J’avais remarqué son air sévère.

 Puis, il m’a vouvoyé dès le début de notre entretien. Je lui ai dit de m’appeler Daniel. « Il s’agit d’une réaction automatique pour moi, à cause de mon métier ».

 Je ne me suis pas trop attardé à cette phrase mais je devais comprendre quelques minutes plus tard.

 Marc Couture a 53 ans. Il vient tout juste de prendre sa retraite.

 « Qu’est-ce qui t’a attiré en moi ? », m’a-t-il demandé pour expliquer ma présence à ses côtés.

 Il a décroché une première position  dans sa catégorie d’âge dans la Mecque des épreuves de trail à Chamonix en France pour terminer au 86e rang sur 1500 participants. « En 2014, j’avais fini 26e au général mais je reconnais que cette année, le calibre était supérieur. De toute façon, les gens vont là pour terminer la course. »

 

Il y a la course à pied pour Marc mais s'ajoute le vélo et le ski de fond lors de ses entraînements.

 

Quand il est rassasié de la course, il saute sur son vélo et l’hiver, c’est le ski de fond. « Je déteste courir l’hiver ». Val Cartier représente son royaume depuis qu’il a 11 ans. Courir sur le bitume se fait rarement dans son cas sauf pour savoir où il en est rendu dans sa progression.

 Un seul marathon à sa fiche, à Québec et uniquement dans le but de prendre part à l’événement. « Le trail est un effort qui correspond le plus à ma physionomie. J’en cible de deux à trois par année, sinon, je m’amuse très bien seul. »

 Les vacances de Marc se déroulent dans les montagnes, la Corse, les Pyrénées, le paradis pour lui. « J’adore le milieu de la trail. C’est compétitif et à la fois festif », exprime celui qui s’entraîne une dizaine d’heures par semaine et qui au Québec, se retrouve dans la crème des adeptes dans sa catégorie d’âge.

 

Lors des courses en Europe, tu as l'impression d'être un champion.

 

« Lorsque tu participes à des courses en Europe, tu as l’impression d’être un champion du monde tellement  la reconnaissance est grande de la part des gens. La préparation à ces courses exige une attention particulière et tu dois accepter de faire des sacrifices. Or, ça vaut vraiment la peine. »

 Puis, Marc s’est attardé sur le phénomène de la popularité grandissante de la course à pied. « Les gens vont souvent lever le nez sur les courtes distances et ne pas apprécier leur valeur. Quand tu agis trop rapidement, tu deviens vite saturé. J’estime que facebook, c’est la pire cochonnerie en ce sens. Oui, ça incite les gens à bouger mais ça comporte aussi un effet pervers. »

 Il vient tout juste de prendre sa retraite. Il a travaillé durant 31 ans à titre de policier pour la ville de Québec, voilà ce qui explique son attitude au premier contact de notre rencontre. « Je dispose du même tour de taille qu’à mes débuts, sauf que j’ai perdu beaucoup de cheveux ! »

 

La pratique du sport fut bénéfique dans son métier de policier.

 

Il reconnaît que la pratique sportive fut bénéfique dans sa vie. « Ça m’a aidé à traverser plusieurs moments pénibles. La circulation, le bruit, les cris, les pleurs, les drames, les insultes, j’ai toujours eu besoin de ma dose quotidienne en forêt afin de me retrouver dans mes pensées, à rester sain physiquement et mentalement. »

 Il fut le premier à se présenter au travail en vélo. « Je me souviens très bien que mes confrères me regardaient d’un drôle d’air. Pour eux, ce comportement n’exprimait pas beaucoup de virilité. Par la suite, d’autres ont emboîté le pas. »

 Sa fille Camille, 25 ans a reçu les conseils de son père. « J’ai voulu qu’elle pratique un sport afin qu’elle n’ait pas les deux pieds dans la même bottine. J’adore m’entraîner avec elle, c’est d’ailleurs le plus beau cadeau qu’elle peut me faire. »

 

Durant sa jeunesse, sur une ferme, Marc devait travailler. Le sport est apparu beaucoup plus tard.

 

Son enfance, Marc l’a vécue sur une ferme. « À cette époque, les sports ne recevaient pas tellement de reconnaissance. Il fallait travailler. J’aurais apprécié faire des trucs avec mon père, aujourd’hui âgé de 78 ans. Il n’a plus la condition physique car il ne s’est jamais soucié de cette facette. Il y a deux ans, je l’ai invité à me suivre à la course alors que j’ai couru le tour de l’Île d’Orléans. Il me talonnait en auto pour me ravitailler. J’ai adoré cette journée. »

 Un policier innovateur qui a su donner l’exemple que l’on doit se préoccuper de sa santé. Après une carrière bien remplie, il pourra dorénavant profiter amplement de son investissement.