Il était beau ce mois de juillet. Des controverses tous les jours, de belles chevauchés par monts et par vaux, des écarts serrés au général pour nous faire croire à un vrai beau suspense. Et alors que le vélo a fait son beau trois semaines durant, soudainement, tout s’est arrêté. Le Tour de France nous a laissé orphelins de ces longues journées de palabre, de ces moments d’excitation ou d’interrogation. Il s’est barré, le bougre, nous laissant devant nos écrans comme des c**** à regarder les reprises du « 5 à 7 » ou de « L’Antichambre », comme pour nous rappeler que ce mois de juillet n’est finalement qu’une anomalie.

Pour le grand public, le Tour de France, c’est la plus belle course cycliste du monde. Du moins, c’est ce qu’on veut lui faire croire à coups de bourrage de crâne et belles images de la France vue d’hélicoptère. Non, le Tour de France n’est pas la plus belle course cycliste du monde. Sans doute est-ce la plus belle vitrine de ce sport extraordinaire, à cause de son histoire plus que centenaire ou de son décor souvent majestueux - mais ne le dites pas trop fort, le Tour d’Italie risque d’être jaloux. C’est la pièce centrale d’une belle collection de joyaux que l’on trouve chez un joailler, celle vers qui tous les yeux se tournent quand on rentre dans la salle de montre. Vrai. Mais à bien y regarder, ce n’est qu’une seule pièce de cette collection. Son éclat à tendance à rendre les autres items un peu plus terne qu’ils ne le sont, et le profane n’aura d’yeux que pour le Tour, comme ces touristes japonais qui visitent le Louvre seulement pour aller se prendre en selfie devant la Joconde. Dans la salle de montre de l’UCI, le Tour de France brille de mille feux. Mais celui qui sait regarder y trouvera tout un trésor.

Parce que le World Tour se court de janvier à octobre, tout ne s’arrête pas avec la fin du mois de juillet. Samedi dernier, Michal Kwiatkowski s’est adjugé la Clasica San Sebastian, dix jours après avoir posé pied à terre dans le col de l’Izoard, réglant au sprint l’échappée royale qui s’est dessinée dans les belles montagnes du Pays basque sous l’impulsion de Tony Gallopin et Mikel Landa. Même qu’on y a revu Tom Dumoulin sans son maillot rose. Et sur les routes de Pologne, c’est Peter Sagan qui a repris là où il a laissé, jouant la victoire au sprint comme pour signifier que non, il n’y a pas que le Tour dans la vie. Pas sûr que les dirigeants de nos chaînes sportives en aient entendu parler, cependant. Et pas sûr qu’ils soient vraiment au fait de la chose cycliste non plus. Si tel avait été le cas, ils se seraient jetés sur les droits de diffusion de la prochaine Vuelta comme des affamés sur un morceau de viande : 9 arrivées au sommet, 50 cols et Froome, Bardet, Aru, Nibali, Contador annoncés au départ. Dans la belle salle de montre de l’UCI, ces décideurs-là n’y ont vu que le Tour de France... Dommage pour l’amateur de vélo, le vrai, capable de regarder le Tour de France pour son aspect sportif et pas seulement pour la beauté des images. Mais celui-là sait où trouver ces courses, comme un toxicomane trouvera toujours de quoi assouvir ses envies soudaines. À l’heure de trouver les saintes images cachées au plus profond du World Wide Web et de se détourner de la publicité locale, les passionnés de la petite reine se découvrent souvent des capacités linguistiques insoupçonnées, parvenant toujours à traduire du polonais, de l’espagnol ou du norvégien pour cliquer sur le bon lien. Ceci dit, voir Peter Sagan décrocher un troisième titre de champion du monde à Bergen au son des commentateurs slovaques, ça peut apporter une certaine touche d’exotisme.

Après Québec et Montréal, le petit écran québécois s’éteindra pour le vélo, pour ne se rallumer – au mieux – que pour Paris-Roubaix 2018. C’est loin, ça. Trop loin sans doute pour pouvoir fidéliser les nouveaux venus au cyclisme qui, peut-être seulement par pur hasard, se sont autant émerveillés devant les paysages alpestres que devant la chevauchée fantastique de Warren Barguil sur les pentes de l’Izoard. Ceux-là auront vite fait d’oublier leurs émois du mois de juillet sitôt l’automne venu. Quant aux autres, ils repartiront en chasse du Tour de Lombardie, de Paris-Tours et des premières classiques printanières une fois la nouvelle saison débutée. Ils ne manqueront finalement pas grand-chose et pourront même améliorer leur polonais, qui sait ?