engraissé de 15lbs depuis son opération.

 

Terry Gehl fut l'un des meilleurs coureurs au Canada durant de nombreuses années.

 

À travers ses yeux, je le sens confortable. Sa joie de vivre est palpable. La pression qu’il a dû supporter pendant toutes ces années de règne a disparu et il ne semble pas s’en plaindre, au contraire.

 Cette intervention chirurgicale a basculé radicalement sa vie mais lui a peut-être envoyé le signal qu’il avait fait largement sa part dans le monde des élites et qu’il fallait maintenant qu’il s’occupe davantage de lui et de sa petite famille.

 À mes yeux, Terry Gehl restera à toujours mon mentor. Ma confiance inébranlable que je lui ai portée me démontre clairement aujourd’hui que j’ai été chanceux de le croiser sur mon chemin.